Désintox de la semaine : la quille !

dessin désintox« Ce que la chenille appelle fin du monde, le reste du monde l’appelle papillon. »
Lao Tseu

 

Aujourd’hui 30 juin, dernier jour du mois reconquis, les établissements scolaires de France sont surtout occupés par les enseignants. Rares sont les élèves à y pointer le bout de leur nez. Dans les écoles en revanche la quasi totalité des élèves sont encore présents et le seront jusqu’au jour des vacances. On pourrait penser que les enseignants du second degré se tournent les pouces. Eh bien, pas tous ! En effet, entre corrections de copies, oraux, commissions diverses, secrétariat de correction, conseils d’enseignements, constitution des classes, les enseignants ont du travail. Toute cette activité peut être classée en deux grands pôles : d’un côté les examens, de l’autre le travail d ‘équipe.

 

Le premier groupe d’activités mobilise les collègues depuis le retour des vacances de la fête des chocolats entre les épreuves anticipées, facultatives, optionnelles, en cours d’année (des épreuves terminales qui n’ont pas lieu en juin pour faire court) et encore plus lors des épreuves vraiment terminales du bac et du brevet. Les élèves, eux, ont déserté leurs classes depuis début juin et se sont octroyés une permission longue durée pour des activités plus ou moins studieuses. Ce premier groupe d’activités peut être rémunéré en plus du salaire. Les examens sont aussi chaque année l’occasion de polémiques sur leur valeur économique (coût des personnels mobilisés, de la logistique, du ravitaillement…) ou symbolique (la classe 2018 a-t-elle au moins autant souffert que la précédente ? les épreuves sont trop dures ou trop faciles…).

 

Le second groupe d’activités relève du travail d’équipe. Sans vouloir réinventer l’eau tiède, ce travail n’est possible qu’en l’absence des élèves. Il est non seulement possible mais déjà réel dans les établissements. Contrairement au précédent, il ne fait l’objet d’aucune rémunération particulière si l’on considère que ce n’est pas là la fonction de l’ISOE (et si l’on fait abstraction de l’absence des élèves). Le temps de travail correspondant au temps de service devant élèves, toute autre activité passe pour du travail supplémentaire prescrit dès lors qu’on en parle alors qu’il réel et quotidien (parce que nécessaire). Curieusement d’ailleurs cette question de la rémunération de la concertation n’est quasiment jamais posée dans le Premier degré : par esprit de désintéressement ou parce que le collectif de l’école y est plus quotidien et intégré que dans le secondaire ? Ou encore parce que ce temps de concertation est en partie inclus dans le temps de service des professeurs des écoles ?

 

D’ailleurs la profession dans sa grande majorité ne signe pas de pétitions contre le travail en équipe et est demandeuse de la possibilité d’avoir ces temps réguliers, définis et efficaces. C’est au statut de suivre. Les évolutions de 2014 qui se mettent en place à la prochaine rentrée sont encore insuffisantes sur ce plan. La mise en œuvre de la réforme du collège, notamment pour sa partie interdisciplinaire, montre bien que la concertation n’est pas un fantasme mais une nécessité. Les centaines de projets innovants existants naissent d’ailleurs de la possibilité qu’ont eue les collègues de trouver des temps d’échange. C’est aussi à un certain nombre d’organisations syndicales de se reconnecter, sur cet aspect revendicatif, avec les pratiques du terrain.

Les silences éloquents des pourfendeurs de la réforme du collège

On entend beaucoup ces derniers temps les opposants à la réforme du collège et à celle des programmes des cycles 3 et 4 (CM2-6ème et 5ème- 3ème). Mais leurs silences en disent plus long que leurs propos le plus souvent violents. Ces derniers trahissent une vision que l’on pourrait qualifier « de classe » quand on observe comment l’intelligentsia soi-disant « de gauche » rejoint les plus conservateurs voire les plus réactionnaires défenseurs des privilèges scolaires. Lire la suite

Désintox de la semaine : Newton

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« Le monde déteste le changement, c’est pourtant la seule chose qui lui a permis de progresser. »

Charles F. Kettering

 

Il y a plus ou moins trois siècles, Newton décrivait les lois de la gravitation universelle. Universelle, dites-vous ? Presque, car un petit village résiste encore et toujours. Ce petit village, à l’échelle de l’univers bien entendu, c’est l’Éducation nationale. C’est en effet l’un des rares, probablement pas le seul, endroits de l’univers où quelque chose venu du haut peut ne jamais arriver en bas. Ce quelque chose n’est même pas satellisé, il peut disparaître purement et simplement. Ce quelque chose pourrait par exemple être une réforme.

