Désintox de la semaine : l’Ecole au centre

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« Nous avons toujours besoin de rendre quelqu’un responsable de nos ennuis et de nos malheurs. »

Luigi Pirandello

 

Éducation aux valeurs républicaines, enseignement du droit proposé par le bâtonnier de Paris, éducation à la sécurité routière, aux premiers secours, semaine européenne, semaine de la presse, parcours artistique et culturel, parcours de découverte professionnelle et d’orientation… l’École est devenue le centre du monde, la cause et la panacée de tous les maux.

 

Les drames de Charlie Hebdo et de l’Hyper casher ont déclenché une aberrante course à l’échalote de tout le monde et n’importe qui. Tout un chacun est devenu spécialiste de l’École, de ce qu’il faut enseigner et de comment il faut le faire, de ce qu’il aurait fallu faire et de ce qu’il faudra faire. La presse publie articles, dossiers, interviews, réclame des témoignages des incidents de la minute de silence. Les politiques de tous bords et de tous étages foisonnent d’idées dont on pourrait rire s’ils n’en étaient pas à ce point convaincus. Gérard au comptoir du coin ou Monique dans le métro ont aussi leur petite idée pour résoudre tous les problèmes que la France entière semble découvrir aujourd’hui.

 

La France entière, non. Un petit village résiste toujours ! Combattant depuis longtemps, chaque jour, sans fanfares ni trompettes en première ligne contre toutes les formes de communautarisme. Enseignants, CPE, personnels de direction, assistants d’éducation, cadres, personnels administratifs affrontent dans certains établissements les problématiques de respect des valeurs de la République depuis bien avant les meurtres de début janvier.

 

L’École a-t-elle failli ? L’École est-elle responsable ? L’École est-elle la cause ? L’École a-t-elle les solutions ? Toutes ces fausses questions ont de fausses réponses. Pour ce qui est des fausses réponses, on les entend ou on les lit presque quotidiennement depuis le 7 janvier. Pour ce qui est des questions, elles sont fausses parce qu’elles sous-entendent un postulat erroné qui serait que l’École est en dehors ou à côté de la société. Or l’École est une partie de la société au même titre que la presse, la politique ou l’économie. Ce que disent tous les mauvais procès et les mauvais jugements, c’est que l’École est, au moins jusqu’à 16 ans, le seul territoire de la République que foulent tous les jeunes de France, dans les campagnes comme dans les villes, dans les quartiers chics comme dans ceux défavorisés.

 

Alors plutôt que d’ajouter, empiler, saupoudrer les dispositifs et les parcours, plutôt que de lever le menton, de sourire aux caméras, de plaire aux électeurs, les faiseurs d’opinion où qu’ils soient (mais surtout dans les beaux quartiers) feraient mieux de laisser l’École et ses personnels respirer, faire leur travail avec leur professionnalisme légitimé, redonner du sens à l’École pour que tous les jeunes en trouvent un à leur vie.

 

Pour le Sgen-CFDT, l’École, et encore moins ses personnels, ne peuvent être tenus pour responsables de l’état de la société aujourd’hui. Pour le Sgen-CFDT, si l’École doit prendre sa part aux réponses à apporter à l’état de la société, celles-ci ne peuvent être ni épidermiques, ni de simple communication (c’est-à-dire visant à augmenter le nombre d'(é)lecteurs). Il faut traiter de ce que l’on enseigne, de la qualité et de la quantité, de comment et pourquoi on l’enseigne. Sans tabou, ni préjugé.

Désintox de la semaine : parole, parole… *

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« Le dialogue véritable consiste à s’appuyer sur l’idée de son interlocuteur, non à la démolir. »

Edward George Bulwer Lytton

 

La CFDT est une organisation née pour et tournée vers le dialogue social. Pour autant, elle n’exclut pas la grève comme moyen d’atteindre ses objectifs pour les salariés comme chez Universcience récemment. Mais qu’est-ce que le dialogue social ? Quel dialogue social veut le Sgen-CFDT dans l’Éducation nationale, l’Enseignement supérieur et la Recherche ?

 

Le dialogue social ce sont des lieux d’échange que sont les instances. Les instances sont nombreuses à tous les échelons soit directement issues du suffrage universel des personnels (CT et CAP) soit émanant de ce suffrage par extraction de résultats et calculs plus ou moins savants (CTS, CHSCT, CAAS,…). Le dialogue social ce sont aussi des interlocuteurs : d’un côté les représentants des personnels, de l’autre l’administration.

