Désintox de la semaine : ne pas mettre le socle avant les bœufs

« La véritable liberté est indissociable de la protection des plus faibles. »

Albert Jacquard

La semaine passée, le Conseil Supérieur des Programmes a dévoilé aux syndicats ses premières propositions de réécriture du socle commun de compétences, de connaissances et de culture.

À cette occasion, l’artillerie lourde a été ressortie : le socle commun est le cheval de Troie du néo-libéralisme dans l’École républicaine (comme Pisa, comme la bivalence – les PLP et les profs d’histoire géo, physique chimie, lettres classiques apprécieront au passage, comme l’annualisation).

Qu’a donc fait ce malheureux socle depuis sa naissance pour s’attirer les foudres des partisans de l’égalitarisme à tous crins ? Entre autres choses, ses différents rédacteurs n’ont jamais voulu assumer le choix des compétences et ont toujours louvoyé entre des visions incompatibles. Ainsi le Sgen-CFDT n’est toujours pas satisfait du socle qui est proposé.

Le socle serait néolibéral semble-t-il pour deux raisons : d’une part parce qu’il individualise, d’autre part parce qu’il ne met pas la Culture devant les connaissances et pire encore devant les compétences.

L’esprit du socle commun selon le Sgen-CFDT devrait être à la fois d’individualisation du parcours de l’élève et d’exigence commune pour la scolarité obligatoire. On peut crier à la rupture de l’égalité mais c’est fermer les yeux sur des programmes qui n’ont d’égalitaire que leur ambition puisque régulièrement reconnus par la profession (selon les années, les disciplines et les séries) comme infaisables et source de stress. Est-ce néolibéral que de s’intéresser au parcours potentiel d’un élève plutôt que de le laisser vivoter dans une classe où le programme est à l’éducation ce que les marchés sont à l’économie ? Pour le Sgen-CFDT, ce n’est pas parce que le socle s’appelle socle que cela signifie diminution des exigences. Il s’agit plutôt d’exigences différentes qui ne seraient plus fondées uniquement sur les connaissances mais sur un ensemble permettant d’affronter la vie d’adulte en citoyen-ne émancipé-e.

C’est là l’autre grande critique qui accompagne le socle commun depuis sa création. Il serait néolibéral parce qu’il ne servirait qu’à fournir de la chair à travail au patronat. Comment ? En rabaissant les exigences culturelles (comprendre l’étendue des programmes disciplinaires académiques) et en mettant en avant des compétences qui permettraient aux patrons de sélectionner des ouvriers dociles et malléables. C’est vrai qu’un système, non pas des enseignants mais un système, qui laisse sur le bord de la route 150000 jeunes par an, sans formation, sans diplôme, donc a priori corvéables à merci a fait la preuve de son efficacité.

L’ambition du socle commun est d’assurer à chacun les connaissances et compétences fondamentales indispensables au XXIe siècle pour comprendre le monde, savoir porter sur lui un regard critique, agir dans sa vie personnelle, sociale, professionnelle, se former tout au long de sa vie. Pour atteindre cette ambition, la seule réécriture, aussi bonne pourrait-elle être, du socle commun ne suffit pas. Le collège doit faire l’objet de profonds changements pour cesser d’être un terminus scolaire pour de trop nombreux jeunes et un lieu de souffrance tant pour les élèves que pour les personnels.

 

Rentrée scolaire 2014 : les personnels administratifs et techniques ne porteront pas le chapeau du soi-disant bug informatique

Communiqué de presse

Le 16 mai dernier, le ministre a exposé devant le Conseil Supérieur de l’Éducation, que sa décision de repousser la date de la rentrée n’était aucunement associée à une quelconque demande de certaines organisations syndicales de ne pas rogner les vacances des enseignants. En revanche, il s’est retranché derrière des blocages techniques insurmontables, et qu’on venait, fort opportunément, de découvrir.
Immédiatement interpelé par le Sgen-CFDT, en séance, sur le caractère inacceptable de cette mise en cause du professionnalisme des personnels administratifs et techniques concernés, notamment à l’administration centrale, le ministre n’a pas jugé utile de corriger cette pseudo-explication.
Le Sgen-CFDT de l’administration centrale s’est retourné sans délai vers le cabinet du ministre et le secrétariat général pour que les précisions nécessaires soient apportées aux agents. Il importe que ceux-ci aient l’assurance que le ministre ne reste pas sans réaction face aux commentaires relayés par la presse sur l’inefficacité de l’administration et de ses agents, « incapables de traiter un problème technique d’aussi faible niveau ».
L’absence de cette communication du ministère, montre que la considération due aux personnels techniques et administratifs, n’a pas pesé bien lourd quand il s’est agi de sortir d’un conflit potentiel avec une autre catégorie de personnel. Le Sgen-CFDT affirme qu’il n’est pas acceptable de laisser plus longtemps prospérer cette situation, mettant gravement en cause l’image d’une catégorie de personnel, tant auprès des autres collègues que de la population.
Le Sgen-CFDT regrette que cette situation n’ait pas été anticipée, et qu’une fois rappelée, elle n’ait pas suscité la réponse qu’elle exigeait.
Le Sgen-CFDT est viscéralement attaché à l’idée que l’ensemble des agents du ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, participent également à l’accomplissement de la mission d’éducation et d’enseignement des élèves. Il n’est pas acceptable de laisser croire que les difficultés rencontrées, puissent trouver leur explication dans le seul manque de compétence de certains d’entre eux.