 

Pourquoi une réforme peut-elle disparaître entre son lancer depuis les cimes ministérielles et son arrivée dans les établissements ? Peut-être à cause précisément de cette trajectoire. En effet, toute décision ministérielle, qu’il s’agisse d’une réforme ou pas d’ailleurs et même si elle est parfois construite avec des acteurs de terrain, peut être victime d’une faille spatio-temporelle qui la fait s’évanouir dans le néant, ou dans un monde parallèle. Le problème viendrait alors du caractère injonctif de la décision, surtout si elle est biaisée par des contraintes politiques ou économiques. Par ailleurs, si depuis Paris l’Éducation nationale peut sembler une et indivisée, sur le terrain ce n’est pas le cas. Et les injonctions descendantes n’y feront rien car elles ne peuvent rien contre les inégalités économiques, sociales ou culturelles, contre les aspirations légitimes des familles au mieux pour leurs enfants, contre les dynamiques ou les non dynamiques humaines à l’œuvre dans les établissements.

 

Une réforme peut aussi disparaître en raison de blocages divers aux différents niveaux de la hiérarchie. Celle-ci est constituée de nombreux filtres intermédiaires qui ont parfois tendance à défendre leur pré carré et à oublier qu’ils sont avant tout des fonctionnaires, qui plus est de haut niveau. Au final, il peut y avoir tellement de passages à travers les différents tamis qu’il ne reste plus rien dans l’assiette. Les inspecteurs, généraux ou pédagogiques, peuvent avoir tendance à défendre leur discipline au détriment de l’efficacité du système. Les recteurs et leurs équipes, par manque de volonté ou de compétences ou pour ne pas perturber des écosystèmes locaux, peuvent vider de son contenu n’importe quelle réforme. Les chefs d’établissement aussi pour les mêmes raisons. Les personnels, et surtout certaines organisations syndicales, peuvent apporter leur contribution à ce grand travail de détricotage, que ce soit par crainte ou par opportunisme politique.

 

Dans toutes les hypothèses, une compétence semble souvent manquer au Ministère, c’est celle de la conduite du changement. Il ne s’agit pas là de jargon jargonnant mais d’une compétence réelle à mettre en œuvre dans un Ministère à la fois aussi massif et aussi diversifié. Le changement ne se décrète pas, il se construit avec les personnels : pas dans le sens où il faudrait écrire à plus de deux millions de mains les programmes et les réformes, mais dans le sens où il faut laisser une part du pouvoir d’agir et de décider collectivement aux personnels – car décider ou gouverner, c’est aussi déléguer.

Désintox de la semaine : touche pas à mon bac (ou à mon brevet) !

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“Oublions ces examens qui agissent comme des aimants pernicieux en orientant les efforts vers la « réussite ».”

Albert Jacquard

 

En cette période d’allergies diverses, chacun son marronnier. Fidèle à ses habitudes, la presse regorge depuis quelques jours d’articles sur la préparation aux examens. Fidèles aussi à leurs habitudes, diverses organisations syndicales appellent à la grève pendant les épreuves du bac ou du brevet. Ce sont pourtant des organisations qui expliquent à longueur de tracts et de communiqués que les examens sont nécessaires, utiles et indispensables pour les élèves car ce sont des rites de passage, cela permet de confronter les jeunes aux dures réalités de la vie. Ce serait aussi le seul et unique moyen de vérifier la quantité de leurs apprentissages dans le cadre égalitaire et anonyme de l’épreuve terminale. Une question s’impose : si jamais ces grèves devaient être majoritaires (voire générales et reconductibles), nous nous retrouverions avec une génération d’adolescents privés de leur rite de passage et donc empêchés de devenir hommes et femmes ? On se retrouverait alors avec une génération de mollassons n’ayant pas subi le bizutage social de leurs aînés (même s’ils auront encore d’autres occasions ensuite de le subir…)? Mais alors, ce serait comme en 1968… Le syndicat des disciplines fortes faisant le lit de la chienlit, on aura tout vu !

