Désintox de la semaine : à l’école de l’entreprise ?

dessin désintox« On n’échappe pas à l’argent, alors mieux vaut s’en rendre maître »

Jean-Claude Clari

 

Dans tous les établissements de France et malgré le mercure proche ou sous zéro, les salles des profs entrent peu à peu en ébullition, selon qu’elles sont plus ou moins attisées par les révolutionnaires de FO. C’est le début de la période de discussion de la répartition de la DHG dans les collèges et les lycées.

 

Il y a cette année une grande nouveauté consécutive à l’enterrement des décrets de 1950 et à la mise en œuvre des décrets 2014 sur le métier enseignant : les indemnités pour missions particulières, d’ores et déjà rebaptisées IMP en novlangue. Il s’agit des missions dites du bloc 3, c’est-à-dire qui ne relèvent pas de l’obligation de service d’enseignement (bloc 1 = temps de service de chaque corps inchangé par rapport aux décrets précédents) ni des missions liées au service d’enseignement (bloc 2 = préparation, correction, participation aux réunions, etc. Ces missions sont rémunérées par l’ISOE et restent à ce jour non quantifiées). Cela couvre diverses missions dont certaines sont définies dans une liste non exhaustive. C’est à l’établissement de décider quelles missions peuvent faire l’objet d’une indemnité.

Plus précisément, c’est au conseil pédagogique d’identifier et de définir le périmètre et les objectifs de ces missions. C’est ensuite au CA qu’elles seront présentées accompagnées du taux de rémunération : 300 €, 625 €, 1250 €, 2 750 € et 3 750 €. Ce taux ne change pas selon le corps de la personne qui exerce la mission. Ainsi là où un agrégé et un certifié étaient rémunérés avec des taux différents d’HSE pour une même mission, ils seront désormais rémunérés de façon identique.

 

C’est donc un tabou et une hypocrisie qui vont devoir sauter dans l’Éducation nationale.

Le tabou de l’argent d’abord. Il va en effet être nécessaire que tous les collègues débattent d’abord des missions et ensuite, pour les élus en CA, du taux de l’indemnité. Il est vrai qu’auparavant tout était laissé à la discrétion du chef d’établissement avec une rémunération opaque et aléatoire en HSE. Opaque car sans contrôle ou presque des élus, aléatoire car dépendant d’une part de la répartition de la DHG et d’autre part de la consommation ou non des HSE au cours de l’année. Associer une mission à une rémunération a le mérite de la transparence pour tous, en premier lieu pour le ou les collègues qui accepteront telle ou telle mission en connaissant d’avance les conditions de rémunération. L’hypocrisie est celle de faire croire soit que les profs ne se salissent pas les mains avec des espèces sonnantes et trébuchantes (mais la rémunération en heures apparaît bien à la banque sous forme d’euros) soit qu’ils travaillent bénévolement ou que toutes leurs activités en plus de l’enseignement sont dues. La discussion préalable au conseil pédagogique permettra aussi de réaffirmer son rôle de pilotage pédagogique démocratique et organisé.

 

Missions, indemnités, périmètres, objectifs… On pourrait crier à l’entrée de l’entreprise dans l’École. Pour le Sgen, c’est surtout la mise en œuvre effective tout à la fois d’une transparence nécessaire quand il s’agit d’argent public et d’un travail collectif sur les choix pédagogiques des établissements. Pour autant, ce n’est qu’un premier pas vers la modularité des services. En effet, il faut aussi ouvrir la possibilité d’attribuer des décharges pour ces missions et de rendre fongibles les budgets heures et les budgets euros selon les modalités d’organisation de chacun dans les établissements : ici tel préférera toucher une indemnité quand tel autre fera le choix d’une décharge.

Désintox de la semaine : notation administrative

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« Un chef est un homme qui a besoin des autres. »

Paul Valéry

 

Après les fêtes et la galette des rois, vient la traditionnelle signature de la note administrative. L’avantage par rapport à la galette est qu’il n’y a aucun mystère sur qui sera le roi car on sait d’avance quel sera le petit coup de pouce pour ces étrennes de l’administration.

 

La notation administrative est un petit plaisir réservé aux personnels du second degré, comme une sorte de rite d’initiation sans cesse répété. On y évalue la manière de servir à travers trois pavés et un tweet de 200 caractères (l’inventeur aurait dû breveter son idée, cela aura considérablement amélioré l’état du budget du Ministère quand on voit la valorisation boursière de Twitter aujourd’hui) couronné par une note sur 40.

