Désintox de la semaine : contre l’optimisation fiscale

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« Les vertus se perdent dans l’intérêt, comme les fleuves se perdent dans la mer. »

François de La Rochefoucauld

 

Il n’est pas rare d’entendre les collègues de certaines disciplines se désespérer des non moins rares remarques plus ou moins discrètes de certains élèves au sujet de l’importance de telle ou telle matière. Importance directement corrélée au volume horaire d’une part et au poids relatif dans le diplôme final quel qu’il soit.

 

En effet, notre système scolaire est ainsi fait que l’égalité affichée au fronton des établissements s’arrête précisément à cet endroit. Car entre ses murs, c’est une inégalité de fait qui est en place entre les disciplines et donc entre les enseignants.

 

Dès l’entrée au collège, il y a les matières à une heure ou un tout petit peu plus et les autres à 4 ou 5 heures par semaine. Dès la troisième, on peut sortir les calculettes pour doser ses efforts entre le contrôle continu et les épreuves terminales (sans compter les ajouts successifs que sont l’histoire des arts, le niveau A2 en langue, etc…). Le néo-lycéen doit carrément changer de calculatrice et hausser singulièrement son niveau en maths pour la poursuite de sa scolarité. Les couloirs des lycées en fin d’année valent les PMU les jours de course. On y mise des efforts sur telle ou telle discipline dans l’espoir de gagner au tirage.

 

Le système est ainsi fait qu’on y pousse à l’optimisation fiscale en quelque sorte. Les enseignements ne sont pas reçus comme un don ou ne serait-ce que comme une semence pour l’avenir mais uniquement comme une mise de fond pour toucher un jackpot. Le lycée, encore plus que le collège, s’est transformé en un lieu de consommation des savoirs dans un but utilitariste. On s’investit dans tel ou tel cours dans le but unique d’en tirer un bénéfice. On consomme de l’enseignant, et des cours de soutien éventuellement sur le marché de l’angoisse scolaire, dans le seul but d’optimiser ses résultats.

 

La faute n’en incombe pas qu’aux élèves ni même aux parents, les premiers nés et les second plongés malgré eux dans une société du consommé jeté jusqu’à l’extrême. La faute aussi à un système incapable de faire évoluer son fonctionnement et sa structure. Un système toutefois constitué de personnes à l’influence et au pouvoir d’agir certains.

 

Cette situation contribue en une certaine manière au déclassement du métier enseignant, à travers la transformation du savoir en une vile marchandise commerciale, et à la dégradation des conditions de travail des collègues qui subissent de plein fouet la dure loi du marché.

 

C’est pourquoi le Sgen-CFDT a pris toute sa part dans le débat sur l’évaluation pour sortir de la sclérose de l’évaluation chiffrée et de son corollaire les moyennes. C’est aussi pourquoi le Sgen-CFDT défend un socle commun fondé non seulement sur des savoirs mais aussi sur des compétences dont l’évaluation doit absolument éliminer le phénomène des moyennes ou de compensation. C’est pourquoi le Sgen-CFDT défend un enseignement davantage ouvert aux actions inter ou trans-disciplinaires, pas par disciplino-phobie mais bien par disciplino-philie, pour que chaque discipline apporte de manière équitable et respectueuse des autres et donc des autres enseignants, sa contribution à la construction du parcours des élève.

Désintox de la semaine : 21 avril 2002 ?

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« C’est pure folie de faire sans arrêt la même chose et d’espérer un résultat différent »

Albert Einstein.

 

Dans la soirée du jeudi 4 décembre, le couperet est tombé sur la représentativité dans l’Éducation nationale.

 

Le Sgen-CFDT conserve son siège au Comité Technique Ministériel malgré une baisse de quelques centaines de voix. Le Sgen-CFDT progresse fortement à Jeunesse et Sport, dans les CROUS et maintient fermement ses positions dans l’Agriculture.

 

Mais l’événement de ce scrutin, c’est la poussée à droite du corps électoral de l’Éducation nationale, constitué largement des enseignants du premier et du second degré.

Poussée à droite car les deux syndicats qui progressent le plus, au détriment de la FSU d’ailleurs, sont FO et le SNALC pour lesquels le triste collectif Racine (pour parler clair, les enseignants du FN) appelaient à voter dès l’ouverture du scrutin le 27 novembre. Il n’est plus possible de jouer aux trois petits singes. Il faut prendre à bras-le-corps les problèmes qui poussent de trop nombreux collègues à choisir de voter pour un syndicat qui a pour seul projet l’opposition permanente et pour un autre dont le projet est le retour à un âge d’or fantasmé.

 

Nul ne peut pavoiser, ni les « vainqueurs », encore moins les défaits, car nul n’est représentatif. Là est l’enseignement de ces milliers de scrutins : même si la participation augmente légèrement, aucune organisation ne représente plus que quelques dizaines de milliers d’agents sur presque un million. Cet état de fait doit interroger tout à la fois les discours et les postures des organisations syndicales tout autant que ceux de l’administration.

