Désintox de la semaine : minute papillon !

dessin désintox« L’heure, c’est l’heure ; avant l’heure, c’est pas l’heure ; après l’heure, c’est plus l’heure. »

Jules Jouy

 

À chaque réforme ou modification de programme, le sport national consiste à compter le nombre d’heures perdues par telle ou telle discipline, et conséquemment le nombre de postes qui seraient supprimés.

Ainsi, si l’on additionne les calculs, les rumeurs ou les fuites, on se retrouverait quasiment avec un solde négatif de postes ! Voire avec la disparition pure et simple de tous les enseignants. Ah oui, c’est vrai, c’est le dessein caché des syndicats réformistes qui soufflent à l’oreille des gouvernements les recettes libérales de l’OCDE. [je le dis tout de suite, cela économisera quelques coups de clavier aux adeptes de la théorie du complot]. Mais c’est oublier que toutes les organisations syndicales représentatives au niveau national ou dans les académies discutent avec l’administration depuis 3 ans et dans presque tous les territoires, de la répartition des postes dans le premier et le second degré avec comme base de discussion des soldes positifs. Certes les nonistes forcenés ne peuvent s’empêcher dans les instances de voter contre les propositions de fermetures/ouvertures de postes au motif que le solde positif est insuffisant, cela importe peu car le vote est consultatif et ce positionnement politique ne coûte pas cher. Qu’en serait-il si le vote était exécutif ? Certes aussi, les créations du quinquennat en cours ne suffiront pas à récupérer les suppressions du précédent, compte-tenu également de la hausse du nombre d’élèves (qui arrive maintenant dans le second degré après plusieurs années de hausse dans le premier).

 

Dans le cas de la réforme du collège, l’horaire global élèves diminue légèrement. En revanche, l’horaire global des profs augmente. La différence est importante car c’est dans cette différence précisément que se niche les possibilités du changement (le diable est dans les détails pourrait-on dire également). En effet, la réforme du collège ce n’est pas uniquement une demi-heure en plus ou en moins dans telle discipline ou dans tel niveau. Ce sont surtout des moyens supplémentaires donnés aux enseignants pour les positionner là où ils le jugent pertinents pour leurs élèves. Qu’on l’appelle heures prof ou marge d’autonomie (mais cela fait peur) ne change rien à l’idée sous-jacente qui est celle de s’adapter à la réalité du terrain. Il est grand temps en effet que le Ministère laisse travailler en paix les collègues qui connaissent bien mieux leurs élèves que les statisticiens et les administratifs de la rue de Grenelle.

Mais utiliser cette marge d’autonomie signifie qu’il faut sortir de sa zone d’inconfort traditionnelle pour échanger avec ses collègues et son administration et prendre des décisions, faire des choix localement. Car à travers les EPI, à travers une marge plus importante, à travers un peu plus de pouvoir donné aux instances du collège, on peut soit estimer que le Ministère se décharge de ses attributions et investit le méchant chef d’un super-pouvoir, soit choisir de s’emparer de ce pouvoir d’agir sur ses propres conditions de travail sans attendre la signature de la Ministre sur tel décret ou telle circulaire.

Ou alors on peut se contenter de ressasser un logiciel de pensée suranné et demander la création d’une discipline marge, avec filière universitaire, concours de recrutement. Une agrégation de marge, avec heure de chaire, notation pédagogique et tout le toutim.

Désintox de la semaine : médecin malgré lui

dessin désintox« La liberté, c’est toujours la liberté de l’autre »

Rosa Luxembourg

 

Vallaud-Belkacem et Touraine : même combat. En effet, quel est le point commun entre la réforme du collège et la loi de santé portée par la Ministre Marisol Touraine ? Les deux s’attaquent à des professions libérales. Ou à des fonctionnaires, selon le point de vue.

 

Pourquoi des fonctionnaires ? Parce que les médecins généralistes qui protestent contre la généralisation du tiers payant au nom, précisément, du caractère libéral de leur profession semblent oublier un peu vite qu’ils tirent l’essentiel, quand ce n’est pas la totalité en secteur 1, de leur revenu de l’exercice de la solidarité nationale qui, à travers les cotisations sociales, essaye de résorber le trou de la sécu. Pour la CFDT, la généralisation du tiers payant est une bonne chose pour les patients.

