Désintox de la semaine : HISTORIQUE !

dessin désintox« Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s’habitueront. »

René Char

 

Vendredi 21 novembre au petit matin, Orange portait bien son nom. L’entreprise héritière des PTT a porté pour la première fois la CFDT en tête des organisations syndicales aux élections des représentants du personnel dans les CE (l’équivalent des Comités Techniques dans la fonction publique). L’an passé, la CFDT était déjà arrivée en tête des élections des représentants des salariés au conseil d’administration.

 

Près de 100000 agents, fonctionnaires et salariés de droit privé, étaient appelés à choisir leurs représentants dans les comités d’établissement au niveau des territoires et dans le comité central d’entreprise. Avec un taux de participation de près de 75% pour un scrutin électronique, les salariés de Orange ont fait la preuve de la force de leur choix. La CFDT devance la CGT de près de 5 points, la CFDT progresse de 2 points quand la CGT recule d’autant. Malgré leurs différences de statut, les salariés d’Orange ont fait le choix d’un syndicalisme capable de proposer une vision commune de l’avenir des salariés dans leur entreprise, un syndicalisme qui ne cède ni à la facilité ni sur ses exigences, un syndicalisme de responsabilité et d’engagement collectif.

 

Qu’Orange donne maintenant l’exemple dans les écoles et les universités, dans les collèges et les services déconcentrés, à la Centrale comme dans les hôpitaux, dans les tribunaux comme dans les mairies ou les collectivités locales, dans la police et aux affaires étrangères, à la défense et dans l’agriculture

 

La CFDT c’est la première organisation syndicale en France par son nombre d’adhérents, c’est le premier syndicat en France par le nombre d’accords signés relativement à sa présence dans les entreprises (FO et CGT sont juste derrière, comme quoi…), la CFDT c’est actuellement le deuxième syndicat dans les trois versants de la fonction publique réunis derrière la CGT, devant FO et l’UNSA et loin devant la FSU.

 

Dans l’Éducation nationale, la CFDT c’est le Sgen, syndicat général de l’Éducation nationale. Dans l’Éducation nationale, le Sgen c’est le seul syndicat qui réunit dans la même organisation, sur un pied d’égalité, les fonctionnaires et les contractuels de droit public comme ceux de droit privé, tous les enseignants quelque soit leur corps et leur lieu d’exercice mais aussi les cadres du plus petit collège rural aux plus hautes fonctions de la rue de Grenelle, en passant par les circonscriptions, les inspections académiques et les rectorats et encore les personnels administratifs, les personnels de la santé et du social, des métiers de l’orientation ou de jeunesse et sport

 

Le Sgen-CFDT c’est un projet pour l’Ecole qui s’inscrit dans un projet pour la société : émancipation, démocratie, transparence, autonomie, solidarité. Au Sgen nos choix sont dictés par l’intérêt général qui n’est pas la somme des intérêts particulier de nos adhérents mais le dépassement de tous ces intérêts, de toutes ces nécessités, de toutes ces revendications pour contribuer à améliorer le sort de tous.

 

Du 27 novembre au 4 décembre, faites votre choix : votez et faites voter Sgen-CFDT !

Désintox de la semaine : Rien ne se perd, tout se crée

dessin désintox

« La seule constante est le changement, un changement continuel, un changement inévitable, voici le facteur dominant au sein de notre société aujourd’hui. Aucune décision ne peut être prise sans prendre en compte non seulement le monde comme il est mais aussi comme il sera »

 

Isaac Asimov

Le richissime salon de l’éducation qatari, le WISE pour les intimes, a braqué les projecteurs cette année sur la créativité avec une question en particulier qui peut faire remuer dans les chaumières estampillées éducation nationale : « les écoles tuent-elle la créativité ? ».

 

La créativité selon le WISE et bon nombre d’experts participants à la nouba, c’est surtout l’innovation dans un sens entrepreneurial (un gros mot en France et dans certains milieux syndicaux). Mais ça n’est pas que ça, c’est aussi la créativité entendue comme synonyme d’imagination, comme capacité à sortir des sentiers battus, à relier soi-même des connaissances et des savoirs disponibles pour, précisément, en créer de nouveaux.

 

Alors où se situe notre École ? Pour le Sgen-CFDT, il faut avant toute chose distinguer l’École au sens de système organisé pétri de symboles, de représentations, de totems des individus qui la font vivre, près de 800000 enseignants, des dizaines de milliers de cadres ou de personnels administratifs, techniques, de santé ou des services sociaux.

