Désintox de la semaine : TAFTA !

dessin désintox« Homo homini lupus est »

Plaute (et tant d’autres)

 

On ne s’ennuie (presque) jamais en CTSD. En effet, quand l’ordre du jour est trop court (et même quand il est chargé), il y a toujours des syndicats pour occuper l’espace auditif et asséner de longs discours plus ou moins liés aux compétences de l’instance : on part des fermetures de classe pour arriver à l’ouverture des magasins le dimanche ou aux politiques économiques européennes. De Vallaud-Belkacem à Macron, il n’y a qu’un pas que d’aucuns franchissent allègrement. Ainsi le second dicterait quotidiennement à la première les meilleures méthodes pour instiller la concurrence dans les établissements.

 

Ceci dit, on l’entend aussi dans des réunions de niveau ministériel où le syndicat de la peur permanente n’hésite pas à dresser un tableau noir (à défaut d’une couleur plus sombre encore) des salles des profs. Elles seraient peuplées de collègues soit déprimés et abattus par la misère noire (oui, c’est une couleur qui revient souvent) dans laquelle ils ont sombré, soit assoiffés du sang de leurs congénères, prêts à leur sauter dessus à la moindre occasion. Pour reprendre l’expression d’un haut responsable du Ministère, les personnels ne sont quand même pas des « brutes ». Si cela peut rassurer, il n’existe pas encore de tribunal arbitral privé dans les établissements mais des instances de dialogue, dont au moins une est élue au suffrage universel direct.

 

Les différentes réformes de ces dernières années, ou celles à venir, aux différents niveaux de la scolarité auraient pour objectif principal de créer de la concurrence entre les personnels. Pour quel mystérieux objectif ? Nul ne le sait. Ou peut-être dans une optique de sélection darwinienne. Il y aurait donc de nombreux disciples de l’école de Chicago dans nos établissements. La plupart de nos collègues n’aurait donc en tête que la suprématie de leur discipline sur les autres. On ne parle d’ailleurs pas des élèves, de ce qu’ils pourraient apprendre et comprendre. Tout cela est secondaire.

 

Sans tomber dans l’excès inverse car il faut reconnaître une stagnation du pouvoir d’achat pour une bonne partie des collègues (sujet sur lequel la CFDT prend ses responsabilités en signant l’accord sur les carrières et rémunération dans la fonction publique), il faut reconnaître que le nombre de postes n’est pas près de retrouver son niveau d’avant Sarkozy (comme l’on peut dire aussi qu’il n’y en a jamais assez), il faut reconnaître enfin que depuis 3 ans il y a une forte activité réformiste qui pèse forcément sur les personnels : rythmes, programmes, collège…

 

Malgré toutes ces contraintes, le Sgen-CFDT refuse de voir les établissements comme des zones de non humanité dans lesquels les chefs d’établissements sont tous des tyrans, les enseignants tous des Milton Friedman assumés ou in pectore. Ces contraintes n’empêchent pas une part de plus en plus importante de collègues de sortir de leur strict champ disciplinaire pour trouver et donner plus de sens (et de plaisir parfois) à leur enseignement, voire de sortir de leur classe ou de leur établissement.

Désintox de la semaine : demandez le programme !

dessin désintox« Dans toute discussion, le plus délicat est toujours de faire la différence entre une querelle de mots et une querelle de fond. »

Bertrand Russel

 

C’était l’événement de la rentrée (le vrai, pas celui du 17 septembre). Les nouveaux nouveaux programmes sont sortis après le ratage du printemps dernier lorsqu’ils avaient tous dû être retournés à l’expéditeur parce que certaines parties étaient en gras. Du coup, le CSP a dû bûcher pendant l’été, à moins qu’il ait tout expédié à la rentrée. Nous revoilà donc avec des programmes tous nouveaux tous neufs. Lors de leur sortie ratée, c’était, pour ne pas changer, les programmes d’histoire qui étaient sous les feux de la rampe.

