Récit d’Inspection

Jonathan Selambarom, un collègue expérimenté de la Réunion, nous fait part de sa réflexion sur l’inspection. A partir d’expériences vécues, il contribue aux revendications du Sgen-Cfdt, qui défend une inspection collective, et une séparation de la question de l’évaluation, formative et des modalités d’avancement qui doit se faire au même rythme pour tous.

L’inspection, moment magique
L’inspection est vécue comme un moment privilégié entre l’enseignant et son supérieur hiérarchique, l’inspecteur, garant de savoirs réactualisés et de méthodes permettant l’optimisation de notre enseignement. Ce moment, qui n’est pas une scène de théâtre, où chacun essaie de montrer le déroulement normal de ses cours, doit se passer sans stress ni soucis particuliers. Et surtout il permet une vraie reconnaissance du travail du fonctionnaire au travers d’un rapport et d’une note qui vont de pairs.
Mais il y a un mais. Combien de collègues n’ont plus dormi à l’annonce de leur inspection ? Combien de collègues ont abandonné leur fonction de père, mère, mari ou femme, le temps de ce moment de valorisation de son travail ? Combien en sont sortis démolis et avec le sentiment d’être un raté ? Combien sommes-nous à voir en nos inspecteurs non pas des supérieurs accompagnateurs bienveillants mais plutôt des évaluateurs impitoyables exigeants ? Et combien ont pu constater l’incroyable disparité de notation qui existe entre les inspections ? Bref la liste de questions serait longue…
Derrière le tableau dépeint plus haut, cette étape que l’on peut qualifier d’évaluation formative, joue un rôle essentiel dans la carrière du fonctionnaire. De fait, l’évaluation n’est plus formative mais certificative. Certificative car elle peut aider au passage plus rapide d’échelon. Revêt-elle alors toujours l’aspect d’un moment magique aux yeux de nos collègues ? NON.
Oui tant que nous serons conseillés et parallèlement notés, nous ne pourrons aborder l’inspection sereinement. Cela crée une confusion. A l’heure des compétences et de l’abandon des notes, à l’heure où beaucoup veulent décentrer l’élève du chiffrable et le centrer sur ce qu’il sait et ce qu’il sait faire, les enseignants sont toujours bloqués dans ce cercle vicieux.
Si les évolutions successives de l’éducation nationale ont permis une rénovation des statuts des enseignants ou encore la refondation du collège, il est temps de réformer ce système inéquitable qui génère un stress supplémentaire aux enseignants. Le nom même d’inspection nous indique que tout doit être aux normes. Les enseignants tentent alors de satisfaire aux attentes de l’inspection en masquant leurs pratiques de terrain qui pourtant fonctionnent ! Les cours sont souvent gonflés de connaissances, les projets sont parfois fictifs pour émerveiller et la gestion de la classe est souvent totalement différente du quotidien.
Pourquoi ne pas l’appeler « visite d’accompagnement » ou encore « accompagnement personnalisé de l’enseignant »…Bref des idées pour une future appellation.
Cependant, il existe des inspecteurs justes qui valorisent les pratiques des enseignants et conseillent. Malheureusement, ils sont rares.

En outre pour le Sgen CFDT, l’heure n’est plus à l’individuel. L’inspection se doit d’être collective. On nous rappelle sans cesse la notion d’équipe, le travail d’équipe, le travail disciplinaire, le travail interdisciplinaire ou simplement le travail en équipe éducative au sens large. Cela serait un point de départ intéressant. Puis, l’inspection ne doit plus décider de l’avancement de carrière. Egalité et équité avant tout. La disparité des notes d’un collègue à l’autre nous montre bien que le système n’est pas viable. Il détruit l’engagement des collègues par l’inadéquation entre la note et le rapport. Il crée des tensions par son importance dans l’avancement. Si le but est d’accompagner l’enseignant, il est plus que temps de dissocier ces fonctions de formation et d’avancement.
Nous voulons que ce moment soit une aide aux équipes en permettant le renforcement du travail collaboratif mais aussi un moment de reconnaissance de l’investissement de chacun. Au final, nous demandons simplement une évaluation positive, chose que nous devons faire avec nos élèves.
Jonathan Selambarom
Sgen CFDT de la Réunion

 

 

 

Actions, significations et apprentissages en EPS

« Actions, significations et apprentissages en EPS »
Un blog à découvrir !
Parce que chacun de nous a vécu ce décalage parfois abyssal entre son cours imaginé et le cours réalisé… Parce que chacun a constaté la fluctuation de ses propres états émotionnels, de ses décisions, de ses improvisations, au fil d’une séance… Parce que chacun s’est une fois dit à propos des comportements d’un élève : « mais qu’est-ce qu’il a bien pu lui passer par la tête pour qu’il fasse cela ? »

C’est entre autre, parce que toutes ces questions existent pour un enseignant, parce que la situation écologique de la classe est complexe, prise dans un faisceau de facteurs nombreux, eux-mêmes, sans cesse actualisés par l’instant qui survient, que l’approche de l’Action située, qui s’attache à comprendre l’expérience, en situation, des acteurs, nous semble intéressante à creuser.
L’expérience ici appréhendée renvoie à l’expérience globale de l’acteur, dans ses dimensions motrices, cognitives, émotionnelles, sociales… qui sont conçus comme un tout indissociable.

