Télé-services dans l’Education nationale

Juin 2020, par un beau soir d’été, une famille (le père, le père, leurs enfants de 11 et 14 ans) sont assis dans leur canapé devant la télé. Une belle scène d’union familiale : Coupe du monde de foot ? Finale de la Star Ac’ ? Mieux que ça : ce soir, on va inscrire l’aîné de la famille au lycée. Son smartphone est posé devant lui (et pour une fois, ses parents ne s’en plaignent pas) car dans quelques minutes les équipes de différents lycées vont présenter leur établissement en direct et en prime pour les inscriptions en Seconde.

Une fois les présentations faites, c’est le moment fatidique : il va falloir faire vite. À l’écran s’affichent les modalités d’inscription :

Pour t’inscrire

au LP Citroën (une antique marque de voitures françaises)

envoie 1 au 42780

au Lycée général Xavier Darcos (un grand académicien du début de siècle, si si)

envoie 2 au 42780

au Lycée technologique Cousteau (soyons sérieux de temps en temps)

envoie 3 au 42780

Coût d’un SMS + 0,70 € coût de communication + 1,35 € pour l’établissement demandé + 0,10 € pour l’établissement d’affectation. Ces sommes ne sont pas déductibles des impôts (si vous avez la chance d’en payer)

Le 13 juin 2013, le Ministère a présenté son projet de déploiement de télé-services dans les établissements et pour les usagers (élèves, familles…). Entre autres nouveautés, ce projet prévoit la télé-inscription des élèves pour l’entrée en lycée. Cette télé-inscription se ferait au terme d’une procédure complexe et entièrement dématérialisée. Il n’est pas dans les habitudes du Sgen-CFDT de crier haro sur le numérique mais ce que nous demandons c’est un numérique raisonné et raisonnable. Des télé-services s’inscrivant dans le cadre actuel et étriqué des ENT ne laissent rien présager de bon. Une fois encore, ce seront les familles les plus en difficulté avec les codes scolaires qui sont aussi les plus éloignées du monde numérique (la fracture numérique est une réalité pas une chimère de science-fiction) qui seront impactées par ce nouveau système.

Pour s’en convaincre il suffit de regarder quelques chiffres de l’enquête nationale sur les usages des ENT dans le Second degré.

Il apparaît qu’ont répondu à cette enquête seulement 1% de parents dont un enfant est inscrit en Bac pro et 6% d’élèves scolarisés en LP. Ces chiffres sont bien en deçà de ce que représentent réellement ces catégories dans le système scolaire français. Or l’on sait aussi que les élèves qui s’inscrivent en LP sont majoritairement issus des classes sociales défavorisées économiquement, socialement et culturellement (ce qui inclue l’accès et la compétence à utiliser le numérique).

Enfin, alors que la loi d’orientation met l’accent sur le rapprochement entre familles et école, absolument nécessaire pour sortir l’école de sa tour d’ivoire et pour que les familles retrouvent confiance dans l’institution, une procédure totalement dématérialisée risquerait de rompre le lien à peine ébauché entre l’établissement et la famille au moment de l’inscription. Si l’accueil est bien réussi, et humain lors de ce premier contact entre le lycée et l’établissement, c’est à ce moment que l’on peut accrocher les parents à l’établissement, à la communauté éducative dans une perspective d’éducation partagée dans le cadre du service public d’éducation. S’en priver serait tout à fait contre-productif.

Le temps du concret

« Pour tout le monde, c’est le temps du concret qui commence, et au Sgen-CFDT, nous y sommes prêts. »La première année du mandat François Hollande s’achève avec un acquis législatif incontestablement bien fourni, de la loi instaurant le droit au mariage pour tous à celle transposant l’accord national interprofessionnel sur la sécurisation de l’emploi, de la loi d’orientation de l’École à celle réformant l’enseignement supérieur et la recherche, sans compter les décrets sur les rythmes scolaires ou le projet éducatif territorial. Les mois qui viennent s’annoncent également bien remplis avec un projet de loi sur l’enseignement agricole, un autre sur la formation professionnelle sans oublier « l’acte 3 » de la décentralisation. Lire la suite