 

Les trois pavés sont assortis d’un commentaire simple de type bien, très bien, etc. Le premier est intitulé assiduité-ponctualité. C’est en quelque sorte le petit devoir facile que l’on donne aux élèves pour les mettre en confiance. Le second s’intéresse à l’autorité sans que celle-ci soit définie. S’agit-il d’une pesée des rapports et punitions émis par le prof ou au contraire de sa propension à ne pas faire de vagues ? Mystère. Le troisième concerne le rayonnement. On imagine sans peine que les profs d’italien ou d’espagnol ont l’avantage sur leurs collègues d’allemand et d’anglais mais que les premiers sont largement surpassés par les profs de physique.

 

Le commentaire en 200 caractères fait peut-être l’objet d’une session spéciale au cours de la formation des personnels de direction, voire d’une épreuve de concours. Il ne faut pas être dénué d’un certain talent pour résumer en 200 caractères la manière de servir d’un agent. Il y a ceux qui s’y essaient et il y a ceux qui préfèrent le re-tweet. Il n’est pas rare en effet que la même appréciation soit reconduite d’une année sur l’autre.

 

Enfin, la cerise sur la gâteau de la notation administrative c’est la note elle-même. Établie sur 40, elle commence en général au-dessus de 30 ce qui, de fait, limite assez fortement les marges de manœuvre. Mieux encore, la note fixée par le chef d’établissement doit respecter les contraintes d’une grille issue d’un algorithme que nous envient les pourtant richissimes et génialissimes (c’est ce qu’on dit) fondateurs de G….. et A….. Leurs meilleurs bouffeurs de code en cherchent encore la clé. En tous cas, cette grille a pour effet une uniformisation presque complète de la notation et rend cet outil pratiquement inutile pour valoriser qui que ce soit.

 

Le Sgen-CFDT revendique la disparition de la notation pour tous les personnels de l’Éducation nationale comme partout dans la Fonction publique. L’évaluation qui doit la remplacer ne doit pas être mise en œuvre sans une réflexion de fond sur ses objectifs, son rythme, son mode opératoire ; la personne et la formation des évaluateurs ; le rapport entre dimension individuelle et dimension collective, toutes les deux indispensables ; les moyens à mettre en œuvre (formation, remédiation…) pour que l’évaluation se traduise par l’amélioration tant du service public que du bien-être des personnels ; la possibilité pour les évalués de contester les résultats.

 

Pour le Sgen-CFDT, l’évaluation doit être totalement déconnectée de la carrière, qui doit se faire au même rythme pour tous sur des échelles indiciaires regroupant et supprimant tous les grades dont la différenciation ne repose pas sur une différenciation des fonctions. Enfin, le Sgen-CFDT revendique la suppression de l’inspection individuelle pour les enseignants.

Désintox de la semaine : engagez-vous !

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« Un technocrate, c’est quelqu’un qui croit que l’expérience s’enseigne. »

Georges Elgozy

 

Depuis quelques jours, le Ministère de l’Éducation nationale a lancé une nouvelle campagne de recrutement. La précédente, en 2013, mettait l’accent sur les candidats et leur ambition pédagogique : « qui veut apprendre à apprendre ? », « qui veut la réussite de tous ? »… La nouvelle campagne oriente le regard vers les élèves, en particulier ceux de l’école primaire dans un spot qui sera diffusé largement à la télévision jusqu’à fin janvier.

 

La campagne télévisée est complémentaire d’un site dédié qui, dans la lignée du slogan de campagne du candidat Hollande en 2012, prend comme axe directeur le changement. Le site met en avant une image positive des enseignants dans la population et par rapport à eux-mêmes avec des sondages aux résultats soviétiques : 81% des français ont une image positive du métier enseignant, 91% des enseignants considèrent qu’ils font un travail utile à la société, 79% des enseignants jugent leur métier passionnant.

 

Ensuite, le site présente différentes expériences innovantes en cours sur le territoire pour illustrer le changement en cours et en acte. D’anciens élèves (vrais ou faux?) sont aussi mis à contribution pour raconter leurs souvenirs, positifs, d’école. Enfin, le Ministère rappelle les dossiers en cours pour changer l’École : donner la priorité à l’école primaire ; vaincre le décrochage scolaire ; développer le numérique éducatif ; optimiser l’organisation du temps scolaire ; renforcer l’éducation prioritaire ; reconstruire la formation des enseignants ; moderniser les métiers de l’éducation ; rénover les programmes de la scolarité obligatoire ; améliorer le climat scolaire.