 

Cette fois, telle un José Mourinho en conférence de presse d’avant-match, la Ministre a lâché une punchline pour détourner l’attention des médias : la dictée quotidienne. Peu importe qu’il n’y ait pas cet outil inscrit dans le programme de français, les médias et les intellectuels qu’affectionnent tant la Ministre ont mordu à l’hameçon. Si c’est avant tout un coup politique, on peut saluer la stratégie qui a permis de laisser un peu de répit à toutes celles et tous ceux qui souhaitaient approfondir leur lecture. Saluons aussi les spécialistes de la lecture rapide qui ont été capables de lire les plus de 300 pages de programmes, de les comparer avec leur première mouture et avec les actuels, pour les analyser et les cataloguer.

 

Il reste maintenant deux étapes avant leur publication officielle. D’abord une étude en commissions spécialisées école et collège la semaine prochaine puis le passage au Conseil supérieur de l’éducation la semaine suivante. Gageons que l’on aura l’occasion d’entendre encore et encore les mêmes antiennes : il manque ceci ou cela en histoire, il faudrait ceci à la place de cela en histoire, il n’y a pas assez d’histoire de France en histoire, il faut plus de chronologie en histoire, il n’y a pas assez de valeurs en histoire… Évidemment les autres disciplines auront droit à quelques miettes des commentateurs : le programme de français est au rabais, le DNB (et le bac tant qu’on y est) n’a plus de valeur parce que le programme de français autorise toutes les fautes et erreurs, la dictée ne devrait pas être quotidienne mais matin et après-midi. Quelque sénateur assoupi se réveillera pour marmonner que le lever des couleurs devrait figurer dans le préambule des programmes.

 

Le Sgen-CFDT sera exigeant vis-à-vis du Ministère non pas tant sur le contenu des programmes dont on peut débattre des détails sans jamais pouvoir se mettre d’accord mais d’une part sur l’articulation entre le socle et les programmes et d’autre part sur l’articulation, au cycle 4, entre les programmes et les nouvelles formes pédagogiques du collège que sont les parcours et les EPI. La deuxième exigence concernera la mise en œuvre : une exigence plusieurs fois affirmée sur le temps à donner aux équipes dans les écoles et établissements pour l’appropriation des programmes et une exigence de cohérence avec des programmes transitoires qui devront être publiés rapidement, notamment dans les disciplines dont les horaires au collège vont évoluer.

Désintox de la semaine : toujours plus fort !

dessin désintox

« Évitons d’imaginer le mal quand nous savons qu’il y a de tant de raisons de le rencontrer vraiment. »

Oliver Goldsmith

 

Jeudi 17 septembre la Sainte Ligue appelle de nouveau à prendre les armes. Avec toujours en tête l’idée de faire tomber la réforme du collège avant même qu’elle soit appliquée puisqu’il est entendu qu’elle est catastrophique. D’ailleurs, on ferme déjà des postes par sa faute et si le niveau baisse cette année encore, c’est aussi elle la coupable. Le vrai problème, c’est que ce n’est pas une vraie réforme résultant de vraies discussions. Mais entre le syndicat néo-révolututionnaire tenant d’une École forte et le syndicat de moins en moins majoritaire tenant d’une École pareille qu’aujourd’hui, l’attelage n’est pas très cohérent.

 

Deux points réunissent toutefois l’intersyndicale.

En premier lieu, la défense de la sacro-sainte liberté pédagogique. Pour exercer celle-ci, il faudrait notamment que les programmes ne laissent pas de choix de thèmes aux enseignants (notamment en histoire, seule matière digne de l’intérêt des médias et des « intellectuels »), il faudrait qu’il n’y ait surtout pas de possibilité de travail en équipe car c’est bien connu que la coopération et la collaboration sont des valeurs néfastes à l’épanouissement professionnel des personnels, il faudrait que les horaires soient uniformes et nationaux à la minute près. Il est vrai qu’il existe des théories selon lesquelles plus on a de contraintes, plus on est créatifs. Il est vrai aussi que pour des syndicats pratiquant allègrement la haine du chef, même si l’un des deux est très fortement implanté chez les personnels de direction, il est tout à fait logique de réclamer le verrouillage du système (programmes, horaires, diplômes) qui s’accompagne forcément d’un contrôle pointilleux dudit verrouillage.