 

Pourquoi des professions libérales ? Parce que parmi les étendards brandis en ce moment dans certaines contrées de notre République une et indivisible, il y a celui de la liberté pédagogique des enseignants. Liberté qui serait attaquée dans la réforme du collège, mise en péril, foulée aux pieds. Le problème avec la liberté pédagogique c’est qu’elle n’est sanctuarisée ou protégée par aucun traité international, c’est que personne ne sait vraiment ce que c’est mais que tout le monde ou presque s’en réclame. La liberté pédagogique c’est la possibilité de faire ce que l’on veut une fois la porte de la salle de classe fermée, en faisant fi des injonctions contradictoires des programmes et des inspecteurs (parfois à raison d’ailleurs) ou des consignes du chef d’établissement. C’est la liberté de l’isolement dans sa classe, avec ses élèves. C’est même parfois une liberté qui se construit en opposition par rapport à d’autres voire en niant à d’autres leur professionnalité ou leurs compétences (tout en réclamant le respect et la reconnaissance pour les siennes propres). Ces autres ce sont les personnels d’inspection et de direction. Mais paradoxalement les mêmes ardents défenseurs de la liberté pédagogique, les mêmes enflammés pourfendeurs des « chefs », tous mis dans le même panier y compris quand ils sont majoritaires dans le syndicat catégoriel de la fédération de moins en moins unitaire, sont encore les mêmes qui réclament, exigeants, quémandent un cadrage national, des textes clairement injonctifs, des consignes précises.

 

Pour le Sgen-CFDT, la liberté c’est l’autonomie des équipes et cette autonomie se conquiert et se construit. Évidemment il y a des chefs autoritaires, voire autocrates. Évidemment il y a des inspecteurs mauvais et inhumains. Mais le Sgen-CFDT ne s’abaissera pas à entrer dans le jeu des clivages catégoriels au détriment du collectif de travail. Parce que c’est ce dernier qui est le lieu et la communauté permanents de vie au travail des personnels, c’est là qu’il faut agir, c’est à lui qu’il faut donner une partie des clés du quotidien.

 

C’est pourquoi le Sgen-CFDT a défendu, et défend, un conseil pédagogique qui ne soit ni une chambre d’enregistrement à la botte du chef d’établissement, ni une assemblée occulte de petits chefs intermédiaires. Ce doit être le lieu du débat collectif sur les besoins des élèves, des élèves de l’établissement et non de l’élève moyen sorti des machines à sonder, calculer et moyenner des statisticiens du Ministère (un travail louable mais qui, forcément, efface les particularités que seuls connaissent les experts de terrain). Certes le conseil pédagogique n’est pas encore issu du suffrage universel des personnels (et le CA reste une instance au pouvoir décisionnaire plutôt léger) mais cela n’empêche pas de l’investir, de l’occuper même, de le faire fonctionner au service des collègues et des élèves.

A nos collègues de collège !

« Mort, combat, guerre, gravité, attaque, lutte, catastrophique, chienlit, gangrène ».

 

Voici donc le vocabulaire choisi par les « responsables » nationaux du SNES et du SNALC pour s’adresser à nous. C’est de cette ambiance de travail dont vous avez envie? C’est ce type de relations que nous voulons entre nous, dans nos établissements? Pas de nuances? Pas de mesure ? Pas de contrôle? Blanc ou noir? Bien ou mal? Pour ou contre? Ce champ lexical guerrier ne correspond pas à notre vision du syndicalisme et ces méthodes ne nous semblent pas les meilleurs pour mieux « vivre ensemble ». Quelques points pour l’illustrer.
On nous parle souvent de différenciation et de prise en compte des besoin particuliers des élèves mais quelle est aujourd’hui la prise en compte de la diversité des personnels d’un établissement? Un peu (20%) d’autonomie pourrait contribuer, selon nous, à tenir compte des aspirations, des aptitudes, des goûts, et des âges de chacun(e).

Donner plus d’autonomie à un établissement à travers le conseil pédagogique, c’est considérer les enseignants comme des cadres responsables et pas des exécutants râleurs. Les décisions votées en CA ne sont pas prises unilatéralement par les chefs. N’ayons pas peur non plus des parents et des élèves qui ont leur mot à dire. Ne participons pas à l’assombrissement d’un climat déjà bien trop infantilisant à notre goût.
Les réunions ne sont pas toujours opportunes ni efficaces, c’est le moins qu’on puisse dire. Pourquoi ne pas nous prendre en main et proposer d’autres modes d’organisation de la réflexion, d’autres formats de conseils de classe. Réfléchissons à celles que nous pouvons supprimer, raccourcir ou améliorer. Nous n’avons pas à nous positionner “contre les chefs”, pas plus que “pour les chefs”. Tantôt en accord, tantôt en désaccord, nous devrions pouvoir expliciter nos positions (ce qui peut parfois éclaircir des malentendus), pour qu’ensuite chacun fasse ses choix et prenne ses responsabilités en connaissance de cause.
Ne pouvons nous pas discuter de tout cela calmement quitte à rester en désaccord mais en ayant pu nous expliquer? Nos conditions de travail pourraient être améliorées, notamment grâce à de forts investissements publics équitablement répartis mais aussi de par l’amélioration de la qualité de nos relations et de notre travail dans les établissements. La grande pauvreté, le mal logement, les discriminations, le chômage des jeunes et d’autres encore méritent nos colères saines. Mais trop d’indignation, ou pire encore l’indignation feinte, nuit gravement à l’indignation. Et l’évocation d’une guerre frôle
l’indécence quand tant de pays y sont confrontés.