 

Ce n’était les motivations aux antipodes des nôtres, le Sgen rejoindrait presque ces appels à la grève ou au boycott pour qu’enfin soit démontrée l’obsolescence des examens sous leur forme actuelle. Au-delà de leur coût réel ou supposé, les examens restent les véritables pilotes du système éducatif. C’est en effet le seul horizon des enseignements et surtout des élèves et des familles. Ces derniers mettent d’ailleurs une forte pression sur les enseignants, dès le collège, pour être le mieux préparé aux examens. Trop souvent les enseignements ne sont considérés que comme des moyens pour parvenir à la fin. Cet état de fait n’est pas sans dommages collatéraux : hiérarchie des disciplines entre elles notamment. L’augmentation dans les collèges des brevets blancs calqués sur les bacs blancs illustre bien le pilotage du système par l’examen. C’est d’autant plus curieux que l’on se plaint sans cesse du manque de temps pour finir les programmes mais qu’on en trouve toujours pour les épreuves blanches.

 

Le DNB est un diplôme devenu inutile et doit disparaître. Pourquoi maintenir des épreuves terminales dans seulement trois disciplines ? Quelle est la justification des moyennes de contrôle continu dans chaque discipline quand l’heure est à l’évaluation par compétences dans le socle ? L’enfermement du socle dans le DNB est la négation même de la logique de la scolarité obligatoire souhaitée le Sgen-CFDT. De son côté, le niveau bac est maintenant atteint par presque 80% d’une classe d’âge mais il est de plus en plus une étape d’un parcours plus long. Cet accès au premier diplôme universitaire qu’est le baccalauréat modifie la place du premier cycle du supérieur et le situe dans la seconde partie d’un cursus de six ans allant de la seconde à la licence, et en intégrant la formation continue dans le processus de qualification.

Désintox : Bas les masques !

dessin désintoxLes masques à la longue collent à la peau. L’hypocrisie finit par être de bonne foi.”

Edmond et Jules de Goncourt

 

Une nouvelle pétition a fleuri ce week-end au sujet de la réforme du collège. À la manœuvre cette fois trois anciens ministres de l’Éducation nationale, dans l’ordre chronologique : Jean-Pierre Chevènement (1984-1986), François Bayrou (1993-1997), Luc Ferry (2002-2004). Ils sont accompagnés par trois intellectuels. Nous laisserons de côté ces derniers car ils ne sont pas comptables vis-à-vis de l’École, de ses personnels et de ses élèves. En revanche, en ce qui concerne les Ministres il est non seulement facile de retrouver les traces de leur mandat comme il est normal de mettre en regard leurs exigences d’aujourd’hui avec leurs actions d’hier.

 

Jean-Pierre Chevènement : nombre d’articles sur Internet mettent à son actif la fin de la guerre scolaire c’est-à-dire une retraite en rase campagne face à la pression des partisans de l’école privée. Curieux alors qu’il combatte une réforme qui ferait la part belle à l’enseignement privé. Il est aussi à l’origine de l’objectif de 80 % d’une classe d’âge au niveau du bac. Objectif que d’aucuns identifiaient, déjà, comme une tentative de nivellement par le bas du système scolaire. Il est pour le moins curieux que l’on puisse retrouver autour de cette pétition des personnes qui louent ses revendications salutaires pour l’école et honnissent probablement en même temps l’idée même de porter 80 % d’une classe d’âge au niveau du bac sur l’air du « bac, aujourd’hui, c’est cadeau ». On lui reconnaît enfin d’avoir réintroduit l’instruction civique à l’école. Sur le latin et le grec obligatoires partout et pour tous en revanche, néant.

