Refondation de l’école, des fondations sont posées… il reste à construire l’édifice !

L’Assemblée nationale adopte aujourd’hui la loi pour la Refondation de l’École de la République.

Le Sgen-CFDT qui s’est largement impliqué dans le travail législatif en proposant aux parlementaires des amendements au texte initial, apprécie que le projet de loi ait été amélioré sur la prise en compte du socle commun, sur la reconnaissance du rôle des territoires, de l’éducation prioritaire, et concernant l’appui à la transversalité et à l’innovation. Il regrette cependant la décision prise en séance de ne pas aller jusqu’au bout en ce qui concerne le parcours de l’orientation, qui aboutit à ne pas donner aux familles la décision finale dans le processus scolaire.

Le processus législatif est à mi-parcours, et le Sgen-CFDT continuera à proposer des modifications pour aller vers plus de démocratie sociale et d’autonomie dans le système scolaire, plus de prise en compte de l’élève et de modularité dans les établissements scolaires.

Le Sgen-CFDT regrette cependant que la loi ait laissé en friche le dossier « Bac moins 3/Bac plus 3, même si l’évolution de l’article concernant le baccalauréat est une porte entrouverte à son évolution. Il déplore également que rien dans la loi ne concerne la gouvernance du système scolaire, en particulier au plus près des territoires.

De plus, l’inquiétude reste forte sur les dossiers de l’orientation et de la formation professionnelle face aux manques qui se profilent dans le texte sur la décentralisation .

Enfin, le Sgen-CFDT sait parfaitement que la loi n’est qu’un premier pas et que les discussions seront âpres dans les tous les groupes de travail concernant les chantiers de la refondation, l’écriture des décrets réglementaires et le métier enseignant.

Le premier enjeu sera, dès le mois de septembre 2013, la mise en place d’une formation rénovée dans le cadre des Écoles Supérieures du Professorat et de l’Éducation.

Organisation Réglementaire des Services comme Obsolète, Réductrice, Simpliste

 

La déclaration de Benoist APPARU à l’AEF : « Il faut faire passer les ORS de 15 à 18 heures pour un agrégé et de 18 à 21 heures pour un certifié » est une réponse simplette et insultante à une question complexe et légitime : celle du temps de travail des enseignants..

 Commençons par un rappel de la définition de l’ORS

Ce sigle désigne ce qui « structure » le temps de service des enseignants c’est à dire plus précisément le nombre d’heures que le professeur qui travaille à temps plein doit passer « en présence d’élèves » pour « faire cours ».

Ce nombre d’heures est calculé pour prendre en compte le temps de préparation de cours et de correction de copies depuis 1932 (par exemple pour les agrégés : 15h de cours, 15h de préparation et 15h de correction)

Ce nombre d’heures varie en fonction du corps auquel l’enseignant appartient : certifié, P.L.P, professeur d’E.P.S ou agrégé…. Au-delà de ces 18h (15h) de cours, les professeurs sont payés en Heures Supplémentaires.

L’O.R.S est OBSOLÈTE, car elle repose sur des statuts écrits en 1950*, et pour une école qui n’existe plus… ni dans son fonctionnement, ni dans ses missions, ni dans ses élèves … près de 75 ans plus tard , ce n’est plus le temps du « toilettage » ….. Il faut une réelle mise à plat de toutes les tâches que font les personnels enseignants pour pouvoir les quantifier pas seulement sur la semaine, mais sur l’année. La remise à plat doit aussi permette de réfléchir sur ce qui fait la difficulté du métier , et quitter le postulat des années 50 qui était que ce qui faisait la difficulté du métier, c’était le niveau des élèves… le bon niveau, bien entendu…

Elle tient à coup de rustines successives, que sont les régimes indemnitaires (I.S.O.E, I.F.I.C…), les minorations ou majorations de services (pour des raisons maintenant bien inadaptées) ou les Heures Supplémentaires Annuelles distribuées à tire-larigot (en opposition complète d’ailleurs avec le statut des enseignants), justifiées ou non. Il faut rajouter à cela toutes les Heures Supplémentaires Effectives avec lesquelles on bricole les projets, parfois l’aide individualisée, l’accompagnement éducatif… qui continuent de nourrir la conception d’un métier uniquement reconnu par le face-à-face pédagogique puisque le reste ne fait pas partie du « contrat » signé chaque année à travers le sacro-saint V.S : Ventilation du Service.