La réalité d’un établissement est forcément complexe, les facteurs influant sur le climat d’un établissement sont nombreux et dans ces moments de rush de fins de trimestre, ne nous laissons pas aller à la facilité de l’analyse entre deux portes, du commentaire de pause café ou de sortie de réunion. Le temps médiatique ne coïncide pas avec le temps politique (au sens noble du terme, comme on se sent obligé d’ajouter aujourd’hui) et le
jeu de celui qui réagit plus vite que son ombre est tentant. Calmons nous et prenons notre temps.
Le concours de cris aux loups peut faire fuir et devenir un bruit de fond. Cette musique lénifiante participe à l’endormissement de notre démocratie.

 

Merci à Gwenael pour ce texte !

Compléments de services : vont ils augmenter avec la réforme du collège ?

Compléments de servicesCompléments de Service : quel risque de les voir augmenter ?

La réforme du collège s’inscrit dans un contexte de création de postes. Cela même rend le risque de voir les compléments de service augmenter plutôt limité.

Les craintes qui sont renvoyés les enseignants est surtout lié à l’incertitude des projets construits dans les établissements (EPI, accompagnement personnalisé, utilisation des marges horaires).

Pourtant, c’est bien pour adapter l’organisation des collèges aux réalités des collectifs de travail et aux besoins des élèves que le Sgen-CFDT s’est prononcé en faveur du projet collège.

Compléments de services : le cas particulier des professeurs d’allemand, ou d’autres langues « minoritaires »

Très concrètement, le retour des classes bilangues dans l’épure de la circulaire de 2002 (maintenues pour les langues autre que l’anglais apprises au primaire) risque de diminuer le temps de service des professeurs, au moins le temps de diversifier l’apprentissage des langues au primaire.

Le Sgen-CFDT a porté plusieurs exigences auprès de la ministre :

– possibilité pour les enseignants de langues d’intervenir dans le premier degré dans le cadre du projet école-collège.

– possibilité pour les collègues de mobiliser un sous service éventuel pour une formation sur des compétences complémentaires (par exemple certification en Français Langue Etrangère…)

Les langues vivantes sont-elles pénalisées par la réforme du collège ?

Langues vivantes Réforme du collègeLes langues vivantes avant et après la réforme du collège

Actuellement, deux langues vivantes sont obligatoires au collège. La LV1 dès la sixième, la LV2 à partir de la quatrième. La LV1 bénéficie de 4 heures en sixième, puis 3 heures par année. La LV2 compte 3 heures par an en quatrième puis troisième. A partir de 2016, aucun changement pour la LV1. La LV2 commencera en cinquième avec un horaire de 2,5 heures hebdomadaires sur tout le cycle 4. De 6 heures de LV2 on passe donc à 7,5 heures. Ces horaires, actuels et à venir, concernent tous les élèves du collège. Ainsi, pour l’ensemble des élèves du collège, l’horaire de langues vivantes sera plus important à partir de 2016.

Et les 15% qui font plus ?

Actuellement, environ 15% des élèves du collège sont inscrits en classes bilangues ou en sections euros. Les secondes disparaitront complètement à la rentrée 2016. Les premières seront maintenues quand elles s’inscrivent dans la continuité d’un enseignement en primaire. Pour une partie de ces 15% d’élèves, il y aura donc une diminution de l’horaire de langues vivantes. Mais l’horaire de ces élèves ne peut pas servir de référence. En effet, toutes les disciplines calculent les évolutions de leurs horaires par rapport à l’horaire officiel (ou plancher). Or l’horaire officiel de langues est celui indiqué précédemment. Démarrer la LV2 en cinquième constitue un petit pas vers l’extension du modèle « bilangue » à tous les élèves. Cette extension est toutefois limitée par le volume horaire hebdomadaire des élèves qui n’est pas extensible et le nombre de profs nécessaires pour assurer les cours (ce qui n’est pas tant une question de volonté budgétaire que de difficultés de recrutement).

