Désintox de la semaine : la démocratie est morte, vive la démocratie !

dessin désintox“Les hommes prudents savent toujours se faire un mérite des actes auxquels la nécessité les a contraints.”

Nicolas Machiavel

Le syndicat néo-révolutionnaire force de propositions publie un mode d’emploi pour abroger la réforme du collège. Passons sur une curieuse conception de la démocratie et de certains principes de la fonction publique qui consisterait à n’appliquer que les textes qui siéent à cette organisation. Même si l’article 35 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1793 appelle à « l’insurrection » lorsque le « gouvernement viole le droit des peuples », il faut peut-être réfléchir à deux fois avant d’invoquer « le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs ».

Ce qui est plus intéressant c’est que ce mode d’emploi atteste de la reconnaissance tardive de plusieurs revendications historiques du Sgen-CFDT qui ont enfin trouvé une réponse réglementaire dans les textes officiels de la réforme. Ainsi ce mode d’emploi appelle à se saisir des instances de l’établissement, notamment du conseil pédagogique. Ce faisant, le même document exalte en filigrane les vertus de la discussion et des choix collectifs alors que le syndicat qui le publie rappelle régulièrement, avec d’autres, que les salles des profs seraient peuplées de loups prêts à se déchirer entre eux.

Contrairement à ce qui est répandu dans les communications des opposants à la réforme du collège, le mode d’emploi précise expressément que l’AP et les EPI ne consomment pas d’horaires disciplinaires parce qu’ils sont une modalité d’acquisition des compétences et connaissances du socle et des des programmes.

Autre point cocasse : alors que les syndicats de prof (par opposition à ceux qui seraient les syndicats des élèves ou même les fédérations de parents qui se mêlent de pédagogie) vont jusqu’à dénier aux parents le droit d’exprimer un avis sur l’organisation des établissements, si ce n’est pour parler de la qualité et de la quantité des frites à la cantine, voilà que le mode d’emploi rappelle leur existence et leur droit de vote au Conseil d’administration. Épiphanie : les parents ont leur place à l’École !

Enfin, le mode d’emploi comporte en introduction un numéro de haute voltige : pour abroger la réforme, mettons-la en œuvre dans les établissements ! Est-ce une manière de dire qu’ils l’approuvent ?! Non, quand même pas puisqu’il s’agit de la mettre en œuvre « au rabais » pour maintenir tout ce qui se fait actuellement. Autrement dit, il s’agit aussi de reconnaître que le travail collectif, le travail interdisciplinaire, la pédagogique de projet sont une réalité quotidienne des établissements et qu’il est bienvenu que l’institution les reconnaisse enfin. Fidèle à ses valeurs toutefois, le syndicat néo-révolutionnaire entend concentrer son action sur les dispositifs bénéficiant à une partie seulement des élèves quand la réforme veut tenter de redonner sa place à chacun de nos élèves.

Toutefois, il reste quelques scories dans le document puisque les marges sont par exemple utilisées pour augmenter l’horaire de LV2 alors que ce n’est pas leur finalité puisque l’arrêté qui fixe les horaires indique bien un maximum hebdomadaire et qu’il n’existe pas d’heures supplémentaires élèves. Ou encore l’indication selon laquelle les dispositifs spécifiques disposent tous de dotations spécifiques. Enfin, proposer d’inscrire dans la case EPI du bulletin « voir le cahier de texte électronique » serait presque drôle si c’était également appliqué à l’ensemble des disciplines.

Pas de désintox cette semaine : Les mots et le courage

marianne_1311_2015-11-14_13-36-24_293En ce mois de novembre comme en janvier dernier, pour ceux qui accueillent les élèves et les étudiants après un week-end marqué par l’effroi et la tristesse, il n’est pas simple de trouver les mots qui apaisent, qui rassurent, qui réconfortent – et qui aident à prendre la distance indispensable.