 

La première difficulté vient de ce que notre employeur est aussi celui qui écrit les règles qui régissent notre carrière, notre rémunération, nos affectations… La seconde difficulté, il faut le rappeler, vient de ce que nous sommes un service public et que la règle, à la fois implicite et de bon sens, la plus importante est que c’est la réalisation effective du service sur le territoire qui prime. Autrement dit, le système doit fonctionner n’en déplaise à ceux qui le constituent.

 

Ainsi de nombreuses et fournies instances paritaires (c’est-à-dire que l’on déplace autant de représentants du personnel que de représentants de l’administration tout en sachant que ces derniers parlent et votent d’une seule voix) consacrent beaucoup de temps à des opérations de gestion, quand ce n’est pas de cogestion, qui relèvent en réalité de l’application mécanique de textes réglementaires. Il serait intéressant de connaître le taux réel d’erreurs commises par l’administration. Nous parlons bien d’erreurs et pas des interprétations partiales que parvient à imposer le syndicat majoritaire dans telle ou telle instance. Il existe aussi des cas d’instances dans lesquelles, prenons un CTSD travaillant sur les dotations des collèges et lycées, les éléments donnés préalablement par l’administration n’auront pas bougé d’un iota ou d’un epsilon ou d’un delta après 3 heures de réunion et pléthore d’interventions logorrhéiques du syndicat de moins en moins majoritaire et de celui qui lui souffle dans le cou.

 

Au bout du conte (non ce n’est pas une erreur d’orthographe d’un partisan de l’école du socle, donc au rabais et sans ambition comme le pensent certains), presque tout le monde est content de sa pantomime : l’administration qui a fait aussi correctement que possible son travail et a donné le change en consacrant trois heures, ou plus, à une réunion et certains syndicats qui vendront leurs vaines interventions auprès des collègues pour un acte syndical fort avant d’appeler à une nouvelle et inutile grève.

 

Pour le Sgen-CFDT, le dialogue social ce ne sont pas deux monologues surjoués qui s’affrontent. Ce doit être à la fois un échange transparent et une capacité à prendre ses responsabilités. Quand dans un CDEN, le syndicat de moins en moins majoritaire vote contre un solde positif de créations de classes dans le premier degré, il sait pertinemment qu’il ne risque rien car ces créations se feront avec ou sans lui. On serait curieux de savoir ce que le même syndicat ferait si son vote impactait réellement les ouvertures.

 

Enfin, davantage que les promotions d’échelon ou autres mécanismes quasiment automatiques, le Sgen-CFDT appelle de ses vœux un dialogue social qui s’intéresse aux conditions de travail des personnels, qui engage la responsabilité des uns et des autres vis-à-vis des collègues.

* « des mots, des mots… » NdT

Désintox de la semaine : égalité chérie…

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« Par bonne distribution, il faut entendre non distribution égale, mais distribution équitable. »

Victor Hugo

 

La préparation de la prochaine rentrée dans les établissements du second degré provoque l’éclosion de divers mouvements (qui se concrétisent ou se concrétiseront probablement sous forme de pétitions) disciplinaires cherchant à s’accaparer une part du maigre gâteau mis à disposition des personnels à partir de septembre. Le gâteau ce sont les IMP. Maigre il l’est car il s’agit en fait d’une simple transformation d’intitulé : une part de ce qui était encore cette année des HSA et des HSE devient l’année prochaine des IMP.

 

Par ailleurs, dans le cycle terminal du lycée, l’heure de chaire disparaît ainsi que toute forme de majoration ou de minoration de service en raison des effectifs. Elle est remplacée (à budget au plus égal) par une pondération de 1,1 par heure de cours quelque soit la division, la subdivision, le programme, le coefficient au bac etc etc en première ou en terminale plafonnée à 1 heure maximum. Les PLP et profs d’EPS en sont toutefois exclus, contrairement à l’amendement déposé par le Sgen-CFDT. Les seconds toucheront une indemnité spéciale. Les classes à effectifs élevés feront aussi bénéficier leurs enseignants d’une indemnité.

 

Que se passe-t-il donc ? A l’occasion de la redéfinition des modalités de distribution de ces rémunérations supplémentaires et spécifiques de façon plus transparente et plus équitable, s’élèvent ici ou là des voix pour signifier la particularité de telle ou telle discipline ou de telle ou telle formation. Particularité qui justifierait bien entendu de sortir du droit commun du nouveau décret (pondération, indemnités) pour bénéficier de dérogation se traduisant en heures ou en euros. On ne doute pas que certains syndicats, défendant pourtant le cadre national et uniformisant, ne manqueront pas de donner de l’écho à ces revendications particulières.