France Inter, 22 mai 2014, Journal de 13 heures : l’interview de Nicolas Tariel, secrétaire général du Sgen-CFDT de l’Administration Centrale

Communiqué du groupe « Socle commun, promesse démocratique » (Crap-Cahiers Pédagogiques, Éducation & Devenir, Se-Unsa, Sgen-CFDT)

Le groupe « socle commun, promesse démocratique » a pris connaissance du projet du nouveau socle commun de connaissances, de compétences et de culture élaboré par le Conseil Supérieur des Programmes.

Malgré les dernières évolutions, ce texte est encore loin de définir un nouveau socle commun conforme à la loi de refondation.

Il ne rompt pas suffisamment avec un modèle d’enseignement, hérité du « petit lycée », qui a fait les preuves de son inefficacité à répondre aux enjeux de la démocratisation scolaire.

Ce texte s’écarte encore de la loi de refondation sur au moins trois points :

– Il définit une « culture commune », concept dont la traduction scolaire est inopérante en termes d’apprentissages, en lieu et place d’un socle qui cernerait les
incontournables de la scolarité obligatoire.

– Il ne donne pas les moyens de garantir les acquis des élèves : les compétences
sont encore formulées de façon peu opératoire pour ménager ceux qui s’y opposent ou sont confondues avec de vagues objectifs sans lien avec l’évaluation qui, même si les principes posés vont dans le bon sens, reste traitée à part.

– Il fait l’impasse sur la nécessité de préparer les élèves à l’insertion sociale et professionnelle, et à la formation tout au long de la vie alors que c’est une des trois finalités du socle commun selon la loi.

De manière concrète, un socle commun ainsi défini s’intéresse finalement peu aux élèves et à leurs apprentissages, s’éloigne d’une approche par compétences et ne donne aucun cadre de référence pour l’évaluation des élèves. Tant que la définition du socle s’adressera plus aux spécialistes et aux polémistes qu’à ceux qui doivent le mettre en œuvre, les programmes disciplinaires, aux contenus pléthoriques et cloisonnés, resteront la finalité de l’École.

Depuis plus de deux ans, nous sommes porteurs de propositions constructives et affirmées, qui s’appuient sur le travail engagé par de très nombreuses équipes dans les écoles et les collèges.

Parce que l’idée même de socle commun et les principes définis par la loi de Refondation sont d’une importance capitale, nous demandons que le CSP les prenne en compte de façon à permettre leur mise en œuvre.

Désintox de la semaine : 29 août, le jour de trop !

« Suite au fait que lundi tombe un mardi ce mercredi, notre réunion du jeudi se tiendra vendredi ce samedi car dimanche est un jour férié. »

de Red Skelton (1913-1997)

Vendredi 16 mai, Benoît Hamon a pris la deuxième grande décision de son règne à la tête du Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Il est revenu sur la pré-rentrée des enseignants prévue le 29 août par son prédécesseur. Voilà qui va contribuer à la hausse des salaires des personnels de l’Éducation nationale, au bien-être des élèves, à la satisfaction du lobby des agences de voyage et au sauvetage de la banquise !

Passons sur la mauvaise excuse du problème informatique (ce qui, soit dit en passant, est inquiétant au XXIème siècle et pour l’école numérique que Vincent Peillon appelait de ses vœux, mais peut-être le successeur de ce dernier va-t-il revenir aussi sur ce pan de la Refondation ?).

Est-ce qu’un vendredi ou un lundi allait changer la face du monde ? Dans un sens comme dans l’autre, soyons honnêtes, probablement pas.