Pas simple, mais tellement nécessaire. Car le plus urgent après les attentats, est justement de parler de ce qui s’est passé, mieux, de se parler, pour remettre du sens là où il y a encore la stupeur, pour témoigner de l’affection qui nous lie les uns aux autres, pour se dire tous ensemble que la vie continue, malgré la haine qui a déchiré Paris et Saint-Denis vendredi soir.

Des mots difficiles à trouver, parce qu’il ne s’agit pas d’oublier ces évènements tragiques – comment le pourrait-on ? – mais de les dépasser, de les surmonter. La menace terroriste ne s’évanouira pas de sitôt, il faut maintenant apprendre à vivre avec elle, sans doute durablement. Et pour ne céder ni à la peur ni à la colère, il faut sans cesse revenir à l’essentiel, cultiver ce qui fait de nous une communauté nationale paisible et tolérante.

C’est dans ces circonstances douloureuses que nous sommes confrontés à notre responsabilité dans la construction du lien social nécessaire à une société résiliente. Les personnels de police et les personnels hospitaliers se sont dévoués corps et âmes dans l’urgence et dans la violence. C’est maintenant notre tour à nous tous, personnels des services publics d’éducation et d’enseignement supérieur, mais également en tant que parents, amis, voisins, simple concitoyens, de manifester notre attachement mutuel qui nous donne le courage de rester debout face à l’adversité.

Frédéric Sève

Secrétaire général du Sgen-CFDT

Désintox de la semaine : Hermès

dessin désintox« Conseils : ne respirez pas sans avoir au préalable fait bouillir votre air. »

Erik Satie

Un des grands dangers induit par la réforme du collège serait qu’elle mettrait en difficulté la scolarité d’un élève qui déménagerait. Qu’on se rassure, le Ministère de l’Éducation nationale et celui des Transports préparent un décret pour interdire les déménagements des familles ayant des élèves scolarisés à l’école et au collège, sauf lors du passage d’un cycle à un autre. Plus sérieusement, jusqu’à présent l’emploi du temps unique national harmonisé planétairement pour prendre en compte les territoires d’outre-mer et la progression une et indivisible (une sorte de Gosplan pédagogique) permettaient à un élève changeant d’école ou de collège en cours d’année, voire en cours de semaine ou en cours de journée, de reprendre en plein milieu de séquence ou de séance sans la moindre gêne. Sérieusement, désormais les grèves, arrêts maladie et congés divers des enseignants et maladies et absences diverses des élèves seront interdits également pour ne pas entraver la progression commune de tous. Il est vrai que les programmes rédigés en cycle et l’obligation pour un élève de suivre deux EPI au moins par an et 6 au moins sur le cycle 4 induiront des décalages. Décalages ou difficultés d’adaptation qui ne sont pas nouveaux mais qui jusqu’alors ne semblaient pas causer les obstacles insurmontables et les tortures existentielles qu’on nous rapporte aujourd’hui. Décalages et difficultés qui étaient, sont et seront réduits par le travail d’équipe et la concertation. Cette concertation au sein de l’équipe pédagogique pour mettre collectivement en œuvre les remédiations nécessaires mais aussi d’une certaine manière avec l’établissement précédent à travers les futurs livrets scolaire numériques qui permettront de garder la trace des évaluations des enseignements disciplinaires (donc incluant les projets réalisés dans le cadre des EPI) mais aussi des parcours avenir, citoyen et artistique.

Si l’on passe sur le fait que l’argument du déménagement est capillotracté à faire pâlir d’envie les coiffeurs du boulevard Saint Denis, l’on sait parfaitement que les enseignants adoptent et adaptent méthodes et pratiques pour faire face à l’hétérogénéité. Demander l’abrogation de la réforme du collège en invoquant le motif du déménagement reviendrait à dire que les enseignants n’ont pas la professionnalité requise pour affronter ce type de difficultés. La question de la mobilité des élèves dans le cadre plus autonome et « cyclique » du futur nouveau collège est celle des moyens que l’institution met à disposition des personnels pour prendre en charge les parcours non linéaires et les situations difficiles. Il ne s’agit donc pas de créer une structure spécifique « élèves déménagés » mais bien de traiter l’hétérogénéité dans le cadre de la classe. Cela étant dit, ce n’est pas sitôt fait parce que plusieurs facteurs tendent à empêcher cette prise en charge : de la formation aux moyens en passant par les structures et l’organisation.