 

Deuxièmement, l’appel à ne rien faire, à refuser tout échange sur la mise en œuvre de la réforme dans l’attente d’une hypothétique abrogation des textes publiés avant l’été. Passons sur le fait que c’est faire fi des pratiques et projets de centaines d’établissements et de milliers de collègues, dont d’ailleurs certains éléments de la réforme s’inspirent. Ce qui est pour le moins curieux pour des organisations qui seraient les porte-parole de la majorité de la profession. Mais le vrai objectif est bien de créer les conditions de l’avènement de la catastrophe annoncée. En incitant les collègues à ne pas s’emparer de la réforme, en attaquant systématiquement les éléments de sa mise en place (décret, arrêté, circulaire, formation), en laissant croire que l’abrogation est possible, les contempteurs acharnés de la réforme mettent tout en œuvre pour réaliser leur auto-prédiction.

 

A cela s’ajoute encore une forme d’amnésie puisque la ritournelle « grève, manifestation nationale, coup de semonce » déjà abondamment utilisée en vain au printemps dernier est remise au goût du jour en cette rentrée.

 

Cette réforme n’est pas celle du Sgen. Elle doit être celle des personnels parce qu’elle redonne justement des marges en temps comme sur le contenu à travers le socle ou, on l’espère, avec les nouveaux programmes pour que les acteurs de terrain développent les pratiques et les projets les plus adaptés aux élèves. C’est pourquoi le Sgen-CFDT est intransigeant sur le bon déroulement du plan de formation. Il ne doit pas y avoir de collègues formés dans chaque établissement pour former leurs collègues (les IA-IPR devraient être là pour ça) mais bien du temps de concertation dégagé pour l’ensemble des personnels d’un établissement. Et ce dès maintenant afin de permettre d’aborder dans les meilleures conditions la discussion de la répartition de la DHG en janvier prochain.

Désintox de la semaine : dialogue social ?

dessin désintox« Nous sommes lucides. Nous avons remplacé le dialogue par le communiqué. »

Albert Camus

 

Après presque deux mois de vacances (moins le 31 août volé par l’employeur selon le syndicat néo-révolutionnaire), les syndicats ont besoin de se rappeler au bon souvenir des personnels. Qui en menant des combats d’hier, qui en cherchant à améliorer le quotidien. Qui en utilisant de vieilles recettes, qui en appliquant les textes sur le dialogue social.

 

D’un côté, le syndicat de moins en moins majoritaire a sorti son calendrier de protestation de rentrée. Et là, force est au rédacteur de ce billet de s’incliner devant le génie des dirigeants dudit syndicat car ils ont dégainé plus vite encore que nous le pensions. Alors que les mouvements du printemps dernier n’ont pas rencontré l’écho attendu, le syndicat de moins en moins majoritaire tente un bluff et paye pour voir avec un coup en deux temps : une grève et une manifestation. Mais pas en même temps ! La première en septembre, la suivante en octobre. Pour compter deux fois les participants et gonfler les chiffres ?

 

Parallèlement les mêmes se targuent d’œuvrer au maintien des « équilibres de la Refondation » alors qu’ils en ont quasiment systématiquement contesté aussi bien les fondations que la charpente, les murs ou le second œuvre. Plus précisément ils ont fait bouger les textes du Ministère pour finalement ne jamais les valider. Ce faisant ils ont été les premiers artisans des déséquilibres qu’ils critiquent aujourd’hui et des textes qu’ils défendront dans quelques années. Dans un cas comme dans l’autre, la protestation réitérée, obsessionnelle presque et la répétition de grèves et manifestations que le syndicat de la peur permanente espère transformer en apéritif du grand soir n’apporte rien aux collègues ni aux élèves.

 

La réforme du collège doit se faire. Mais elle doit se faire par les personnels, avec leurs compétences et leur expertise. C’est pourquoi le Sgen-CFDT insiste auprès du Ministère comme des rectorats pour que le droit à la formation s’exerce là où il est nécessaire : au sein des établissements par les équipes elles-mêmes. Le Sgen-CFDT va lancer des actions de formation pour ses adhérents et sympathisants, sur crédit de temps syndical, afin de les aider à maîtriser la réforme du collège et ses enjeux, mais surtout afin de leur donner les moyens de revendiquer, dans leurs établissements, une vraie politique de préparation de la rentrée 2016.