 

Le Sgen-CFDT refuse d’entrer dans cette surenchère faite de pétitions et d’appels à la grève sporadiques fondée uniquement des états de fait en papier. Le statut ou tout autre document officiel ne peut pas constituer à lui seul la référence absolue et unique en matière de rémunération complémentaire. En effet, pour le Sgen-CFDT ce n’est pas tant ce statut qui influence les conditions de travail que la réalité du lieu de travail. C’est cette réalité, entre autres, qui doit servir de base au régime indemnitaire car c’est sur le terrain que se trouvent les conditions particulières d’exercice et c’est là que, dans un cadre national souple et ouvert, doivent être discutées, débattues et décidées les spécificités en matière de rémunération. Tel niveau, telle classe, telle série n’impliquent pas la même surcharge de travail, la même dépense d’énergie et de temps en concertation par exemple, dans tous les établissements de la même façon.

 

Il est temps que nous nous fassions confiance, en tant que collectif de travail dans chaque établissement, pour définir et reconnaître les missions effectuées par nos collègues, dans le respect d’une liberté pédagogique partagée. Ne laissons pas ce travail à notre administration. Surtout si nous voulons que cette reconnaissance prenne la forme d’un allègement de service qui viendra reconnaître des missions importantes pour contribuer à la réussite des élèves et là leur juste reconnaissance pour les collègues.

Désintox de la semaine : veni, vidi… abii

dessin désintox« Il faut savoir terminer une grève »

 Maurice Thorez

 

L’auteur de ce billet avait préparé deux versions pour la première grève de la collection automne hiver 2015 du syndicat de moins en moins majoritaire.

 

La première version devait être une réaction à un mouvement d’ampleur au soir duquel le Président de la République lui-même aurait annoncé pêle-mêle le dégel du point d’indice, un rattrapage immédiat du retard accumulé ces 10 dernières années, la réduction immédiate du nombre d’élèves par classe (en interdisant aux 10 derniers inscrits de venir en classe), le rétablissement d’une véritable formation (le Président comme le syndicat de moins en moins majoritaire n’ayant pas encore eu le temps de définir ce qu’est une « véritable formation », nous n’en savons pas plus pour l’instant)…

 

Bien qu’il y ait comme à chaque mouvement entre 12 % de grévistes selon le Ministère et 68 % selon les organisateurs, c’est la deuxième version que vous lirez. Celle qui est une réaction à l’échec annoncée d’une journée de grève décidée par le seul syndicat de moins en moins majoritaire sur des mots d’ordre flous et trop nombreux dans un contexte non conflictuel puisque l’Éducation nationale est, en 2015, le premier budget de l’État (devant la dette) avec 88,07 milliards d’euros de dépenses prévues. Par ailleurs, des négociations sont en cours dans la fonction publique sur de nombreux sujets parmi lesquels les grilles indiciaires et les rémunérations.

 

Pourquoi une grève alors ? D’abord parce que c’est une habitude du syndicat de moins en moins majoritaire. L’appel à la grève est une fin en soi. On en viendrait presque à se demander si ce n’est pas l’indicateur le plus important dans leurs rapports d’activité. La question de savoir si des objectifs ont été atteints, si des résultats ont été obtenus pour les personnels ne se pose probablement pas. A quelques jours près, on pourrait anticiper le calendrier des grèves de la prochaine année scolaire : mardi 10 novembre, mardi 2 février, mardi 17 mai auxquels s’ajoutera peut-être un préavis déposé puis retiré pour le premier jour du bac. Pour les mots d’ordre, choisissez-en 3 ou 4 parmi les suivants : salaires, formation, reconnaissance, carrière, évaluation, statut (défense vigoureuse des nouveaux, aussi vigoureuse que l’était la défense des précédents)…

 

Cette obsession de l’appel à la grève n’est pas sans risque pour la profession (comprenez les morceaux de profession représentés par chacune des organisations corporatistes qui forment le grand tout dit unitaire) d’une part parce qu’à force de crier au loup, il est légitime de se demander si quiconque dans les palais de la rue de Grenelle s’intéresse vraiment aux taux de participation (12% pour le Ministère, 68% pour les organisateurs) et d’autre part parce que les personnels grévistes y engagent une part de leur salaire pour un gain dont le taux de probabilité doit être au plus égal à celui de l’Euromillions (1 chance sur 117 millions de remporter le gros lot).

 

Le droit de grève est un droit précieux dont il faut user avec discernement et non comme d’un outil de basse politique. Faire grève est un sacrifice pour les salariés qui y perdent une journée de salaire. À tout le moins, on attend des organisations syndicales qu’elles s’assurent de toutes les conditions de réussite avant d’impliquer les personnels. Le Sgen-CFDT continuera d’œuvrer pour les personnels par la négociation et par la promotion d’un dialogue social de proximité et de qualité.