 

François Bayrou : il faudra un million de manifestants pour le faire revenir en arrière sur la modification de la loi Falloux qui visait le déplafonnement des subventions des communes aux établissements privés. Mais ce n’est rien comparé à ce qu’il a initié ou contribué à mettre en place : organisation du collège en cycles, parcours diversifiés pour les élèves en difficulté, modulation des emplois du temps sur la semaine, enseignements en effectifs allégés, études dirigées en sixième, possibilité de choisir le latin en cinquième. Aujourd’hui la réforme du collège s’inscrit dans une logique de la scolarité obligatoire organisée en cycles, une marge d’autonomie sans pareil sera à disposition des équipes pour renforcer des horaires disciplinaires ou créer des groupes à effectif réduit, l’accompagnement personnalisé aura un horaire fort et dédié en sixième mais un contenu laissé à l’appréciation des collègues selon les besoins des élèves, les langues anciennes sont pour partie intégrées dans l’enseignement du français et pour partie avec un horaire possible pris sur la marge d’autonomie. Bref, son positionnement d’aujourd’hui est plutôt surprenant à moins qu’il considère s’être trompé il y a presque 20 ans.

 

La cerise sur la gâteau, c’est Luc Ferry. Reconnaissons-lui le mérite d’avoir porté le fer contre l’illettrisme. Il est toutefois cocasse que le fauteur des IDD et des TPE s’en prenne aujourd’hui aux EPI. Mais surtout, il fut Ministre d’un gouvernement de combat contre les fonctionnaires en général et contre l’Éducation nationale en particulier : plus de 154.700 postes d’enseignants ont été supprimés entre 2000 et 2011 ; un point de PIB pour l’Éducation nationale en moins entre 2000 et 2009. Sur le latin et le grec obligatoires en revanche, néant.

 

On ne choisit pas sa famille, par contre ses amis…

SEGPA : C’est quand qu’on va où ?

SEGPA : où en est la nouvelle circulaire ?

SEGPA : la nouvelle circulaire bientôt publiée. Depuis plus d’un an, une nouvelle circulaire SEGPA est annoncée. Rumeurs et inquiétudes sont savamment entretenues par les uns ou les autres. Alors, que se passe-t-il dans ces groupes de travail et où en sommes-nous?

Tout d’abord, les discussions ont du mal à avancer car depuis le début, nous ne partons pas du même diagnostic sur les SEGPA.
– Les représentants de FO demandent l’abrogation de la loi de Refondation à chaque début de réunion. Ils ont exprimé à plusieurs reprises leur souhait d’un retour au fonctionnement des SES et des formations qualifiantes.
– Les représentants de la CGT et du SNALC dénoncent le principe de l’école inclusive et estiment que la structure fonctionne comme elle fonctionne actuellement (« pourquoi changer ce qui marche ? » a demandé un représentant du Snalc). Déclaration d’un représentant CGT : « Avec l’inclusion, on va bousiller les gamins ».
– les représentants de la FSU (Snuipp pour les PE, Snuep pour les PLP, Snes pour les PLC, Snupden pour les personnels de direction) ont avancé timidement l’idée d’une « inclusion raisonnée » (terme qui mériterait d’être explicité) en oscillant entre l’opinion qu’il faudrait plus de travail en commun avec le collège et l’idée que « le collège n’est pas prêt » (le SNES reste discret sur ce point…). Sébastien Sihr déclarait pourtant dans le Café pédagogique juste après les attentats : « comment faire du vivre ensemble sans mixité sociale ? ». La question est excellente : comment apprendre à vivre ensemble sans vivre et faire ensemble ? Voici pourtant ce que répond de son côté B. Valin, représentant national du Snuipp le 14 mars 2015: « Ce qui prédomine derrière l’inclusion, c’est uniquement une réduction des coûts ». Ils défendent donc d’un côté le principe de l’école inclusive et en même temps une structure SEGPA de la 6ème à la troisième après une orientation en CM1. La stratégie serait-elle d’avancer tout et son contraire afin que chacun(e) puisse y trouver son compte ? À l’arrivée, nous avons cru comprendre qu’ils défendaient, avec SUD, le principe de cours en barrette pour mélanger ensuite les classes, comme c’est fait à certains endroits en EPS, mais nous ne comprenons pas bien ce qu’ils proposent exactement par rapport à ce qui est déjà fait actuellement (généralisation des cours en barrette ? Seulement pour certaines matières ? Lesquelles ? Comment ?).
– Pour notre part, nous défendons depuis le début l’idée d’un dispositif plus ouvert et plus souple de type classe d’adaptation du secondaire ou « plus de maître que de classes » qui serait présent dans tous les collèges accueillant des élèves en situation de grande difficulté. Le rapport Legrand en traçait les lignes en 1982 (!). Il l’avait alors appelé dispositif-ressources, partant du diagnostic suivant (le même que celui du rapport Delaubier) que nous partageons : « les SES (..) représentent une réussite pédagogique incontestable et généralement incontestée mais elles présentent des caractéristiques de ségrégation et de marginalisation qui posent aujourd’hui problème en les dévalorisant aux yeux de l’opinion. Par ailleurs elles assurent mal une qualification professionnelles et par suite les débouchés. Le moment ne serait-il pas venu, tout en conservant les éléments qui ont assuré leurs succès pédagogique, de les articuler avec les ensembles hétérogènes lors de la mise en place de dispositifs ressources ? Les maîtres spécialisés pourraient être utilisés dans certains cas comme personnes ressources et faire bénéficier leurs collègues d’une formation et d’une expérience qui a fait ses preuves. La question vaut en tout cas d’être posée.”
Va t-il falloir attendre à nouveau 30 ans pour nous la (re)poser ?