Toutefois cette reculade est un symbolique politique et médiatique fort. Ne nous attardons pas sur les éternels aigris et « rageux », comme disent nos élèves, qui ne manqueront pas de casser du fonctionnaire et du prof en particulier grâce à notre Ministre.

Ce renoncement signifie quand même, et ce n’est pas rien, que M.Hamon n’entend pas toucher à la durée des vacances scolaires, c’est-à-dire à l’organisation de l’année scolaire dont on conservera certes les vacances d’été (mais sans hausse de salaires, difficile d’en profiter) mais aussi ce premier trimestre trop long, ce troisième trimestre trop court, cette période de 8 semaines de cours entre Noël et les vacances d’hiver, ces ponts et rattrapages un coup offerts, un coup interdits. Pour la cohérence de l’année scolaire, pour la continuité de la politique, il faudra repasser.

Cette capitulation face à on ne sait trop quels lobbies ou puissance informatique occulte démontre aussi une certaine méconnaissance de son propre Ministère par Benoît Hamon. Faut-il rappeler que les enseignants ne commencent pas l’année scolaire au matin du 1er septembre ? Qu’il s’agisse de remettre à jour les premiers cours ou de préparer sa salle de classe, les enseignants se remettent au travail avant la rentrée, avant la pré-rentrée même. Mais quid des personnels de direction, des CPE, des personnels administratifs qui doivent eux rester deux semaines après la fin des cours et revenir deux semaines avant la reprise ? quid des personnels d’entretien qui doivent attendre le départ des élèves et des profs pour briquer les locaux ? Si le lundi 1er septembre devait être rattrapé le 6 juillet 2015, ce sont tous ces personnels qui devront patienter un week-end de juillet avant d’être libérés. Mais, moins nombreux que les enseignants, dans une perspective électoraliste liée au 25 mai, ils sont quantité négligeable.

Que le rattrapage se fasse le 6 juillet ou en cours d’année (pour respecter les 36 semaines de cours gravées dans le marbre de la loi, il devra se faire), on restera quoi qu’il arrive dans un bricolage et un amateurisme indigne des personnels et des élèves, qui n’achètera peut-être même pas la paix sociale recherchée !

Encore une fois (la faute au Ministre, aux médias, à certains syndicats), l’Éducation nationale revient sur le devant de la scène en braquant les projecteurs sur un point de détail qui incite à la caricature et empêche de fait d’ouvrir les débats sur des sujets plus complexes mais plus pertinents pour la réussite des élèves : programmes, examens, pédagogie, parcours, accompagnement, formation des enseignants…

Désintox de la semaine : Lettre de mission : c’est la lettre ou la mission qui dérange ?

« Bonjour, Monsieur Phelps. Votre mission, si toutefois vous l’acceptez… »

Tancredi, neveu du Prince de Salina, disait que « Si nous voulons que tout reste tel que c’est, il faut que tout change ». La maxime s’applique presque parfaitement au décret 2014 écrit par Vincent Peillon avant son départ du Ministère. En effet, sous une apparence de révolution, peu de changements fondamentaux feront leur apparition à la rentrée 2015.

C’est dans le bloc 3 (article 3 du décret : « Les enseignants […] peuvent, s’ils le souhaitent, au titre d’une année scolaire, exercer des missions particulières au niveau de leur établissement, ou au niveau académique sous l’autorité du recteur de l’académie. Les enseignants exerçant ces missions peuvent bénéficier d’un allègement de leur service d’enseignement attribué sur décision du recteur de l’académie. Lorsque la mission est réalisée au niveau de l’établissement, la décision du recteur intervient après proposition du conseil d’administration de l’établissement d’affectation de l’enseignant. ») qu’apparaît une des innovations les plus fortes en termes de conditions d’exercice.

En effet, le texte formalise d’une part l’exercice de missions autres que l’enseignement sur la base du volontariat et d’autre part confie un rôle plus important au CA, seule instance de contrôle démocratique au sein d’un établissement, pour piloter ces missions.

Pour ce type de missions qui peuvent être de gestion du réseau informatique, de coordonnateurs de cycle, de référent décrochage ou culture, etc… le Sgen-CFDT est favorable à ce que le CA soit au minimum consulté sur l’attribution de la mission, sur les modalités et les moyens de celle-ci et sur son évaluation. Dans ce cadre, la rédaction conjointe d’une lettre de mission pour les personnels concernés entre le collègue et le chef d’établissement avec un passage au CA constitue une forme d’encadrement raisonnable et rationnel pour toute personne qui exerce ponctuellement une mission différente de celle qui est habituellement la sienne, c’est-à-dire enseigner. La lettre de mission et le contrôle du CA doivent servir trois objectifs : transparence, efficacité, reconnaissance.

