Priorité au primaire

 Commencer par le commencement : voilà qui n’est pas sot et réinjecter 60 000 postes durant le quinquennat est bien nécessaire. Il n’empêche que des dents grincent, il y a tant à faire : les premières créations prévues à la rentrée ne combleront pas le vide laissé par des années de suppressions et cet effort sur les postes ne fait pas oublier l’autre question budgétaire, celle des rémunérations en panne depuis des années. En période de disette budgétaire, l’exercice est difficile. Lire la suite

Et maintenant ?

La rentrée, préparée par l’ancien gouvernement est restée difficile pour beaucoup. La lourdeur des effectifs et les contradictions du système demeurent. La concertation amorcée dès le début de l’été et reprise fin août n’a pu concerner directement tout un chacun mais le rapport qui en a été fait brosse un tableau de la situation que tous peuvent partager.

Si les rythmes éducatifs ont fait l’objet d’un groupe de travail particulier, la place du corps à l’École n’a pas tenu la vedette lors de ces journées. Le Sgen-CFDT a toutefois abordé le sujet à la faveur d’un atelier consacré à l’éducation culturelle, artistique et scientifique.

En effet, l’École doit donner toute sa place au corps et au sensible. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il faille, comme on l’entend parfois, « accroître la place du sport à l’école ». Les enseignants d’EPS ont quitté, non sans raison, le ministère des Sports et il faut rappeler avec force leur ancrage dans l’Éducation nationale. La santé et le bien-être relèvent de l’activité physique dont la pratique sportive n’est qu’une modalité. Pour que la pratique sportive s’exerce sans danger, ou en pleine connaissance des risques, cette éducation à l’activité physique est primordiale. En utilisant abusivement le mot sport pour toute pratique physique, y compris celles de loisir et d’entretien on risque, sans y prêter garde, de livrer les élèves aux appétits économiques de fédérations sportives dont le fonctionnement élitiste, axé sur la compétition, « élimine » les plus faibles pour distinguer le « meilleur ». Meilleur en quoi et à quel prix au moment de la croissance ?

Ce sport-là renvoie à une idéologie de la domination et de la toute puissance antinomique du vivre ensemble, de la santé et de l’éthique.

Il doit être fermement tenu à distance de nos établissements.

Remise à plat, remise en forme !

Notre pays ne peut faire l’économie d’une remise à plat de son système scolaire dont bien des indicateurs signalent qu’il est à bout de souffle.
Le taux élevé d’élèves qui sortent sans diplôme de l’école  : 150 000 jeunes par an, les résultats des élèves de 15 ans aux évaluations internationales sont deux indicateurs bien concrets.
Le récent rapport du Conseil économique, social et environnemental  souligne que l’École, loin de réduire les inégalités scolaires, les creuse. Les laissés pour compte de l’école sont assignés à la pauvreté, au chômage. La violence du regard porté sur eux est d’autant plus forte que le discours ambiant est celui d’une société de consommation qui vante le paraître, le pouvoir et l’argent.

C’est donc avec lucidité qu’il faut penser le fonctionnement de notre École pour qu’elle soit bien au service d’une société démocratique où chacun se sait reconnu, respecté parce que respectable. Ce sont les conditions du vivre ensemble et celles de toute paix.
Dans cette perspective, la seule réellement porteuse d’avenir, il faudra dans notre champ, donner toute sa place, non pas au « sport », vision trop réductrice, mais à cette éducation corporelle fondamentale pour l’épanouissement global de l’élève, son bien-être que permet l’Éducation physique. Elle apprend aussi ce savoir-vivre indispensable qui permet à la fois l’écoute et initiative, la coopération, la réflexion et la prise de distance critique. Elle protège de tout enfermement dans une culture sportive formatée et aliénante. C’est une éducation émancipatrice et ouverte.

Quelle nouvelle pour donner du courage?

Le 13 novembre à Lyon, le représentant d’ATD-Quart Monde International posait cette question avant de gagner Haïti et il répondait : « Ce qui vient d’être réalisé au cours de ce
weekend du 11 novembre ». Il s’adressait aux 450 personnes rassemblées dans les locaux de l’Ecole Normale Supérieure après trois jours d’échanges et de réflexion croisées sur l’École avec des parents en situation de pauvreté et des bénévoles de l’association ATD qui oeuvre à la reconnaissance des plus exclus, des professionnels de l’Éducation, des chercheurs, des mouvements associatifs et des organisations syndicales dont le Sgen-CFDT.
Un rassemblement inédit, patiemment préparé et organisé, de 450 personnes décidées à
faire bouger les choses. L’adjoint au maire de Lyon, président du Réseau Français des Villes Éducatrices, s’est engagé à relayer auprès des signataires de l’Appel de Bobigny les propositions issues des travaux de ces journées.
Il y a bien là en germe une dynamique pour une école plus juste, sans exclusion ni discrimination, antidote aux poisons d’idéologies rétrogrades, et une impulsion pour tenir le cap d’une société humaine et solidaire, respectant le droit de chacun à la dignité et au respect.
En ce début d’année, l’équipe de rédaction du Corps enchainé vous adresse ses meilleurs
voeux de santé, de bonheur et de réussite.
Il vous souhaite une année syndicale riche de rencontres et d’échanges, porteuse d’espoir
pour l’Ecole et nos métiers.