 

Dans les académies, certaines catégories ne dépassent pas les 20% de participation ce qui amène des syndicats à obtenir des sièges avec deux douzaines de voix exprimées, en étant généreux. Cela interroge le fractionnement en corps dont certains comptent dans une académie tout juste une centaine de personnes, quand ce n’est pas moins de dix au niveau national. On voit donc des commissions pour lesquelles il n’y a même pas suffisamment de candidats ! Cet éparpillement des corps, cet éclatement des instances empêchent d’envisager la construction d’une vision commune de l’École. Et toutes les organisations qui, certes majoritaires dans tel ou tel corps (pour ne pas les citer, chez les professeurs d’EPS, chez les infirmières, chez les administratifs ou encore les chefs d’établissement), se complaisent d’être première au village contribuent à la dégradation de la réflexion collective, à l’absence d’élaboration d’un destin commun.

 

L’administration porte sa part de responsabilité, incapable qu’elle est de prendre ses responsabilités, d’affirmer des positions claires (sur les décrets métiers juste remaquillés, sur l’éducation prioritaire encore en mode saupoudrage…), incapable surtout de donner corps, notamment au niveau des académies, à un dialogue social de qualité, avec l’humain au cœur, qui contraindrait les organisations syndicales à sortir des postures et des discours de principes pour s’engager sur des choix et des décisions impactant les agents. La poussée d’organisations réactionnaires et conservatrices c’est la garantie d’un maintien des inégalités non seulement pour les élèves mais aussi pour les personnels car quand on s’engage pour que rien ne bouge, on s’engage pour le maintien de l’inégalité de traitement entre PE et enseignants du second degré, on s’engage pour le maintien des rémunérations indignes et des carrières bloquées des administratifs et techniques des catégories C et B, on s’engage pour le maintien des écarts de rémunération indécents entre des collègues de même corps mais exerçant dans des établissements diversement favorisés, on s’engage pour le maintien des inégalités de rémunération des chefs d’établissement selon la catégorie de l’établissement et non selon les conditions d’exercice, on s’engage pour le maintien des inégalités dans l’affectation entre ceux qui ont de l’ancienneté et ceux qui n’en ont pas, on s’engage pour un barème qui déshumanise le mouvement…

 

Nous portons bien évidemment notre part de responsabilité dans nos propres résultats mais ce blog n’est pas le lieu pour les développer.

Désintox de la semaine : pourquoi voter

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« On a toujours le choix. On est même la somme de ses choix »

Joseph O’Connor

 

Il vous reste deux jours, deux jours pour faire entendre votre voix, pour donner du sens à vos métiers, pour donner un horizon à l’École, deux jours pour choisir entre un syndicalisme de négociation et de propositions qui change le quotidien des personnels ou celui d’un syndicalisme défenseur d’un système ancien qui n’a jamais existé.

Si vous pensez que les syndicats ne servent à rien, détrompez-vous car la force que vous leur donnez à travers vos voix aux élections professionnelles et le choix que vous faites lors de celles-ci ont un impact au quotidien sur votre métier, quel qu’il soit.

 

En réalité, seuls les syndicats représentatifs participent à la construction quotidienne de la maison Éducation nationale. Certaines de celles qui ne sont pas représentatives ont bénéficié d’aides publiques, sous forme de décharges d’activité, contrairement au discours mensongers tenus par une de ces organisations. D’autre part, certains sont représentatifs mais se satisfont de positionnements idéologiques et obtus qui les amènent à tout refuser, jusqu’à parfois le dialogue social lui-même.

 

Oui, les syndicats ont une influence dans l’Éducation nationale mais pas celle que l’on croit souvent dans les légendes urbaines. Par leur capacité à proposer ou à s’opposer, par leur capacité à dialoguer ou à pérorer, ils influent sur les décisions de l’administration lesquelles sont guidées non seulement par les choix politiques issues des élections présidentielles et législatives ou des contraintes budgétaires mais aussi par la crainte de telle ou telle réaction, par le poids réel ou imaginé de telle organisation ou de tel corps.

 

Oui, le Sgen-CFDT est utile dans l’Éducation nationale. Parce qu’il est force de propositions qui naissent de deux objectifs : l’amélioration des conditions de travail de toutes les catégories de personnels et la réussite des élèves de toutes les catégories sociales.

 

Oui, le Sgen-CFDT est nécessaire dans l’Éducation nationale parce qu’il porte un projet de transformation de l’École et pas des revendications contradictoires entre elles pour chacun des trop nombreux corps du Ministère.

 

Oui, le Sgen-CFDT est votre choix aux élections professionnelles parce que des assistantes sociales aux inspecteurs, des attachés aux personnels ouvriers des CROUS, des AESH aux conseillers d’éducation populaire et de jeunesse, des bibliothécaires aux chefs d’établissements, des administrateurs aux enseignants de la maternelle aux CPGE, des secrétaires aux conseillers d’orientation, des certifiés et agrégés aux CPE et profs d’EPS, l’Éducation a besoin d’une vision commune, cohérente et progressiste. Cette vision c’est le projet du Sgen-CFDT.