Les chercheurs travaillant sur ce programme du Cours d’Action, après avoir publié un ouvrage, présentant cette perspective originale de recherche sur les pratiques de classe, ont souhaité prolonger les échanges avec les chercheurs, enseignants, formateurs, étudiants, par le biais d’un blog intitulé « Actions, significations et apprentissages en EPS » (https://apprendreeneps.wordpress.com).

« Avec ce blog, nous mettons à disposition des lecteurs un ensemble de ressources et de liens utiles, en relation avec les recherches et innovations en EPS inspirées du programme du Cours d’action. Mais nous lançons aussi une invitation à tout lecteur, étudiant(e), enseignant(e), chercheur(se), formateur(e)… N’hésitez pas à nous faire part de vos avis, commentaires, critiques, analyses, de vos innovations, de vos propres publications, de lectures intéressantes…  »
Les auteurs : Jacques Saury, David Adé, Nathalie Gal-Petitfaux, Benoît Huet, Carole Sève, Jean Trohel

Extrait du blog :

Un idée simple en est à l’origine. L’ouvrage que nous avons publié en janvier 2013 sous le titre « Actions, significations et apprentissages en EPS : une approche centrée sur les cours d’expériences des élèves et des enseignants » (Editions EP.S. Collection Recherche et Formation) a entre autres pour ambition de favoriser des échanges, discussions ou débats avec des chercheurs, enseignants d’EPS, étudiants en formation aux métiers de l’enseignement ou conduisant des recherches en EPS, de susciter des partages d’expériences, analyses critiques, suggestions d’innovations pédagogiques, de pistes nouvelles de recherche, de lectures…
Dans cet ouvrage, nous présentons une perspective originale de recherche sur les pratiques de classe (le programme de recherche du Cours d’action), centrée sur l’expérience des élèves et des enseignants, le sens qu’ils donnent à leurs actions en classe. Nous établissons également une synthèse des résultats des recherches menées dans cette perspective depuis une dizaine d’années, en décrivant la complexité de l’engagement des élèves dans les situations de classe, et des interactions entre les élèves et entre les enseignants et les élèves. Enfin nous esquissons des propositions pour penser les dispositifs d’apprentissage et les interventions de l’enseignant en EPS selon une conception que nous qualifions « d’enactive », accordant une place centrale à la qualité des expériences individuelles et collectives vécues par les élèves en EPS.

 

Danser les Arts

Danser les Arts
A l’heure de me lancer dans une réflexion sur les futurs EPI et le Parcours d’Enseignement Artistique et Culturel, me revient en tête un ouvrage, qui a toujours fait référence dans la préparation de mes cycles danse et de mes projets artistiques. Il s’agit de l’ouvrage de Tizou Perez et Annie Thomas, « Danser les Arts ».

Si nous devons continuer de faire valoir la place du corps, de son développement, et des acquisitions motrices, dans le socle commun de compétences, de connaissances et de culture, et plus largement à l’école (et pas seulement les intentions éducatives santé, sécurité… qui en découlent), nous devons aussi, face aux réformes, faire confiance en nos pratiques, en nos réflexions, nos intuitions… qui permettent à l’enfant de s’exprimer dans un tout, dans et par toutes ses dimensions corporelles. En effet, nous travaillons depuis longtemps nos cycles d’apprentissage autour de la notion de compétences, que nous savons décliner dans une dynamique de projet, fréquemment collectif, et pas si rarement que cela, en lien avec d’autres disciplines scolaires, avec une ouverture sur la culture.
Si j’en crois tous les marques pages insérés dans mon exemplaire du livre précité, si j’en crois les nombreuses sorties danse, cirque, théâtre auxquelles j’ai pu emmener des élèves, si j’en crois encore les projets construits avec mes collègues d’arts plastique, de français etc… Si j’en crois les souvenirs marquants de galère, de sensation d’échec à porter le groupe… et de sourire à voir le projet se réaliser… Les pratiques demandées dans les futurs EPI « culture et création artistiques » sont déjà présentes dans nos « répertoires »… (et je n’évoquerai pas ici, toutes les autres compétences transversales que nous travaillons, en complémentarité avec nombres d’autres disciplines, et qui pourraient s’inscrire dans des EPI d’autres domaines). Cognition, motricité, émotions, rapport à l’autre, n’ont pas matière à être saucissonnées, et nous le savons.