L’O.R.S est RÉDUCTRICE car cette définition archaïque du service enseignant ne prend en compte ni les temps de travail collectifs, ni les temps de rencontre avec les parents d’élèves, ni les temps d’accompagnement et de suivi des élèves, ni la participation aux commissions diverses et variées, ni l’investissement dans les projets d’établissement, ni les mandats dans les instances, ni le partenariat avec les collectivités territoriales, ni le temps de formation indispensable …etc… Alors pour compenser, les H.S.E sont  identifiées par un florilège à la Prévert : de l’aide aux devoirs aux heures projets en passant par les heures pour l’accompagnement éducatif, mais avec des absurdités, puisque ni les professeurs documentalistes ni les C.P.E, ni les A.E.D ne peuvent s’en voir attribuer, alors qu’il sont souvent les plus impliqués dans ces dispositifs.

Dans le 1er degré, l’existence des 108h et leur calcul en partie forfaitaire dans la dernière circulaire (liée aux rythmes) est un pas vers cette reconnaissance du « travail invisible ».

 L’O.R.S est SIMPLISTE car elle facilite le discours de ceux qui veulent que rien ne change … « Pas touche à mon ORS » pourrait être le mot d’ordre de tous ceux qui, sous couvert de protéger les statuts et l’âge d’or d’une école rêvée (fantasmée?), bloquent finalement tout ce qui peut permettre de concevoir autrement le travail enseignant. Évidemment, reconnaître la concertation ou le travail d’équipe, ce serait aussi remettre en cause le dogme de la « liberté pédagogique » ! Imaginer que puisse réellement être inclus dans le service le travail avec les collectivités territoriales forcerait à admettre qu’elles sont légitimes ! Et pire, oser envisager de valider des temps de décharge pour les personnels investis dans les instances locales serait de fait reconnaître que des décisions peuvent être prises à l’échelon des établissements…. autant de postulats qui heurtent la conception non seulement du métier enseignant mais de l’école toute entière que se font certains de nos partenaires syndicaux….

 Ce que propose B. Apparu n’est pas de remettre en cause le mode de calcul du service enseignant, mais de faire travailler plus les professeurs du second degré, avec le postulat implicite que les enseignants ne travaillent pas assez, et que le seul travail est celui du « face-à-face pédagogique ».

 Ce faisant, il offre l’occasion aux défenseurs forcenés des statuts de 1950 de réaffirmer encore une fois leur opposition à toute évolution. Ce faisant, il dévoile aux yeux de tous la sainte alliance hétéroclite qui voit des syndicats soi-disant de gauche ou progressistes et des forces clairement de droite et conservatrices se rejoindre, par des chemins différents, pour prétendre tout changer pour ne rien changer.

Pour le Sgen-CFDT, il faut redéfinir une ORS

« Originale, Réinventée et Souple » :

Originale, car répartie en 3 domaines  : Celui du face-à-face pédagogique, celui de l’accompagnement et du suivi des élèves, et celui de l’investissement dans l’établissement. Ces trois domaines peuvent d’ailleurs varier en volume selon les personnels, les périodes de la vie professionnelle et les besoins des établissements. Elle va de pair avec une redéfinition du calcul des D.G.H des établissements plus seulement basée sur l’addition des horaires réglementaires des élèves.

