Corps et mouvement : regard sur l’exposition Hopper

L’exposition, au Grand Palais depuis le 10 octobre,  consacrée au peintre Edward Hopper a attiré les foules. Elle est prolongée jusqu’au 3 février (du 29 au 31 janvier, l’exposition sera ouverte de 9h à 23h puis jour et nuit du 1er au 3 février). Pendant cette période, l’exposition sera gratuite pour les moins de 16 ans.

A côté des tableaux à l’inquiétante étrangeté où les corps sont saisis dans la solitude d’une immobilité souvent triste,  inscrits dans des  espaces rectilignes, on note deux peintures dynamiques d’activités physiques de pleine nature.

Il y a Briddle path ( la piste cavalière). Ce tableau aux tons d’automne date de1939.Trois cavaliers, dans le quart inférieur gauche de la toile, galopent  de façon parallèle et  légèrement décalée. Les personnages sont vus en plongée, lancés vers la droite. L’homme, vu de dos, dont le buste s’incline vers l’arrière pour réduire l’allure de sa monture gris pommelé est coiffé d’un chapeau. Il  fait penser à Hopper tel qu’il s’est représenté dans son auto-portrait (1925-1930)) . A sa gauche, deux cavalières en veste, bottes et pantalon d’équitation,  en appui sur leur étriers. L’une,de profil, nu tête, les cheveux blonds retenus en un chignon souple sur la nuque  monte un alezan doré. L’autre, de trois quart dos, sur un cheval café au lait, a les cheveux roux et la même  coiffure, mais en partie masquée  par un chapeau noir assorti à sa veste. Son pantalon gris rappelle  le rocher sur lequel les trois personnages se détachent. Tous trois galopent sur un chemin. Le haut de la toile, représente, en contre plongée,  une large bâtisse aux hautes fenêtres romanes. La perspective choisie n’en laisse voir que le premier étage. Où vont ces cavaliers ? Ils s’apprêtent à passer dans un souterrain, noir comme la nuit…

Une autre toile de la même année, Ground Swell ( lame de fond) , évoque le nautisme. La toile est lumineuse. Elle représente la mer avec au premier plan des nuances de bleu pastel, de blanc et de turquoise, et un bleu plus soutenu à l’horizon. Le ciel  est  bleu pâle, strié de bandes de  nuages qui s’allègent dans le haut du tableau. Sur ce fond lumineux, se détache un voilier blanc, orienté vers la droite, la voile est tendue par le vent. A bord, cinq jeunes gens. Leurs regards équilibrent la composition en convergeant vers une balise située à gauche. Deux sont  debout torses nus.  Deux sont allongés, l’un couché, l’autre, appuyée sur les coudes : c’ est une jeune femme aux cheveux rouges, comme le haut de son deux pièces. Le dernier personnage au dos musclé et bronzé est assis et tient la barre.

On ne peut s’empêcher de mettre en regard ces deux peintures avec les couvertures de magazines que montre aussi l’exposition. Hopper les a réalisées au début de sa carrière, quand ses toiles ne se vendaient pas encore. Ainsi celles pour « Hotel Management », qui vantaient dans les années 1920 les activités physiques de loisir naissantes, alors réservées à une élite fortunée : voile, golf, natation… Prémices des images publicitaires idéalisées  d’une société de consommation et de loisirs à venir. Il est à noter cependant que dans ces œuvres de Hopper, jeunes hommes et   jeunes femmes font jeu égal dans des pratiques sportives partagées.

Deux autres tableaux  qui, à la fois, s’opposent par leur traitement et se font écho par leur sujet, attirent l’attention

Le premier, «  Summertime » (1943), montre une jeune femme exposée au soleil. En robe d’été et capeline de fine paille sur ses cheveux roux mi-longs, elle est de face, immobile et debout sur la première  marche d’un escalier qui mène à l’entrée d’un immeuble. Elle appuie légèrement l’avant bras droit sur une des colonnes qui composent l’entrée. Sa robe d’été au corsage ajusté dessine son buste et sa taille puis descend souplement jusqu’aux genoux. Le tissu léger crée un effet de transparence qui laisse deviner sa jambe. Rien ne bouge, si ce n’est le rideau d’une fenêtre au  bas de l’immeuble à  gauche, secoué comme par un vent d’orage,  métaphore du désir ?

L’autre toile  Girlie Show ( 1941) représente aussi une femme seule.  Elle est sur la scène d’une salle de spectacle tendue de gris, campée sur de hauts talons, nue avec un minuscule cache sexe, dans la lumière d’un projeteur invisible. Ses seins au dessin volumineux sont marqués de violet. Inexpressive et seule, mais l’allure décidée, elle se déplace latéralement sur l’avant scène vers le côté jardin et tient de chaque main, à la hauteur des  épaules, l’extrémité d’une étole bleue qui se gonfle derrière elle sous l’effet de sa marche. Elle avance sous des regards  masculins. Les hommes sont de dos, col blanc et costumes noirs, en bas du tableau. On ne voit que leur tête et le haut de leurs  épaules.  A gauche un musicien de profil ne regarde pas la scène mais sa batterie dont   les cymbales sont visibles.

Les personnages féminins se  ressemblent : corps  soumis au regard de l’autre. Le second dans l’asymétrie d’une relation de domination inversée. La composition évoque le  marché aux esclaves. Qui est le maître ?

 

 

 

 

 

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