SEGPA : qui propose quoi ?

Ensuite, les pratiques syndicales ne sont pas les mêmes. Nous n’avons pas la même vision du syndicalisme. Cette explication mériterait un plus long développement mais en voici une illustration significative:
Mme Lair de la DGESCO nous a demandé le 10 juin 2014 de décrire ce que serait « la SEGPA de nos rêves ». Les réponses ou absences de réponses furent éloquentes. Ainsi, la représentante de FO nous a immédiatement prévenu : »Nous n’avons pas vocation à faire des propositions ». De son côté, le SNALC a été plutôt clair avec son projet de mettre fin au collège unique. La FSU n’a pas de vision globale et fait intervenir successivement ses 4 syndicats pour empiler les revendications corporatistes (le Snuipp parle aux PE,  le Snuep aux PLP, le Snes aux PLC,…). Leurs propositions nous ramènent donc à l’existant, avec quelques moyens en plus (ils avaient parlé de 15 élèves par classe lors des premières réunions mais ne l’ont pas proposé depuis la publication du projet de circulaire : nous revendiquons 14 !).

Circulaire SEGPA : drôle de dialogue ?

Nous sommes également sceptiques quant aux méthodes de « travail » retenues : pas de représentants de parents, d’élèves, de la société civile, pas d’échanges entre deux groupes de travail, contributions des organisations syndicales envoyées unilatéralement au ministère. Les amendements proposés au ministère devraient l’être de manière transparente (actuellement, chaque syndicat envoie ses amendements de son côté sans que les autres ne les voient, ce qui favorise les “discussions de couloir”).
Tout ceci entretient un flou qui permet aux uns et autres de mettre en avant des “avancées” qu’ils auraient « obtenues » de haute lutte… alors que tout le monde défend, par exemple, les 18h pour les PE en collège,  les 2h de coordination et synthèse payées de la même manière pour tout le monde. Une des solutions pourrait être de filmer nos échanges afin que nos collègues puissent découvrir les postures des uns et des autres et comparer ce qui est dit pendant les réunions et ce qui en est rapporté lorsque l’on sort…

SEGPA et réforme du collège

Enfin, la réforme du collège est venue bousculer le planning. En effet, l’évolution des SEGPA et la réforme du collège sont intimement liées. Le fonctionnement actuel des SEGPA trouve tout son sens dans un collège qui trie, pas dans un collège qui forme. Nous portons le projet d’une autre voie: celle d’un collège pour tous dans lequel on apprendrait à vivre ensemble, à faire ensemble et pas à côté. De nombreuses études en science de l’éducation, sociologie et psychologie ont montré les effets de l’entre-soi et des groupes de niveau censés donner plus à ceux qui ont moins alors qu’ils ne font que niveler par le bas. Or le projet de circulaire actuel conserve tous les éléments favorisant la ghettoïsation des élèves de SEGPA : pré-orientation en fin de CM1, élèves inscrits en SEGPA dès la 6ème, conservation de la structure et de son fonctionnement en se contentant de mixer les circulaires 2006 et 2009. L’idée d’une sixième inclusive pourrait recevoir notre soutien si les élèves étaient inscrits dans leur collège de secteur et dans une classe de référence. Il est illusoire de penser que les inclusions seront possibles si les élèves ne sont pas comptés dans les effectifs du collège tout en maintenant les postes de PE spécialisés. Certains collèges accueillent à la fois des ULIS et des SEGPA. Les inclusions des élèves d’ULIS se font déjà difficilement, comment imaginer que les élèves de SEGPA le soient sans moyens supplémentaires ? Seules deux nouveautés nous paraissent aller timidement dans le bon sens: la possibilité pour les élèves de SEGPA de bénéficier des EPI et de l’accompagnement personnalisé (une proposition repoussée par le Snalc qui a alors invoqué un « mélange des genres ») et la recommandation de ne plus avoir à fournir de volet social lors de la constitution du dossier (recommandé par le rapport sur la grande pauvreté en mai 2015), sauf en cas de demande d’internat.

