Bernard Buffet : un siècle mis à nu

 

La retrospective du Musée d’art moderne de la ville de Paris consacrée à Bernard Buffet rend justice à cet artiste qui a créé et inventé tout au long de sa vie.

Sa manière de peindre est reconnaissable entre toutes : traits appuyés, corps anguleux, haute signature quasi cunéiforme.

Une des première toiles exposée représente une cruxifiction saisissante. Tristesse et détresse se lisent sur les visages et dans l’attitude poignante d’un petit garçon en culottes courtes et béret, la tête enfouie dans les jupes de sa mère en deuil. Transposition symbolique de l’immédiat après-guerre, marqué par la pénurie y compris des couleurs. Les tonalités sont sombres et les gris se mêlent aux ocres.

Horreur de la guerre est un triptique aux dimensions imposantes. Face au visiteur des corps souffrants, blessés, agonisants. La toile fait  penser à Guernica. Sur les murs latéraux, en face à face, deux grandes compositions : des corps pendus et des hommes fusillés. Et l’on se dit que si le 21eme siècle a encore ajouté à la folie des hommes, on lit déjà la violence dans bien des toiles. On la lisait aussi chez Nicki de Saint Phalle. Violence de la critique qui vise l’artiste. Un terrorisme intellectuel  que  Bernard Buffet exorcise avec trois toiles : un tireur cagoulé, trois pistolets qu’il intitule, non sans humour : les Trois rigolos. Elles prennent de nouvelles connotations avec l’actualité récente.

La tristesse se lit aussi dans les toiles où il a l’audace, pour l’époque,  de présenter deux jeunes hommes nus dans une chambre. Réalité alors niée de l’homosexualité que l’artiste expose sans fard, se représentant avec son compagnon, Pierre Bergé. Pierre Bergé,  comme ensuite avec Yves Saint Laurent, aura pour lui un rôle décisif de soutien et d’encouragement à la création artistique. Des vidéos intéressantes font dialoguer les trois hommes et montrent la vie intellectuelle et mondaine du temps.

Cet admirateur de Courbet a peint des toiles où il s’inspire de  » L’origine du monde »mais Elle sont fort tristes, presque  insoutenables. Seuls les oiseaux, magnifiques de précision, qui apparaissent dans ces compositions ont droit à la couleur.

Curieusement, la fin de l’exposition, qui peint des morts et des  » transis », est joyeuse : Variation sur le thème de la mort, ce sont des corps réduits à leur squelette et quelques attributs. Squelettes souriants,vêtus de coloris somptueux et coiffés de couvre-chefs flatteurs.

Humour d’un squelette, agenouillé devant un maître autel à l’ostensoir rayonnant : il a gardé, comme par décence, un slip qui revêt d’un triangle blanc son bassin.

Une vidéo, tournée à sa demande par son fils, montre  Bernard Buffet dans son atelier, peignant ces toiles qui toutes datent de 1999.

Il peint au doigt. Il s’aide de sa main gauche pour maîtriser le tremblement de sa main droite alors qu’il signe et date son tableau.

Il mettra peu après fin à ses jours, atteint de la maladie de Parkinson et ne souhaitant pas voir le nouveau siècle.

Artiste précoce, il aura envers et contre tout créé et innové, sensible au temps, habitė par son art, en perpétuelle recherche et sans souci de plaire ou non.

 

 

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