 

Pour le Sgen-CFDT, le système scolaire actuel tue la créativité des élèves en prônant l’accumulation de savoirs sans s’interroger sur leur assimilation par les élèves, en sanctionnant avant tout la capacité à répéter ces savoirs plutôt que la capacité à les utiliser, les transformer, les sublimer. Le système scolaire tue la créativité des élèves par une injonction contradictoire : il veut faire croire à un traitement égalitaire de tous tout en incitant à une forme paroxystique de compétition à travers des notes, des moyennes, des mentions. Cette injonction contradictoire est d’ailleurs fortement ressentie aussi par de nombreux collègues, enseignants ou pas, qui se rendent bien compte que les préconisations qui leur sont faites ne collent pas avec leur réalité de terrain.

 

Accompagner et développer la créativité des élèves, ce n’est pas la mort de l’enseignant, c’est tout simplement une autre relation entre l’élève et l’enseignant, c’est aussi une autre forme de relation aux savoirs. Ceux-ci sont désormais accessibles à n’importe qui, n’importe quand, sous n’importe quelle forme. C’est finalement ce n’importe (…quoi oserais-je dire), ce grand tout auquel sont confrontés les élèves qui devient la matière sur laquelle l’enseignant travaille. Il ne s’agit pas tant de transmettre ce que seuls quelques uns possèdent mais d’organiser ce que tous ont à disposition. Et d’apprendre aux élèves à organiser ce grand tout car les savoirs ne sont pas morts, ils sont démultipliés.

 

Qu’on les appelle savoirs ou informations n’est qu’une question de mots. Le principal est que le rôle de l’enseignant n’est ni dévalué ni dévoyé, il est toujours détenteur d’un savoir à transmettre aux élèves, précisément le savoir distinguer, trier et organiser les savoirs au service d’un objectif : connaître tel ou tel événement, maîtriser telle ou telle technique. C’est ce changement d’approche, ce pas de côté entre la tradition frontale et magistrale du magistère enseignant et les notions nouvelles d’accompagnement, d’individualisation qui peut créer (encore de la créativité !) une légitime inquiétude à laquelle le Sgen-CFDT entend répondre par une approche globale de l’École de la maternelle à l’université.

Désintox de la semaine : Il est frais mon poisson !

dessin désintox

« Les diplômes représentent un obstacle à la liberté de l’éducation. »

Ivan Illich

 

Une société privée de soutien scolaire, dont nous tairons le nom, a publié récemment un palmarès des collèges privés et publics. Nous ne reviendrons pas sur la manie des classements manichéens entre bons et mauvais dont nous avons déjà dénoncé l’absurdité.

 

Le marché des classements des lycées étant déjà occupé par ces grands magazines d’opinions que sont l’Express, le Nouvel Observateur ou le Point, cette société est allée s’installer sur un secteur non encore couvert : les collèges. Comme quoi, les mauvaises idées ont la vie dure. Le seul inconvénient de ce choix, c’est que le taux de réussite au brevet des collèges n’est pas un indicateur pertinent pour hiérarchiser les collèges puisqu’il est plutôt élevé partout. D’aucuns en profiteraient pour dénoncer un diplôme bradé. Quelle trouvaille géniale ont donc sorti de leur chapeau les spécialistes en marketing de ladite société ? Ils ont choisi comme indicateur le nombre de mentions (pour mémoire, une « innovation » signée De Robin en 2006) dont il est permis de douter du sens dans un diplôme parfaitement inutile puisqu’il n’empêche pas, heureusement, la poursuite d’études et qu’il est plutôt bancal.

 

En effet, si l’on passe outre les arguments mystiques sur le rite de passage, le symbole ou l’âge d’or du certificat d’études (sujets que nous avons abordé dans le billet intitulé « Le syndrome de l’île de Pâques »), on peut essayer de regarder un peu plus en détail ce qu’est le DNB. C’est un diplôme un peu bâtard pour lequel seules trois disciplines ont une place d’honneur avec leur épreuve terminale, les autres sont prises en compte à travers le contrôle continu alors que l’histoire des arts a été ajoutée en 2010 et que la note de vie scolaire a été supprimée en 2014 après 8 ans d’existence, l’évaluation du niveau A2 dans une langue vivante est requise et la validation du palier 3 du socle commun est nécessaire à la délivrance du diplôme. Le DNB, c’est un peu une version hallucinée de la Sagrada Familia, un work in progress ouvert aux quatre vents auquel tel ou tel ministre ou tel ou tel lobby ajoute sa touche personnelle. Gaudi lui au moins avait une vision.