 Réinventée, car elle demande de se poser vraiment les vraies questions sur le service enseignant : où et avec qui est-il plus difficile de travailler ? Comment intégrer dans le service les temps de travail collectifs, comment prendre en compte vraiment l’investissement dans les établissements ? Comment ne pas rejeter aux marges du service ce qui devrait être au cœur de l’acte enseignant, c’est à dire l’aide aux apprentissages ? Comment valoriser le temps pris pour participer aux différentes instances collectives et de décision des E.P.L.E ? Cette réflexion devra s’élargir d’ailleurs à tous les personnels . Est-il normal que seuls les professeurs « de discipline » signent un VS ? Comment sont définies les H.S.E et leur attributions ?

 Souple, car les types d’établissements et les niveaux d’enseignement ne peuvent se réduire dans un service uniforme : Entre un établissement où les commissions éducatives sont rares et ceux où elles forment le quotidien des personnels, peut-on raisonnablement avoir la même définition du service ? Est-il plus légitime ou plus compliqué de faire des « colles » en classe préparatoire que de faire de l’aide individualisée à un élève non francophone ? Et ce n’est pas seulement dans la nature du service qu’il y a des différences : actuellement, le service est réputé inamovible du 1er septembre au 1er Juillet, à la rentrée comme en plein milieu d’année, hiver comme été, en zone rurale comme en ville, à la ville comme à la montagne, or la vie des établissements, leur environnement, le battement de la vie humaine, les aléas des relations sociales ne sont pas uniformes…

 Le Sgen-CFDT est prêt à parier sur l’intelligence collective pour refonder l’école et le travail des personnels plutôt que de participer à des combats d’arrière-garde.

*le décret de 50 est en fait le décret légèrement modifié de 1932 établi sur la base des 45 heures de travail hebdomadaires ( 15h de préparation, 15h de cours, 15h de correction)

REFONDATION ET CONSULTATION SONT DANS UN BATEAU ….. qui tombe à l’eau ?

Le SNUipp-FSU s’insurge actuellement du manque de concertation sur la refondation.

Il donne l’impression d’un ministère qui décide sans avoir consulté.

 Lors de la phase de très large consultation qui a eu lieu entre juillet et octobre 2012, le ministère a proposé à tout à chacun de publier des contributions écrites sur le site dédié:

 Lien vers le site de la refondation

 Le SNUipp-FSU n’a pas vraiment participé à la consultation, puisqu’aucune de ses interventions, à l’exception de celle sur l’Éducation Prioritaire n’a été faite en son nom propre. C’est, au passage, un petit plaisir de voir ainsi le syndicat majoritaire défendre une proposition du Sgen-CFDT farouchement combattue en 1982 par les tenants de l’égalité républicaine…

 Position du SNUIPP sur l’Éducation Prioritaire

 Le reste de ses interventions s’est faite dans un cadre collectif : d’une part avec l’Association des Maires Ruraux et l’ANDEV (1 contribution), d’autre part avec l’ACOP-France, AFPEN, SFP, SNES-FSU, SNP et SnpsyEN (des associations ou syndicats de psychologues, sauf le SNES-FSU, syndicat du second degré) avec… 7 contributions pour la défense des psychologues de l’Education Nationale !!!! De plus, Véronique Brune et Françoise Dalia (responsables du collectif national des psychologues scolaires du SNUipp-FSU) en rajoutent une couche avec un courrier… Si ça ce n’est pas de la défense corporatiste !!

 Alors oui, le Sgen-CFDT comprend la colère des collègues instituteurs et Professeurs des Écoles qui se sentent exclus de la refondation !

 Et pourtant, lors des ateliers de la refondation, leur représentant s’est largement exprimé lors des débats. D’ailleurs, il a défendu des positions assez proches de celles du Sgen-CFDT. Nous ne pouvons pas ici vous relater ce qu’il a dit, il n’a pas laissé de contribution écrite…

 Mais donc, concrètement le SNUipp-FSU ne défend même pas le « plus de maîtres que de classes » qu’il essaie de s’approprier au détriment du Sgen-CFDT. Il ne s’intéresse pas à l’accueil des moins de 3 ans. Il n’a aucun avis sur le statut de l’école primaire ou au minimum du directeur… tant de questions qui sont majeures dans le premier degré !

Qu’en penser ?