Désintox hors-série : SOS EPS !

dessin désintoxEn lisant certaines réactions sur l’EPS et le DNB, nous apprenons avec stupéfaction que l’on a supprimé l’évaluation de l’EPS au DNB !

 

Nous nous inquiétons… aurait-on encore changé le projet de socle et d’évaluation au DNB ?

 

Nous revenons donc aux textes… Nous avons beau le relire, nous ne parvenons pas à nous retrouver dans la lecture qui serait celle de plus de 80% de nos collègues…

Les textes sur le DNB précisent que « Le diplôme national du brevet est décerné aux candidats […] ayant obtenu un nombre total de points au moins égal à 350 sur 700. Ce total correspond aux points attribués selon le niveau de maîtrise de chacun des domaines et de chacune des composantes du premier domaine du socle commun de connaissances, de compétences et de culture ajoutés à ceux obtenus par les notes des épreuves d’examen ».

 

En gros, un contrôle continu qui gagne en cohérence en étant directement lié aux compétences du socle, et des épreuves en fin d’année… où ne figure pas explicitement l’EPS, pas plus qu’elle n’y a jamais figuré…

Par contre…

Là où, précédemment, seules les notes de trois APSA étaient prises en compte dans la moyenne du contrôle continu 3ème, dans ce nouveau texte, l’EPS sera prise en compte dans 5 des 8 domaines de maîtrise du socle commun, avec une des composante du premier domaine « comprendre, s’exprimer en utilisant les langages des arts et du corps« , principalement centrée sur l’EPS, ce qui est une réelle avancée au regard de l’ancien socle.

Une moyenne de trois APSA, diluée dans une moyenne globale… est-elle plus explicite et plus « rassurante » pour la profession que la contribution à l’acquisition de 5 domaines de compétences (même s’ils sont sont transformés eux aussi en points) ?

Là où, précédemment, l’EPS n’apparaissait pas du tout dans les épreuves terminales, dans ce nouveau texte, l’EPS pourra être représentée dans un oral, portant par exemple sur un EPI. Un élève ayant par exemple vécu, sur ces heures d’EPS, un EPI autour des activités circassiennes, pourra en rendre compte, de façon enrichie par l’approche interdisciplinaire, dans cette épreuve. Aux collègues d’en définir les modalités, voire d’y envisager la place du corps éventuellement.

 

Nous continuons notre lecture de l’explication de cette éradication de notre discipline, pour chercher à comprendre ce que nous avons manqué…

Il est mentionné qu’une « Une discipline non évaluée dans les diplômes, est une discipline qui ne compte pas »… Si le contrôle continu n’est pas une forme d’évaluation reconnue comme diplômante, alors, certes, l’EPS ne compte pas… mais elle ne comptait pas plus hier… Et il n’y a donc pas « suppression »…

Il nous est en outre difficile de poser l’existence d’une épreuve évaluée explicitement pour le diplôme comme seule condition de la pratique physique des élèves, et du rôle de l’école dans la découverte des APSA… Avons-nous besoin d’une épreuve finale pour impliquer nos élèves dans la pratique, pour proposer des programmations riches et diversifiées, pour élaborer des contenus d’enseignement ambitieux et adaptés à tous… pour les évaluer de façon la plus explicite possible ?
Certes le milieu sportif est tenu par ce paradigme du bâton et de la carotte… et a imprégné une bonne partie de la société, ou l’inverse… mais l’EPS, qui vise la formation d’un citoyen autonome et responsable, doit elle suivre ce chemin… ?!

Cécile Rossard