 

Le Sgen-CFDT ne se voile pas la face sur les défauts de ce diplôme, défauts qui sont aussi la conséquence de l’abandon dans lequel verse le collège. Si un certain nombre de changements nécessaires ont été amorcés au niveau de l’école primaire, il est plus qu’urgent de réinventer le collège unique et d’interroger nos diplômes-monuments nationaux car ce sont bien eux, placés en bout de ligne de la scolarité obligatoire et de la scolarité secondaire qui déterminent le fonctionnement et l’organisation des années qui précédent. Ainsi, point de parcours déterminé par les élèves eux-mêmes mais une ligne droite avec un terminus connu, plutôt qu’un point de passage (en particulier pour le bac).

 

Il faut ouvrir le débat sur l’existence de ces diplômes indépendamment des oukases des syndicats pseudo-révolutionnaires et crypto-conservateurs. Car, enfin, les mêmes qui dénoncent une logique capitaliste à l’œuvre dans le socle commun sont aussi les ardents défenseurs du brevet et du bac nationaux, diplômes créateurs d’une ultra-compétitivité entre élèves et entre établissements en plus d’être des outils de sélection socio-économique au détriment des classes défavorisées.

Désintox de la semaine : Simplifier, c’est compliqué !

« Tout est plus simple qu’on ne peut l’imaginedessin désintoxr et en même temps plus enchevêtré qu’on ne saurait le concevoir.  »

Goethe

 

Le secrétaire d’État chargé de la réforme de l’État a présenté le 30 octobre un bilan d’étape du choc de simplification administrative déclaré par le Président de la République l’année dernière.

Du côté du Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, on se félicite des actions mises en œuvre dans l’en dans le cadre de la simplification administrative. Si le sujet n’avait pas au fond une certaine importance (nous y reviendrons après), cela pourrait prêter à sourire. En effet, qu’est-ce que simplifier dans l’administration ? C’est mettre en ligne !

Oui, nous sommes favorables à tout ce qui peut permettre des économies de papier et de temps de gestion (il est quand même vrai qu’une application informatique bien programmée permet des gains de temps non négligeables) mais non nous ne sommes pas pour l’informatique (un terme, soit dit en passant, du siècle passé) à tous crins. Par ailleurs, malgré les chiffres staliniens du nombre de terminaux numériques en circulation, du nombre d’accès Internet dans le pays, la fracture numérique n’est pas un fantasme. Certains usagers, familles ou agents, peuvent être totalement démunis face à un écran et à son langage et ses procédures particulières.

 

Décidément, l’usage raisonné du numérique doit encore faire son chemin dans notre Ministère. On retrouve là les travers de l’application du numérique à la pédagogie : une discipline informatique, un tableau noir devenu blanc… Notre Ministère, même avec son Plan pour le numérique, est en retard d’une révolution.

 

Ce dont les usagers ont besoin, c’est d’une administration fluide et de bon sens. Du côté des agents, prenons quelques exemples. Lors d’une naissance, pour la mise en place du supplément familial de traitement, l’administration vous demandera des arrêtés de nomination qu’elle a elle-même émis ! Un contractuel pour s’inscrire au concours réservé se voit demander par le rectorat ses états de service, services que le rectorat lui-même a confié au contractuel en question !

Du côté des usagers, élèves et parents, quelle différence fondamentale entre émettre des vœux sur un document papier et émettre des vœux sur un formulaire en ligne ?

La simplification administrative devrait aussi s’intéresser d’un peu plus près à la myriade de corps et grades dans la fonction publique en général et dans l’Éducation nationale en particulier. Qu’est-ce qui justifie encore aujourd’hui, à niveau de recrutement égal et conditions d’exercice certes aléatoires mais potentiellement égales, deux concours de recrutement ? Qu’est-ce qui justifie la différence de traitement entre PE et profs du Second degré ? Qu’est-ce qui justifie qu’une partie seulement des personnels accède aux échelons les plus élevés ? Qu’est-ce qui justifie que les CAPA et les CAPN fassent mention du grade (classe normale, exceptionnelle, hors classe…) à l’intérieur d’un même corps ?

 

La simplification administrative ne doit pas permettre uniquement des économies sur le dos des agents, personnels administratifs en premier, en concentrant sur eux, qui ont lourdement subi les suppressions de postes de l’ère Sarkozy et bénéficient peu des créations de postes de l’ère Hollande, une charge toujours plus importante de travail. Pour le Sgen-CFDT la simplification administrative doit garantir un service juste et efficace à tous les usagers, elle doit permettre à chaque acteur de pouvoir exercer son rôle dans les meilleures conditions. Ainsi, pour ce qui est de la relation entre les personnels administratifs et tous les autres acteurs, la simplification administrative doit servir à fluidifier leur relation, à éviter la création de points de tension parce que telle ou telle procédure est trop longue ou trop complexe. Un choc de simplification administrative, oui mais pour des conditions de travail améliorées pour tous.