Désintox de la semaine : tous responsables ?

dessin désintox« Liberté implique responsabilité. C’est là pourquoi la plupart des hommes la redoutent. »

George Bernard Shaw

Le référentiel des compétences des enseignants publié en juillet 2013 comporte un paragraphe sur les personnels acteurs de la communauté éducative. Le verbe clé : coopérer. C’est-à-dire œuvrer ensemble. C’est-à-dire faire qu’une équipe tende vers la réalisation d’une même œuvre : la réussite des élèves (pour le Sgen-CFDT, immanquablement associée au bien-être des personnels).

Pour ce faire, nous voyons trois pistes à suivre : déterminer les objectifs, travailler ensemble, prendre sa part de l’œuvre.

Si l’objectif final est connu – la réussite de tous – il manque souvent la capacité du politique puis du hiérarchique à définir les étapes qui pourraient permettre de l’atteindre. Trop engoncés qu’ils sont dans le consensus mou, dans le besoin de ne pas faire peur à ceux-là et de satisfaire un peu ceux-ci, nos dirigeants politiques ou hiérarchiques excellent dans l’incantation lyrique mais échouent par trop dans la mise en œuvre opérationnelle.

Le travail équipe fait partie de ces incantations rituelles. Il est aujourd’hui une évidence pour une grande majorité des collègues, équipe ne s’entendant plus seulement comme équipe pédagogique mais comme équipe pluri-professionnelle. Sauf que la réalité du terrain se cogne au marbre de la loi, des décrets, des textes qui ne permettent que trop peu le travailler ensemble. Ainsi, dans le second degré, aucun temps d’équipe n’est inscrit dans le service des enseignants contrairement au premier degré. Toute activité collaborative apparaît dès lors comme une activité supplémentaire et la machine à café ou la récréation n’en sont que des palliatifs. Toutefois, le Ministère, au fil des ans, construit une nouvelle architecture fonctionnelle des établissements et notamment de la scolarité obligatoire : conseil pédagogique, cycles, conseil école-collège. Ces différentes instances sont en cours d’installation. Le conseil pédagogique existe depuis 2005, les cycles depuis 1989 avec des remaniements réguliers dont le dernier date de 2013, le conseil école-collège se déploie progressivement depuis la dernière rentrée pour une mise en place obligatoire à la rentrée prochaine. L’ensemble de ces instances vise à favoriser le lien entre les degrés d’enseignement et la cohérence pédagogique de la politique de l’établissement comme du parcours des élèves. Mais il leur manque une âme.

Pour prendre sa part de l’œuvre, les personnels ne peuvent plus être de simples membres de telle ou telle instance, ils doivent en être des acteurs actifs et responsables. Ce n’est pas tant aux personnels d’ailleurs qu’il faut donner des responsabilités mais bien aux instances dont ils sont le ciment. En effet, le chef d’établissement est là, entre autres, pour trancher, pour décider, pour exécuter. Il ne s’agit donc pas de lui adjoindre des délégués ou de créer une hiérarchie intermédiaire, une caste d’enseignants-chefs : ce n’est pas le rôle des collègues, ce n’est pas pour cela qu’ils sont entrés dans le métier.

En revanche, il importe de donner aux instances des responsabilités, du pouvoir. Le pouvoir de construire par exemple les marches de l’escalier de la réussite scolaire selon les compétences et les outils des membres de l’équipe, selon les particularités du terrain c’est-à-dire des élèves, de l’établissement, du quartier. Il importe de faire confiance à l’intelligence collective, créative, conceptrice des personnels qui sont recrutés en tant que cadres de la fonction publique donc dans des fonctions de conception.

Revaloriser le métier enseignant, lui redonner attractivité et prestige ne passe pas uniquement par la revalorisation de la rémunération. Cela passe aussi par la liberté réelle donnée aux personnels d’agir pour leurs élèves.

Désintox de la semaine : an I du calendrier hamonien

dessin désintox« Le calendrier, c’est la bureaucratie du temps. »

Quino

C’est officiel, le Ministère de l’Education nationale a décidé d’abandonner le calendrier grégorien en vigueur depuis un demi-millénaire. En effet, celui-ci présente l’inconvénient de la redondance annuelle du mois d’août et de ses 31 jours. Cette particularité le rend incompatible avec le fonctionnement de notre noble institution.

En conséquence, le calendrier grégorien sera remplacé par le calendrier hamonien. Le calendrier hamonien a ceci de particulier que certains jours y figurent selon l’humeur des uns et des autres, ici ou là. On se rapproche assez finalement de la triste mascarade du lundi de Pentecôte escogitée par le premier Ministre de l’époque, Jean-Pierre Raffarin.