 

Enfin, le Sgen-CFDT utilise au mieux les dispositifs légaux en vigueur pour faire évoluer les conditions de travail et de rémunération des personnels. C’est ainsi que pour l’égalité de traitement entre PE et personnels du Second degré, le Sgen-CFDT a lancé une alerte sociale pour que l’ISAE soit portée au taux de l’ISOE. L’alerte sociale permet d’obliger le Ministère à négocier sans recourir à une grève pénalisante pour les salaires des personnels.

Désintox de la semaine : le jour d’après

dessin désintox« Déjà essayé. Déjà échoué. Peu importe. Essaie encore. Échoue encore. Échoue mieux. »

Samuel Beckett

 

Ce matin les élèves de France ont eu une bien mauvaise surprise en arrivant dans leurs écoles et établissements : écoles, collèges et lycées étaient toujours là, fidèles au poste. Pire encore, il y avait dedans des enseignants. C’était la même surprise pour les enseignants hier quand ils ont trouvé chefs et personnels administratifs à leur poste. Et la même surprise encore quand chefs et personnels administratifs ont trouvé les écoles et établissements à leur place habituelle.

 

Et pourtant, ils n’étaient pas rares ceux qui avaient annoncé la fin de l’école, on aurait presque envie de paraphraser un certain écrivain en parlant de suicide de l’école. Le syndicat néo-révolutionnaire avait même eu l’idée d’appeler à la grève en ce 31 août histoire de bien terminer l’année scolaire, mais pas le 1er septembre pour commencer la nouvelle, allez comprendre. D’ailleurs, les collègues ont clairement manifesté leur incompréhension sur le sujet en étant massivement présents dans leurs écoles et établissements dès le matin du 31 août.

 

Contrairement à ce qu’on a pu entendre depuis plus d’un an, la réforme des statuts des personnels enseignants du Second degré n’a pas provoqué le licenciement massif de personnels titulaires et leur remplacement par des immigrés sans papiers (pourtant nombreux à nos frontières) payés au lance-pierres et caporalisés par des chefs tyranniques. Ces mêmes chefs tyranniques qui ne pourront plus, grâce au Sgen, bidouiller les heures du chaire. En effet, à partir de maintenant, c’est le même tarif pour tout le monde : 0,1 de pondération par heure dans le cycle terminale quels que soit la modalité pédagogique ou l’effectif du groupe. Et ce dès la première heure dans la limite d’une heure. La situation des enseignants en service partagé est aussi clarifiée et simplifiée grâce au Sgen-CFDT comme celle des CPE dans la toute nouvelle circulaire les concernant (comme quoi l’été n’est pas porteur que de mauvaises nouvelles), notamment sur le temps de service.

 

La presse avait préparé les caméras, mobilisé toutes ses équipes pour filmer les scènes de révolte dans les collèges, les images de ruines fumantes de collèges pulvérisés par la démoniaque ministre. Ils en furent pour leur frais car il n’en était rien. D’abord parce que le changement ce n’est pas maintenant mais l’année prochaine ensuite parce que les collègues sont aussi conscients des problématiques quotidiennes de leurs élèves qu’ils sont inquiets des changements qui les attendent. C’est pour cela que le Sgen n’aura de cesse de réclamer du temps pour permettre aux collègues de se préparer au futur fonctionnement du collège.

 

Comme rentrée des classes rime aussi avec rentrée des politiques et des syndicats, la hype du moment c’est de promettre plus, toujours plus sur la fiche de paie des professeurs des écoles (sauf pour le syndicat de moins en moins majoritaire du Second degré selon lequel ce n’est pas un vrai sujet). Curieusement, les mêmes qui réclament ou promettent (selon leur posture « professionnelle ») sont ceux-là mêmes qui soit ont contribué à la dégringolade des salaires et à l’affaiblissement des services publics, soit ceux qui n’ont même pas œuvré à la mise en place de l’ISAE préférant se gargariser d’augmentation substantielle mais fictive que de s’engager pour une revalorisation modeste mais surtout réelle et ayant vocation à augmenter.