L’élection présidentielle a validé la volonté de démocratie sociale portée par le candidat Hollande. Or, ce mode de gouvernance ne fonctionne que par le système de représentation. Comment imaginer les 900 000 salariés de l’Éducation Nationale ainsi que les maires des 36 000 communes de France, les parents de chaque petit élève français… donner son point de vue personnel et demander au ministre de faire une synthèse ! Il faut forcement procéder par représentation, pour les personnels, cela s’appelle un syndicat.

ET OUI !!! Nous ne servons pas qu’à vous informer de votre promotion ou votre mutation ! Un syndicat sert à représenter les personnels, à faire entendre leur voix, leur vision du métier.

Dès le debut de la Refondation, Le Sgen-CFDT a publié un mémorandum de 55 pages présentant ses positions et ses revendications :

 Le memorandum du Sgen CFDT pour la refondation

Dans ce document, nous présentons notre vision de l’École. Ce texte est directement issu de nos résolutions de congrès, dont la dernière, celle de Décines en mai 2012, a été débattue par tous les syndicats et votée à une très large majorité.

 Les organisations syndicales majoritaires ne peuvent pas revendiquer le rôle de représentants des personnels sans en assumer toutes les fonctions, et en particulier celle de pouvoir mettre clairement par écrit toutes les positions qu’ils portent auprès du ministère. Prétendre que les personnels n’ont pas été consultés, c’est au mieux de la malhonnêteté intellectuelle, au pire la négation même du rôle d’une organisation syndicale qui est bien de porter la parole des salariés qu’ils représentent !

Verba volant, scripta manent ….

Le Ministère a ouvert le chantier de la rénovation du collège lors d’une réunion multilatérale avec toutes les organisations syndicales. A cette occasion, le Ministère a remis aux représentants syndicaux un dossier contenant entre autres un relevé des contributions écrites apportées pendant la concertation.

Pour le Sgen-CFDT, la réforme du collège est un chantier tout à fait prioritaire tant les difficultés, les obsolescences et les inégalités du système scolaire se coalisent à cette étape de la scolarité pour rendre la vie dure aussi bien aux élèves qu’aux personnels. C’est pourquoi, le Sgen-CFDT entend saisir toutes les opportunités de faire valoir ses réponses à toutes les interrogations que soulèvent ce sujet que ce soit dans les temps de concertation, dans les instances, dans les réunions, par écrit ou verbalement.

Peut-on en dire autant des hérauts des ordres d’enseignement, des chantres de la discipline et des thuriféraires du décret de 1950 ?

Il y a de quoi s’interroger quand on constate que les ayatollahs des statuts (FO), et les pourfendeurs du grand capital (SUD) n’ont même pas pris la peine d’apporter de contributions écrites sur la rénovation du collège lors de la grande concertation estivale.

LIEN VERS LES CONTRIBUTIONS « COLLEGE »

Ah ! Ils ont beau jeu maintenant de dénoncer l’absence de dialogue ou le rythme trop rapide des décisions alors qu’ils n’ont pas répondu à l’invitation qui leur avait été faite.

Ou serait-ce qu’ils préfèrent que leurs prises de position ne restent pas dans les annales de peur que demain ils doivent défendre ce qu’aujourd’hui ils contestent ?

Ou pire, serait-ce qu’au fond le collège ne les intéresse pas et avec lui des centaines de milliers d’enfants à un âge charnière et des dizaines de milliers d’enseignants (de second ordre peut-être?) dont une partie souffre de conditions de travail dégradées et d’une reconnaissance en berne ?

Il est aussi intéressant de constater que si le SNES n’a pas fait de contribution sur le collège à proprement parler, il en a fait une sur le socle commun, ce même socle commun qu’il diabolise à longueur de temps. Double jeu ?

Alors ce socle commun : déchéance et destruction de l’École et avec elle de la République ou sujet dont on peut débattre sérieusement ?

Le Sgen-CFDT a fait ses choix. Et vous ?

Lien vers le Compte rendu de la réunion de lancement du chantier Rénovation du collège à la Dgesco