Prolongeons donc nos réflexions, revisitons les ouvrages ou ressources qui nous servent de référence, inspirons nous des apports des autres disciplines, évaluons nos projets passés, et appuyons nous sur la dynamique éventuelle des EPI pour renforcer le sens (quelle signification pour l’élève? Que va t-il construire dans ces pratiques? A quoi va t-il l’ancrer? Comment vont-elles le faire rebondir… sur des compétences et une culture qui dépasse mon heure de cours?), la pertinence (quelles ressources mobilisées? quelles compétences précisément travaillées au regard de quel objectif? Quelle énigme puis quels chemins au pluriel proposons-nous, pour permettre l’adhésion et l’expression de tous?) et la cohérence (en quoi ce cycle, ce projet s’inscrit il dans un parcours de formation pour l’élève, porteur de transformation durable? Comment rendre complémentaire ces chemins d’accès au savoir dans un projet plus large de la scolarité?) de ces pratiques interdisciplinaires.

L’enjeu n’est pas l’EPI, ou l’IDD, ou je ne sais quel nomenclature, mais bien les pratiques pédagogiques variées, et les « chefs d’oeuvres » (P. Meirieu) que nous allons proposer, pour l’épanouissement de tous les élèves, et la construction de chacun au sein d’un groupe.
Lorsqu’un minot s’engage dans une phrase dansée, mettant en corps, un poème qu’il a lui même écrit… Lorsqu’il prend exemple sur le circassien rencontré, pour recommencer, encore et encore, son jonglage…. Lorsqu’il a vécu une aventure collective, dans l’écriture d’une histoire, sa mise en jeu sur scène, la construction d’un décor, passant par le rire, l’engueulade, l’abandon, l’excitation, la trouille, l’entraide, la responsabilisation, la fierté d’assumer son corps, sa voix, et de le partager… Et bien peut-être pourrons-nous dire, que ces pratiques, sont des petites pierres parmi d’autres, dans l’édifice. Redonner de la place au corps, à l’enthousiasme, à d’autres formes d’expression… Tenter de remobiliser dans les savoirs, et permettre des chemins de réalisation exigeants, passant par l’acceptation et la confiance en soi, et en l’ autre…
Si nous étions sûr de réussir, il n’y aurait pas besoin d’essayer.
Post-face du livre « Danser les Arts » :

Cet ouvrage est le fruit d’un travail mené depuis plusieurs années auprès de différents publics d’élèves et dans le cadre de la formation initiale et continue des enseignants, autour de relations possibles entre la danse et d’autres arts tels que les arts plastiques, la musique et la littérature. Face au cloisonnement des champs disciplinaires, cette approche tente de repérer les savoirs communs aux pratiques artistiques enseignées a l’Ecole, sans nier la spécificité de chacune. Les auteurs ont choisi d’expliciter les savoirs fondamentaux de la danse à l’Ecole, en relation à une culture de référence : la danse contemporaine. Par des exemples concrets, ce document ouvre des espaces nouveaux d’expériences pédagogiques et artistiques, centrées sur la rencontre de la danse avec les autres arts. Il s’adresse aux enseignants de l’école primaire, du collège, du lycée, et suggère, pour chaque niveau du cursus, des pistes de travail adaptées. Conçu comme une aide aux enseignants pour la mise en place de projets artistiques inter, pluri ou transdisciplinaires, il reste ouvert à des formes partenariales pouvant enrichir la rencontre de l’enfant ou de l’adolescent avec les œuvres et les artistes.
Ouvrages
Perez T. ; Thomas.A (1994). EPS danse : Danser en milieu scolaire. Nantes, SCEREN-CRDP des
Pays de la Loire.
Perez T. ; Thomas.A (2000). Danser les Arts. Nantes, SCEREN-CRDP des Pays de la Loire.
Perez T. (2010). Accord perdu. Paris, Lharmattan, 2010
Vidéogramme
Perez.T ; Thomas.A (2002). Danse avec les Mots : un voyage entre danse et écriture poétique.
Nantes, CRDP des Pays de la Loire, 32mn.
Articles
Perez.T  (2002). Du texte poétique à l’écriture chorégraphique : quelle mise en activité artistique ?
Revue Hyper n° 218. Paris, AEEPS, pp 3-6.
Perez.T ; Thomas.A (2002). Construire le regard du spectateur en danse : un chemin vers
l’autonomie. Les cahiers EPS de l’académie de Nantes, n° 26. Nantes, CRDP des Pays de la Loire, pp 21-26.
Perez.T, Vialle Soubranne.A  (2005). Voyage entre musique et mouvement : itinéraires,
découvertes et chemins de traverse. Revue Hyper n° 228. Paris, AEEPS, pp.5-10
Brun M ; Perez T (2006) La notion de projet artistique au coeur des Activités Physiques
Artistiques. Dossier Revue EPS n° 317, pp.18-23.
Perez-Roux T (2007). Ah, c’est de la danse ? Formation des enseignants d’EPS et
représentations de l’apprentissage en danse. In G Carlier et J-C Renard (coord) :
« Plaisir, compétence et réflexivité ». UCL, Presses Universitaires de Louvain la Neuve, 39-48.
Perez-Roux, T. (2013). « Et la technique alors ? ». In M. Brun (sdr.). Inventer la leçon de danse, regards croisés sur la transmission en milieux éducatifs. Co-édition CRDP de l’académie de Clermont-Ferrand/Passeurs de danse, pp. 151-166.