Missions des enseignants documentalistes

Les Capes les plus récents ont pris en compte l’évolution du métier : un temps d’heures de service et un forfait pour d’autres activités qui rendent moins invisible le temps de travail réel.

Au lieu de rénover le statut des enseignants et de prendre en compte l’incidence sur le service de leur charge de travail réelle (1607 heures comme toute la fonction publique), on conserve les particularismes ( agrégés, certifiés, PEPS… ) pour les mêmes conditions de travail et les mêmes élèves.

Nouvel avatar du projet de décret, la création d’un paragraphe III dérogatoire qui ramène au rang de professeur de « discipline » les professeurs documentalistes !

Pourtant, ce qui fait l’essentiel de la mission des professeurs documentalistes, c’est bien la gestion et l’animation d’un lieu multi media dont ils ont la responsabilité. C’est aussi la formation des élèves à la connaissance et à l’usage des ressources de cet espace unique dans l’établissement. Un espace qui favorise des situations d’apprentissage variées au service de l’accompagnement et de l’autonomie des élèves pour une relation personnelle au savoir et à la culture.

On trouve ainsi moyen de ramener au statut d’enseignant de discipline une profession qui montrait au contraire la voie d’une évolution du métier !

Le Sgen-CFDT n’est pas seul à souligner cette contradiction : voir « professeurs de la discipline de documentation » : avancée ou trompe-l’œil ? sur le blog de Jean-Pierre Veran.

Désintox de la semaine : le corps unique

Corps unique : attention danger ?

Pluralitas non est ponenda sine necessitate

« Les multiples ne doivent pas être utilisés sans nécessité. »

Guillaume d’Ockham (1285-1347)

Au détour d’une négociation au Ministère ou à l’approche des élections professionnelles (les prochaines se tiendront en décembre 2014) resurgit le grand méchant loup : le corps unique.

Avant toute chose, ne nous voilons pas la face, le corps unique est une revendication historique du Sgen-CDFT car, pour nous, le métier enseignant est un métier unique qui peut s’exercer dans des conditions différentes.

Enseigner en milieu rural ou en banlieue (entendez Neuilly ou Vaulx-en-Velin), ce n’est pas la même chose. Enseigner en CPGE ou être en complément de service sur un collège et un lycée, ce n’est pas pareil. Enseigner dans une classe unique ou en petite section, ce n’est pas pareil.

Le corps unique n’est pas un Frankenstein qui dévorerait tout crus de malheureux enseignants soumis à l’arbitraire de l’administration qui enverrait des PLP indus’ dans les CPGE ou des agrégés de philo’ en petite section (des ateliers philo en maternelle ? ça se fait, et ça marche!).

Le corps unique, c’est peut-être la fin du syndicalisme corporatiste ou du syndicalisme de la peur, mais ce n’est pas l’abolition de toute différence entre enseignants.

En effet, il faut distinguer la forme du fond.

La forme c’est, aujourd’hui, l’exigence du niveau master pour tous les nouveaux enseignants qu’ils se destinent à enseigner aux tous-petits comme à la sacro-sainte élite. Cette exigence ce devrait être celle de professionnels de l’éducation, de la didactique et de la pédagogie avant d’être des spécialistes d’une discipline (placer la discipline avant tout, c’est quand même dénier aux PE ou aux PLP une part de leur professionnalisme, eux qui sont au minimum bivalents dans les matières générales).

Le fond, ce sont les différences tant dans les pratiques que dans les modalités et les conditions de travail selon de multiples aléas : territoire, catégories socio-professionnelles, collectivité de rattachement, taille de l’école ou de l’établissement… C’est la fonction qui devrait permettre de moduler le temps de service et la part variable de la rémunération (qui représente chez les enseignants une part infinitésimale du revenu) pas le concours (parlez-en aux agrégés TZR depuis 10 ans affectés essentiellement en collèges sensibles).

Il convient encore d’ouvrir les yeux sur un monde qui change et sur une réalité de plus en plus prégnante : le temps des carrières linéaires est révolu. Il ne s’agit pas de débattre pour ou contre, c’est un état de fait. Le syndicalisme doit prendre en compte cette réalité. Un corps unique pourrait aussi permettre davantage de mobilité à l’intérieur de notre ministère, plus de fluidité dans la carrière, dans les fonctions tout en restant dans le giron rassurant et protecteur du statut général de la fonction publique d’État et du statut particulier du corps enseignant.

Désintox de la semaine : les 1607 heures

1607 heures, ça fait peur !

« Tous ceux qui veulent dire une vérité avant son heure risquent de se retrouver hérétiques. »
Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955)

Mais c’est quoi au juste ? C’est le temps de travail annuel des fonctionnaires en vigueur en France depuis 1998. Traduit en temps de travail hebdomadaire, il s’agit des fameuses 35 heures. Et 35 heures, ça fait peur aussi ! Ce serait, au choix ou tout ensemble, la fin des décrets de 50 (au passage, c’est fait, ils seront remplacés par les futurs décrets 2014), la fin du statut (qui dépend quand même d’un vote du parlement), la fin de la liberté pédagogique, la fin de l’école publique, gratuite et laïque.

Le décret du 11 février 1932En agitant ces chiffons rouges, les ayatollahs des décrets de 50 ont réussi à faire croire que ceux-ci sont protecteurs et permettent de conserver nos acquis (sic). Pour conserver, oui ils conservent. Ils conservaient un temps de travail, des modalités de travail et une organisation du travail édictés en 1950. Mieux encore, le temps de présence devant élèves sanctuarisé en 1950 découlait d’un décret publié en 1932. Pendant que tous les autres secteurs d’activités du pays, public ou privé, faisaient et font évoluer régulièrement par la négociation leur cadre d’activité, le syndicalisme « majoritaire » de l’Éducation nationale a réussi l’exploit de maintenir pour des centaines de milliers d’enseignants des conditions de travail d’avant-guerre !

La conservation mordicus et inchangée des décrets de 1950 a permis un empilement sans limite de quantité et de durée de réunions, conseils, etc… Ils permettaient par ailleurs une interprétation aléatoire parce que fondée sur un décalage profond entre le réglementaire et la pratique.

Ainsi, en sanctuarisant un temps de travail uniquement fondé sur le face-à-face élèves, on a longtemps laissé les collègues à la merci d’aléas pour la détermination du reste de leur travail.

Le Sgen-CFDT accepte et assume un monde qui change, l’École doit changer avec lui. Cela signifie autant de nouvelles pratiques pédagogiques que de nouvelles organisations plus souples, plus modulaires, plus étalées dans le temps qui nécessitent à la fois un statut adapté à la réalité et protecteur, ainsi que des possibilités encadrées et protectrices elles aussi d’organisations et pratiques novatrices pour la réussite de tous et le bien-être de chacun.