Désintox hors série : rapport Grosperrin

dessin désintox« … ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnait »

 

Pour nous donner un peu de lecture pour les vacances (et pour préparer 2017), le sénateur Grosperrin avec quelques uns de ses acolytes a décidé de se pencher sur la perte des repères républicains à l’École et sur les difficultés rencontrées par les enseignants dans l’exercice de leurs fonctions. Pour résorber tous ces problèmes, le rapport émet vingt propositions, classées en quatre axes : favoriser le sentiment d’appartenance et l’adhésion de tous aux valeurs de la citoyenneté, restaurer l’autorité des enseignants, mettre l’accent sur la maîtrise du français et veiller à une meilleure concentration des élèves, mieux responsabiliser tous les acteurs.

 

Officiellement il s’agit d’un rapport sur l’École mais les rédacteurs semblent s’être perdus dans les débats politiques des dernières semaines en mélangeant éducation et service militaire, motivation des élèves et loi sur le renseignement.

 

Le premier axe sur le sentiment d’appartenance apporte de « vraies » solutions à la problématique de l’échec scolaire grâce par exemple au port d’une tenue d’établissement. La motivation des enseignants sera renforcée par un pacte qu’ils signeront : serment d’entrée en fonction, signature du règlement intérieur, code de déontologie. C’est un pacte unilatéral puisque l’enseignant se soumettrait à divers documents sans rien recevoir en retour. On ne fera pas remarquer que l’éthique ou la déontologie du fonctionnaire existent déjà dans les textes statutaires. Comme on ne fera pas remarquer que l’exposition des emblèmes de la République est déjà effective dans la quasi totalité des établissements (la charte de la laïcité vient à manquer parfois dans les établissements privés sous contrat, qui donc doit respecter la loi ?) même si ses emblèmes n’ont a priori pas de pouvoir thaumaturge. Comme si la polémique n’avait pas déjà occupé suffisamment l’espace médiatique, le rapport propose aussi de renforcer le poids de l’histoire sous forme de l’enseignement d’un récit national. On n’attend plus que le nom de l’écrivain chargé de le rédiger.

 

Tel un certain syndicat de moins en moins majoritaire, le rapport, dans son deuxième axe, propose de restaurer une « vraie » formation à la transmission des valeurs. Et non des savoirs, savoir-être ou savoir-faire. Les fossoyeurs de la fonction publique sous le gouvernement précédent sont soudain pris de compassion pour les enseignants en proposant de renforcer massivement la formation continue et, seule proposition digne d’intérêt, d’interdire l’affectation des débutants en zone difficile. Les ESPé seront invitées à délivrer un CBME2, certification de bonne moralité enseignant de niveau 2. La proposition sur les sanctions oublie carrément que des textes officiels mis en place sous la présidence précédente existent déjà sur le sujet et qu’il s’agirait davantage de donner les moyens de les mettre en œuvre que d’en réécrire de nouveaux. Enfin, la réouverture de maisons de correction devrait précéder celle de bagnes dans les confettis de la République.

 

Le troisième axe se pique de parler un peu de pédagogie. Les enseignants du premier degré devraient évaluer la maîtrise du français tout au long de la scolarité en primaire. Apparemment ce n’est pas le cas actuellement. Les rédacteurs ont-ils interrogé des enseignants ou seulement le triste M. B ? Comme un peu de populisme ne fait pas de mal, il est proposé de supprimer les dispositifs d’enseignements de langue et culture d’origine ce qui est tout à fait pertinent à l’ère des citoyens du monde globalisé. Avant même d’être généralisées, les tablettes en primaire seront interdites ce qui n’est pas sans inquiéter la Ligue de Protection des Oiseaux car une hécatombe de volatiles est en vue pour équiper tous les élèves de plumes d’oiseaux français de souche garantis. Enfin, le brouillage des portables dans les écoles et collèges est proposé, l’argus des téléphones à cadran en bakélite va remonter. Vite, allons fouiller dans nos greniers !

 

Enfin le quatrième axe veut mieux responsabiliser les acteurs en réduisant ou supprimant les allocations familiales des familles d’élèves absentéistes, en envoyant de manière systématique des SMS aux parents des élèves absents (c’est vrai que les directeurs d’école, CPE et AED ne contactent jamais les familles des élèves dès la première heure d’absence). Une remontée directe des incidents depuis l’établissement ou l’école jusqu’au Ministère est proposée, probablement pas sous forme d’application pour mobile puisqu’ils seront brouillés mais peut-être avec une ligne rouge comme à la grande époque de la guerre froide. Le parlement devrait débattre annuellement des choix stratégiques en matière d’éducation (en faisant appel à des personnalités qualifiées comme celles citées dans le rapport ?).