Non content d’avoir humilié en direct les personnels techniques du Ministère en laissant croire que le report de la pré-rentrée du 29 août au 1er septembre résultait d’un problème technique et non d’un choix politique, le Ministre joue maintenant la (fausse) carte du dialogue social et de la proximité en déchargeant sur «l’ensemble de la communauté éducative» la responsabilité de rendre leur 1er septembre aux élèves comme l’y contraint la loi. Le tout dans les cris de joie du SNES et du SNALC qui assurent avoir remporté là une grande victoire syndicale.

Mais c’est une victoire à la Pyrrhus parce qu’elle sonne le glas de toute tentative, non pas de changer, mais juste de réfléchir à la répartition de la charge scolaire sur l’année, c’est pourquoi le Sgen a refusé de prendre part au vote sur ce sujet lors du CSE du 12 juin dernier. En effet, pour presque tous les membres de la communauté éducative, la rentrée est un 1er septembre comme Noël est le 25 décembre. Et on peut être certains que ce mantra sera la seule revendication et la ligne rouge à ne pas dépasser lorsque sera réuni par le Ministre « le groupe de travail destiné à anticiper les éventuelles difficultés de rentrée pour les prochaines années ». Au passage, l’Éducation nationale prend sa part à la création de comités Théodule dans lesquels le dialogue social, à ses propres dépens, n’est qu’une façade.

Et pendant ce temps, les conseils de classe de Troisième envoient, la mort dans l’âme, à la boucherie du décrochage des cohortes de gamins abandonnés par le système scolaire.

Et pendant ce temps, les mouvements intra-académique et départementaux sont bouchés faute de postes et les bonifications médicales ou de rapprochement de conjoint ont autant de valeur que des médailles en chocolat.

Et pendant ce temps, la souffrance des personnels que l’Éducation nationale ne met pas en condition de faire réussir leurs élèves augmente.

Et pendant ce temps, alors que le soleil cogne sur tout le pays, le point d’indice est toujours gelé.

Et pendant ce temps, le recrutement, la formation, la valorisation des métiers de l’enseignement restent encore entièrement à construire.

Désintox de la semaine : pour un collège 1-clusif !

Série desintox« Ma conception de l’universel est celle d’un universel riche de tout le particulier, riche de tous les particuliers, approfondissement et coexistence de tous les particuliers. »

Aimé Césaire

Ce qui a fait la preuve de son échec, ce n’est pas le collège unique, c’est la croyance en une sorte d’élève unique qui serait sérieux, scolaire, travailleur, assidu, actif à l’oral etc… Nous partageons tous le constat que ce n’est pas le cas.

À partir de là, deux visions s’opposent : le dispositif contre la structure ou pour le dire plus crûment l’inclusion (hissée au rang d’obligation du service public d’éducation par la Loi de refondation de l’Ecole) contre la ségrégation. La première option tend à vouloir garder tous les élèves ensemble en offrant, au besoin, l’accompagnement nécessaire à une progression vers la réussite quand la seconde option préfère sortir l’élève de la classe pour le placer, avec d’autres élèves aux difficultés similaires (dans le meilleur des cas) dans un groupe parallèle (quand bien même ce groupe se trouve dans un collège, les voies parallèles ne se croisent jamais, c’est géométrique).

On peut arguer que la seule solution pour favoriser la réussite des élèves c’est, entre autres, des effectifs plus faibles, rien ne dit que dans une classe de 15 élèves, il sera plus facile de faire de la différenciation pédagogique pour 3, 4, 5 élèves ou plus si l’on considère que chaque élève est différent.

On peut aussi s’interroger sur des modifications à apporter au système et au fonctionnement du collège pour le rendre plus juste, ou à tout le moins essayer à grande échelle un autre système que l’actuel qui fait l’objet des critiques d’un bon nombre d’acteurs qui reconnaissent le collège comme le lieu de souffrance principal des élèves et des personnels.

Ainsi si l’une des difficultés principales des élèves de collège est la défaillance dans les savoirs de base, pourquoi ne pas utiliser plus largement les compétences des professeurs des écoles spécialisés ? Ceux-ci, en plus d’être polyvalents sont formés à différents types de difficultés scolaires. Pour ne pas brusquer les âmes sensibles, nous éviterons d’évoquer l’opportunité de former tous les enseignants à la difficulté scolaire dès le début de carrière afin que nous soyons non des spécialistes académiques d’une discipline (à notre corps défendant, nous n’en sommes pas responsables) mais bien des spécialistes de la lutte contre l’échec scolaire, ce que nous sommes encore insuffisamment.