Langues vivantes : un débat sur le contenant plutôt que sur le contenu

Le vif débat sur les horaires de langues vivantes a quelque peu éludé le débat de fond sur l’enseignement des langues vivantes. Dans les premières années du siècle, le CECRL est devenu l’une des références pour la construction des parcours en langues des élèves. Depuis trois ans, les épreuves de langues vivantes au bac ont évolué pour donner plus de place à l’oral. Depuis 2008, enfin, le niveau A2 est nécessaire pour valider le diplôme national du brevet. Il est donc nécessaire de faire un bilan de ces dernières évolutions, d’en regarder les impacts sur la maitrise des langues vivantes des jeunes françaises et français, de s’intéresser aux pratiques des enseignants, d’étudier comment proposer au plus grand nombre ce qui est efficace (numérique, assistant de langues, échanges, certification…)

 

Désintox de la semaine : des poids et des mesures

dessin désintox« Malgré les précisions atomiques des balances modernes, on n’arrive pas encore à mesurer le poids exact de la solitude. »

Georges Raby

 

Avec la réforme du collège resurgit l’éternel débat sur ce que nos élèves doivent savoir pour être de bons citoyens et de bons travailleurs.

 

[Incise : il s’agit bien de ce que les élèves doivent savoir, c’est-à-dire des programmes que l’on doit leur faire ingurgiter et non de ce qu’ils doivent apprendre. Ce n’est pas tout à fait la même chose. Le paradoxe est que d’un côté l’on dénonce des programmes trop lourds et de l’autre l’on en réclame toujours plus.]

[Incise 2 : on notera à cette occasion que les mêmes qui tirent à boulets rouges lorsque l’on parle du rôle de l’école dans la formation des futurs professionnels n’hésitent pas à utiliser l’argument de l’adaptabilité au marché de l’emploi lorsqu’il s’agit de défendre telle ou telle discipline.]

 

On apprend encore avec les communiqués, pétitions, motions et autres initiatives qui fleurissent telles les primevères en cette saison, que certaines disciplines seraient plus utiles que d’autres à former de bons citoyens, préparer des salariés mobiles, des gentilhomme et des gentilles femmes cultivés. On apprend aussi que cette capacité des disciplines est directement liée au volume horaire, autrement appelé temps d’exposition, qui leur est alloué. On comprend aussi, au fil des réunions au ministère ou des décisions de la Ministre, qu’une discipline s’estime justement valorisée à partir de 4 heures hebdomadaires. Ceci vaut pour le collège. Pour le lycée entrent aussi en ligne de compte le coefficient et le type d’épreuves au bac. Pour le collège, il semblerait acté et incontestable que seuls le français, les mathématiques et l’histoire-géographie-ECJS (EMC à partir de la rentrée 2015, voilà des enseignants trivalents et qui le revendiquent !) méritent d’être évalués en épreuves terminales. Mais c’est un autre sujet sur lequel nous reviendrons puisque le Ministère présentera bientôt son projet d’évolution pour le DNB.

 

Ainsi, avec 9 disciplines en Sixième et 10 en cycle 4 et à raison de 4 heures pour chacune, on arrive à un total de 36 heures hebdomadaires en Sixième et 40 heures hebdomadaires en cycle 4. De quoi se plaignent-ils donc les élèves, ces fainéants pire que ceux de l’année dernière et à peine meilleurs que ceux de l’an prochain ? De quoi se plaignent-ils donc puisque la durée légale hebdomadaire du travail est de 48 heures ? On me chuchote que c’était la durée légale jusqu’en 1936 !

 

Vous n’avez vu aucune communication du Sgen-CFDT pour défendre telle ou telle discipline. Vous n’avez pas rêvé ni manqué quoi que ce soit. Le Sgen-CFDT fait le choix de ne pas analyser les projets par le prisme des disciplines. D’abord parce que toutes sont légitimes et toutes sont utiles. Le Sgen-CFDT n’en flatte pas une tout en sachant que ce qu’il demanderait pour elle en enlèverait autant pour une autre. Le Sgen-CFDT refuse la démagogie qui consiste à chaque réunion au Ministère à demander, tout en sachant que ce ne sera pas obtenu, l’augmentation de l’horaire de telle puis telle puis telle puis telle puis telle puis telle puis telle puis telle puis telle puis telle discipline.

 

Le choix du Sgen-CFDT c’est de dire qu’il faut donner les moyens de la confiance et de l’autonomie aux personnels sur le terrain. C’est dans ce cadre que nous pourrons agir pour améliorer nos conditions de travail en agissant sur nos emplois du temps et en limitant le nombre de groupe pris en charge par périodes scolaires.