La transparence doit servir le collègue exerçant la mission à la fois sur les objectifs qu’on lui assigne et qu’il accepte et sur les moyens qu’on lui attribue pour y parvenir. La transparence sert aussi à l’ensemble de la communauté éducative pour savoir qui fait quoi, dans quel cadre et avec quels moyens.

L’efficacité vise la satisfaction des élèves ou des équipes sur des besoins particuliers : lutte contre le décrochage pour les premiers ou gestion du réseau pour les seconds par exemple. Avoir des objectifs élaborés collectivement dans un cadre de moyens et d’organisation contribue au bon fonctionnement de l’ensemble.

La reconnaissance du travail réalisé est une problématique essentielle de la revalorisation du métier enseignant (et pas forcément et uniquement financière). Si celle-ci peut passer par de la décharge ou de l’indemnitaire, la transparence entre les acteurs (chef d’établissement et intéressé) et le reste des équipes doit être un point cardinal du fonctionnement et, osons le mot, du management des établissements.

Pour le Sgen-CFDT, tout travail mérite salaire et toute mission mérite valorisation.

Désintox de la semaine : fais GRAF à toi !

« N’est-ce pas en fonction de ce qu’il a fabriqué qu’on apprécie le fabricant ? »

Yüssof Karam (1823-1889)

Une doléance que l’on peut entendre souvent dans les salles des profs ou des maîtres est le manque de reconnaissance du travail exercé. Il ne peut pas s’agir seulement d’affirmer qu’un tel fait mieux son travail que tel autre et que par conséquent le premier doit être mieux payé que le second. L’ensemble de notre système est fondé sur un traitement égalitaire des personnels selon le corps et le grade.

Toutefois, il s’agit de cibler un ensemble de conditions d’exercice qui mérite une reconnaissance particulière pour tous les personnels qui correspondraient à des critères pré-établis et connus de tous. Dans le fonction publique, ce type de reconnaissance s’appelle le GRAF, pour GRade d’Accès Fonctionnel. Le grade est ce qu’on appelle communément la classe dans l’Éducation nationale (normale et hors-classe pour les enseignants, première classe, exceptionnel etc dans d’autres corps). On entre et progresse dans un grade selon des règles fixées par décret et identiques pour tous. Enfin, on ne peut pas, sauf sanction disciplinaire, être rétrogradé.

Le GRAF est attribué à un agent en fonction des conditions précises dans lesquelles il exerce et uniquement pendant qu’il remplit lesdites conditions. Si lors d’un changement de poste, les conditions ne sont plus remplies, l’agent perd le bénéfice du GRAF et retrouve son grade d’origine. Cette possibilité de reconnaissance du travail exercé n’existe pas à l’heure actuelle pour les personnels enseignants. Lors des discussions préalables à la publication des décrets 2014, l’ancien Ministre a ouvert deux pistes pour l’application du GRAF aux enseignants : les directeurs d’école et les personnels en Éducation prioritaire.

Pour le Sgen-CFDT, l’avancement comme la reconnaissance du travail effectué ne peuvent pas passer uniquement par le double système d’évaluation actuelle dont les limites sont connues de tous les acteurs : une inspection pédagogique dont la périodicité s’apparente à une loterie et l’efficience pédagogique est proche de la chance de décrocher le jackpot à l’Euromillions et une notation administrative qui n’est qu’une vaste fumisterie coûteuse en temps (rédaction, signature, vérification, CAPA) et en moyens (papiers, temps de secrétariat, coût des CAPA).

En lieu et place d’un avancement basé sur une évaluation au mérite, partielle, partiale et au final souvent injuste et démotivante, le Sgen-CFDT voit deux avantages à la mise en place d’un GRAF : d’abord, la transparence des critères déterminés pour entrer dans le grade ; ensuite, la reconnaissance effective qu’à conditions de travail identifiées comme difficiles (environnement et élèves difficiles, charges de travail importantes), les personnels soient également traités et non en fonction des seuls corps et grades statutaires.

Il faut cependant entourer ce GRAF de plusieurs garanties : accès de tous les agents concernés et donc absence de quota comme dans la hors-classe ; prise en compte des formations suivies ; conditions du retour au grade d’origine.