Le projet de circulaire modifié après amendements devrait nous être présenté le 29 juin avec des simulations d’emploi du temps. Les équipes et/ou collègues qui souhaitent avoir accès au texte en discussion afin de réfléchir avec nous aux amendements à proposer peuvent nous contacter : gle_guevel@sgen.cfdt.fr

Désintox de la semaine : n’ayez pas peur…

dessin désintox“Nombreux sont ceux qui pourraient traverser le fleuve mais bien plus nombreux encore sont ceux qui préfèrent continuer d’avancer le long de la berge en espérant y trouver un pont !”

Grégory Compère

 

… nous sommes déjà dans l’espérance. Et si nous avions tous tort : Ministre, syndicat de la peur permanente, syndicat de moins en moins majoritaire, politiques de droite, de gauche, de vraie droite et de fausse gauche, fossoyeurs du collège, pédagogos, bobos bien pensants, chantres de la discipline (dans les deux sens du terme) ou de l’uniforme…

 

Les statistiques des enquêtes nationales ou européennes qui dressent un tableau noir du collège sont une réalité de grande masse. Souvent, peu d’entre nous s’y reconnaissent car nous avons tous des exemples de parcours d’élèves qui viennent contredire les chiffres du ministère ou de l’Europe. Il reste tout de même que les chiffres ne pardonnent pas quand ils évoquent les difficultés de maîtrise des fondamentaux ou les trop nombreuses sorties du système scolaire sans la moindre qualification. Au fond, nous devrions tous être ces 150000. Les raisonnements du Ministère pour proposer une réforme, comme, en théorie, des syndicats pour y répondre, reposent précisément sur ces chiffres de masse. Il est évident qu’aucun ministre ou aucun syndicat n’en veut à tel ou telle collègue de faire réussir ces enfants d’ouvriers même pas de souche. Il y a donc une tension indéniable entre la nécessité d’un texte unique pour tous les collèges de la République (le fameux « cadrage national », le sempiternel appel à la République une et indivisible) et la réalité des milliers d’établissements, des dizaines de milliers de profs et des millions d’élèves et de familles.

 

En prenant position pour la réforme proposée, et en l’assumant par ses revendications sur sa mise en œuvre, le Sgen­-CFDT veut aussi chercher la possibilité de résoudre cette tension. Est-il nécessaire de rappeler que de nombreux collègues n’ont pas attendu les EPI pour faire de l’interdisciplinaire ? qu’ils n’ont pas attendu le conseil pédagogique pour se concerter dans un périmètre autre que celui de la machine à café ? qu’ils n’ont pas attendu pour moduler leurs horaires ? qu’ils n’ont pas attendu pour faire des choix dans leur établissement ? qu’ils n’ont pas attendu pour utiliser les marges d’autonomie dans leur intérêt comme dans celui des élèves ?

 

Les chiffres des enquêtes souvent citées sont impitoyables pour le système. Ils ne font pas place ni honneur aux personnels qui en constituent les rouages. C’est précisément le renforcement de ces rouages que le Sgen­-CFDT entrevoit dans les possibilités offertes par l’organisation future du collège. Il s’agit de légitimer le pouvoir d’agir sur leur propre travail qu’ont déjà pris de nombreux collègues. Il est d’ailleurs tout à fait probable que la réforme soit déjà en retard sur les pratiques de nombre d’équipes dans les collèges des quatre coins de France.