 

Finalement, nos sénateurs on les préfère quand ils somnolent sur les bancs du Palais du Luxembourg.

Désintox de la semaine : modèle déposé

dessin désintox« Tu me dis, j’oublie. Tu m’enseignes, je me souviens. Tu m’impliques, j’apprends. »

Benjamin Franklin

 

Aujourd’hui dans certaines académies le couperet va tomber pour les candidats au brevet. Pour tous ces élèves, c’est un combat pour la gloire, voire parfois une victoire à la Pyrrhus, puisque le brevet ne permet ni d’éviter un éventuel redoublement ni de valider la poursuite d’études.

Dans la suite de la réforme du collège, mais aussi en cohérence avec le socle 2015 et la refonte des cycles, une refonte du diplôme national du brevet est non seulement nécessaire mais tout simplement de bon sens. D’autant plus que l’actuel diplôme de fin de collège pose plusieurs problèmes à différents niveaux.

 

Au niveau des élèves et des enseignants, on constate souvent un hiatus important entre les notes de contrôle continu et celles des épreuves terminales. En effet, deux logiques différentes, antagonistes même, sont en jeu. En cours d’année, la notation sert certes à indiquer à l’élève et à sa famille l’état de ses acquisitions scolaires (on en restera là sur le sujet car il ne s’agit pas tout à fait de refaire ici le débat sur l’évaluation chiffrée de 0 à 20) mais sert aussi plus ou moins consciemment et plus ou moins ouvertement à gérer les élèves, individuellement ou collectivement. En fin d’année, la notation des épreuves terminales se fait sous la pression politique et sociale d’un diplôme qui doit être largement acquis tout en n’étant pas tout à fait dévalué, on assiste alors à la pantomime maintenant rituelle des moyennes par correcteur, par centre, des harmonisations, des inspecteurs demandant que les notes soient remontées, des enseignants se plaignant de n’être plus maîtres de l’évaluation et d’un diplôme bradé.

 

Au niveau des enseignants seulement, le parallélisme contrôle continu et socle, l’un sanctionné par une note, l’autre évalué par compétences crée une double charge de travail inutile et contre-productive dans la perspective de l’acquisition du socle par tous dans le cadre d’une scolarité obligatoire. En effet, par habitude, les notes sont privilégiées et l’évaluation par compétence se retrouve traitée à la va-vite quand ce n’est pas à la chaîne par le chef d’établissement pour les valider toutes. La faute aussi à un livret personnel de compétence indigeste (légèrement amélioré fin 2012 mais encore largement améliorable) et à la confusion entre le socle et les outils de validation (LPC notamment mais aussi les systèmes intégrés aux suites logicielles privées).

 

Enfin, la multiplication des additifs au DNB lui fait perdre sa lisibilité et son sens. Il faudrait là aussi consacrer tout un débat à la question des fondamentaux. En effet, on peut sans grande peine légitimer toutes les certifications (au sens large) annexes du DNB : C2I, niveau A2, ASSR, HdA…

 

S’il faut absolument maintenir, pour faire plaisir aux adeptes du bizutage social des jeunes générations, un diplôme en fin de collège, il est impératif de clarifier l’articulation socle/programmes, c’est-à-dire de supprimer le contrôle continu et de permettre aux enseignants de valider les compétences du socle au cours des cycles de façon à n’avoir en fin de cycle 4 qu’à faire le bilan final. Par ailleurs, les différentes certifications doivent pouvoir trouver toute leur place dans les domaines du socle ou dans les programmes de façon à ne pas transformer le DNB en catalogue à la Prévert (avec tout le respect dû au poète). L’épreuve de type histoire des arts, c’est-à-dire transversale par essence, centrée (théoriquement) sur l’analyse et l’expression de l’élève, qui plus est à l’oral, maillon faible de notre système, doit servir de base à la reconstruction du brevet. Enfin, plutôt que sanctionner et figer une situation à un moment donné, le DNB renouvelé devrait être l’occasion certes d’un bilan mais aussi d’un temps de prospective entre les experts que sont les équipes pluriprofessionnelles et l’élève et sa famille.