Il est urgent également d’inverser le sens de la contrainte. Actuellement, nous, enseignants, sommes contraints de faire rentrer dans nos élèves des programmes souvent infaisables et par conséquent sources de stress. La pression scolaire sur les épaules des élèves n’est pas une vieille lune pédago mais une réalité, peut-être souvent invisible ou masquée par d’autres difficultés. Elle vient d’un système qui classe, trie et sélectionne sans autre forme de valorisation.

Le Sgen-CFDT plaide pour que la progression et la réussite des élèves soient évaluées sur un champ plus large que les seuls savoirs disciplinaires : compétences, savoir-être, savoir-faire qui permettent à tous les élèves de faire valoir leur capacité à réussir.

Changer de paradigme en matière de contenu et d’évaluation des enseignements, à travers le socle commun notamment, participe d’une transformation du collègue dit unique en un collège inclusif.

 

Désintox de la semaine : contrat tripartite : triangle d’or ou triangle des Bermudes ?

« La nature ne crée que des êtres libres; la société ne fait que des tyrans et des esclaves. Toute société suppose un contrat, tout contrat une obligation respective. »

Pierre Choderlos de Laclos (1741-1803)

La Loi de Refondation de l’école appelait de ses vœux, dans son annexe, la transformation des contrats d’objectifs en contrats tripartites qui lieraient un établissement, l’État et la collectivité locale de rattachement de l’établissement si elle le souhaite. L’objectif affiché est de renforcer la synergie entre les différents acteurs avec toujours le même objectif, celui affiché par la loi : la réussite des élèves.

Puisque nous vivons sous le règne de la loi, celle-ci doit s’appliquer. On peut toujours dénoncer une fois de plus l’assujettissement de l’École au Capital, au Patronat et aux collectivités locales, ce n’est pas ça qui apportera les changements nécessaires au système pour le rendre plus juste et plus efficace. En effet, si les outils et les dispositifs déployés ou en passe de l’être par le Ministère ne sont pas toujours ceux que le Sgen souhaiterait, il convient de s’emparer de chacun d’entre eux pour leur donner l’orientation que l’on souhaite : réussite des élèves, bien-être des personnels.

Le bien-être des personnels passe non seulement par la rémunération, mais aussi par les responsabilités, le pouvoir et l’autonomie qu’on leur donne. Le contrat tripartite ne doit donc pas être préparé, et encore moins signé, sans l’implication des personnels.

Ce contrat doit mettre autour d’une même table, en même temps, les acteurs de la communauté éducative pour discuter des moyens et des objectifs pour favoriser la réussite des élèves. Pour parler pédagogie, pour élaborer des pistes de réussite, le Sgen pense que les enseignants doivent être partie prenante de l’élaboration de ces contrats. Il serait contraire aux intérêts des personnels de ne pas s’en saisir voire de les ignorer par mépris ou par choix politique.

Il est encore heureux que le Rectorat ou l’Inspection académique représentant l’État s’intéresse à ce qu’il se passe dans les établissements, discute avec les établissements de leurs points forts ou faibles pour pallier, le cas échéant, les difficultés.

La collectivité locale qui finance les établissements n’est pas juste un distributeur automatique que l’on apprécie quand elle verse des subventions pour un voyage scolaire ou qu’elle achète un équipement mais que l’on rejette (à travers elle, c’est une véritable défiance, si ce n’est du mépris, à l’endroit des élus locaux qui transparaît) quand elle s’intéresse non seulement à l’usage qui est fait de ses deniers (en réalité, les nôtres, les vôtres) mais aussi, pourquoi pas ?, à une certaine forme de pédagogie (conseils généraux ou régionaux finançant des visites à Auschwitz, des formations sur la mémoire ou sur le numérique…). Par ailleurs, le décret sur les contrats tripartites permet aux collectivités de rattachement, sur la base du volontariat, d’être signataires du contrat établissement/Rectorat ou IA ce qui en fait, en l’état, un partenaire inférieur aux deux premiers signataires.

Le Sgen-CFDT n’a pas peur de l’idée de contrat tripartite parce qu’il n’a pas peur, et qu’il œuvre dans les instances idoines, de faire confiance aux personnels, de leur donner des responsabilités sur leur métier et des outils collectifs pour le faire changer.

Professeur documentaliste ou professeur de documentation ?

Le dernier projet de décret de Vincent Peillon, voté le 27 mars au Comité technique ministériel, va-t-il entraîner un grand bouleversement pour les professeurs documentalistes ?

A compter de septembre 2015, pourront-ils enfin, comme les autres certifiés, bénéficier de l’ISO à taux plein et être rémunérés pour les heures supplémentaires effectuées ? Lire la suite