 

La question du recrutement est plus que prégnante pour le gouvernement puisque le Ministère peine à remplir les postes ouverts dans certaines disciplines par manque de candidats ou en raison, dit-on, du niveau trop bas de ces derniers. Se posent donc deux questions encore insuffisamment traitées : la formation initiale et les conditions de travail.

 

Sur la formation initiale, le Sgen-CFDT continue de demander la reconstruction d’une formation à la fois universitaire et professionnelle, en alternance et progressive sur les deux années de master. La place du concours doit être revue pour permettre une professionnalisation progressive qui prenne en compte des parcours antérieurs qui deviennent de plus en plus différents voire atypiques (pour le plus grand bien de l’Éducation nationale d’ailleurs).

 

Enfin la satisfaction des enseignants sur leur propre métier, des vacances plus importantes que dans n’importe quelle autre profession ne doivent pas reléguer au second plan (voire plus loin encore) la problématique des conditions de travail. Par conditions de travail, on entend aussi bien les salaires qui doivent être revalorisés (cela a pu être fait pour les recteurs) que la mise en place d’une gestion des ressources humaines attentive aux parcours, aux compétences et aux aspirations de chacun. Les conditions de travail qui se dégradent c’est aussi des missions qui s’empilent sans que d’autres soient supprimées, ce sont des horaires et des programmes intenables tant pour les élèves que pour les personnels, c’est la pression des publics, ce sont des outils mal conçus qui entravent plus qu’ils n’aident, c’est le manque de dialogue de proximité au niveau du collectif de travail.

Désintox de la semaine : le père Noël est une ordure

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« L’envie c’est la douleur de voir autrui posséder ce que nous désirons ; la jalousie, de le voir posséder ce que nous possédons. »

Diogène Laerce

 

La presse papier et en ligne se fait l’écho ces jours derniers d’un prétendu emballement des réseaux sociaux au sujet de l’indemnité de responsabilité des recteurs. Hormis l’activisme pré et post-prandial d’une ou deux sections académiques du Snes, et du Snalc qui tire plus vite que son ombre sur presque n’importe quel sujet, c’est tout de même plutôt passé inaperçu.

 

Alors remettons-le un peu sur le devant de la scène et faisons le point. Le 23 décembre dernier, les recteurs et rectrices ont ouvert l’avant-dernière case de leur calendrier des l’avent et y ont trouvé cet arrêté qui remplace celui-ci. Le nouvel arrêté revalorise l’indemnité des recteurs de 15200 euros depuis 2010 à 25620 pour 2015. Cette prime annuelle est versée mensuellement.

 

Incontestablement, les 30 recteurs et rectrices font donc partie des privilégiés qui voient leur prime, mais pas leur salaire, augmenter de 68% d’un coup d’arrêté magique ! Sans dénier aux recteurs la charge de travail et le poids des responsabilités (dizaines de milliers d’élèves, plusieurs milliers d’agents et budget en dizaines voire centaines de millions à gérer), la disproportion avec la  prime attribuée aux catégories B et C en fin d’année 2014, (respectivement 50 et 100 euros) a de quoi faire grincer des dents.

Mais l’argumentaire et la méthode du Ministère ne changent pas malgré les différences abyssales entre ces différentes primes : équité et cohérence des rémunérations entre les différentes fonctions et nécessité de revaloriser les salaires sans toucher à l’équilibre budgétaire. Concrètement, le montant total de cette indemnité atteint 768600 €, soit 312600 € supplémentaires distribués avec le nouveau montant de la prime. Même avec le salaire ridiculement bas des enseignants français – précisons : des enseignants français dans la première moitié de la grille indiciaire, la deuxième moitié étant beaucoup plus intéressante ; précisons encore : des enseignants français qui ne cumulent pas trois, quatre ou plus encore heures supplémentaires, cette poignée de milliers d’euros (au regard du budget de l’Éducation nationale) ne permettrait même pas de faire évoluer positivement le taux d’encadrement des élèves du premier degré dans le plus petit département de France.

À tous les niveaux de rémunération et de fonctions, le Sgen-CFDT porte le même discours de lisibilité et de cohérence des rémunérations. Pour le Sgen-CFDT, la rémunération c’est avant tout le salaire de base et donc le point d’indice. Il est urgent, impératif et impérieux de revoir les grilles de rémunération, en particulier pour les plus bas salaires talonnés par le SMIC, de dégeler le point d’indice avant 2017 (et tant pis si c’est dans une perspective électoraliste de nos gouvernants), de simplifier et de rendre équitables et transparentes les rémunérations annexes que sont les heures supplémentaires et les diverses primes et indemnités.