Désintox de la semaine : mode d’emploi

dessin désintox« L’examinateur : Oui, j’entends bien, monsieur, mais c’est une supposition, vous êtes sur une route départementale…

Le candidat : Non, je suis pas sur une route départementale, je viens de vous dire que j’y mettais jamais les pieds sur les routes départementales ? J’aime pas ça, les routes départementales. Je hais les routes départementales. Les routes départementales, rien que de m’en causer, ça me donne envie d’envoyer des mandales dans la tronche à tout ce qui remue. »

Jean Yanne, Le permis de conduire

Pour manifester sa considération pour les personnels et sa confiance dans leur liberté pédagogique, le syndicat de moins en moins majoritaire a produit dans différentes académies des listes de questions pièges à poser aux formateurs pendant les journées de formation sur la réforme du collège. À la limite, c’est toujours plus intelligent que de nous inciter à ne rien faire, à l’image de cet élève borné ou boudeur à qui l’on a confisqué son portable ou rendu une mauvaise note qui décide de croiser les bras le reste de l’année malgré ses indéniables capacités. Il n’y a rien de plus énervant (enfin si, plein d’autres choses mais c’était juste pour la formule…).

 

Parmi ces questions, outre celles du déménagement déjà traitée par ailleurs et sur laquelle l’administration a bien peu de prise à moins d’appeler de ses vœux le retour du livret ouvrier et l’obligation de demander à l’employeur la permission de déménager, est proposée celle de la disponibilité des manuels à trois niveaux. D’abord en termes de contenu mis à jour par rapport aux nouveaux programmes, ensuite en termes de délai de mise à disponibilité des personnels, enfin en termes de coût d’achat pour les établissements.

Poser la question du coût d’achat et des budgets alloués à des formateurs qu’ils soient IA-IPR ou pairs est du même acabit qu’interpeller un DASEN sur le traité TAFTA ou le CSP sur la sécurité des données personnelles dans le cadre des parcours. Cela ne sert à rien, ce n’est pas leur compétence mais cela donne l’impression d’être utile. Encore qu’être utile en posant des questions dont on sait d’avance qu’elles seront sans réponse est tout relatif. Et il nous est permis de douter que les organisations syndicales soient à ce point peu au fait des compétences de leurs différents interlocuteurs.

 

Le mécanisme est à peu près le même en ce qui concerne les délais d’écriture puis de publication des nouveaux manuels. Même si de nombreux IA-IPR et collègues, peut-être même syndiqués dans des organisations qui rejettent la réforme du collège, les nouveaux programmes et le socle, sont auteur de manuels, il ne s’agit pas de faire de l’ingérence du public dans l’initiative privée. D’autant que le contraire est vivement et légitimement combattu.

 

Enfin, le manuel n’est qu’un emballage, parfois bien fait, parfois moins, de l’austère mise en page des programmes dans le Journal officiel. Certes le choix des manuels est peut-être la seule compétence reconnue et effective des conseils d’enseignement, mais aussi l’expression d’un choix collectif (comme quoi c’est possible et on n’a jamais entendu que des collègues auraient fini à l’hôpital suite à une divergence d’opinions sur les manuels de leur discipline). Il n’est aussi pas très flatteur de la part des seuls vrais syndicats défenseurs de la profession de laisser accroire que nous serions rendus muets en l’absence de l’auxiliaire qu’est le manuel. Enfin, c’est aussi fermer les yeux sur le fait que les manuels ne sont qu’un outil parmi d’autres pour la mise en œuvre des choix pédagogiques des enseignants, seuls ou en équipes : ressources en ligne, échanges entre pairs, autres manuels…

Désintox de la semaine : nuit du 4 août

dessin désintox« L’éducation nationale a décidément bien du mal avec les « hauts potentiels » qu’elle ne sait ni reconnaître, ni soutenir et qu’elle ne saura bientôt plus retenir. »

Blanche Lochmann

 

Le 31 août 2015 fut le dernier jour d’existence des décrets de 1950 régissant le statut des enseignants du second degré. Cette abrogation fut longue et difficile. Malheureusement pour certains, ce n’était pas la bonne… En ce moment dans un esprit pour l’instant beaucoup plus serein (la presse et les grands esprits et voix qui pensent pour notre Ecole ne seraient donc pas intéressés par le sujet?), des discussions sont en cours sur les missions et les obligations de service des professeurs des écoles. En même temps, hasard de calendrier ? et malgré le réchauffement climatique, un rapport de l’inspection générale rhabille pour l’hiver les circonscriptions du premier degré.

Même si le Sgen-CFDT appelle de ses vœux depuis fort longtemps un corps unique de la maternelle à l’université, force est de constater que le premier et le second degré, à défaut d’être des ordres d’enseignement différents, sont bien deux mondes à part. D’abord pas de chefs d’établissement mais des IEN omniprésents. Ensuite, pas de monovalence garante de la qualité des enseignements mais des enseignants polyvalents que le Ministère confond parfois avec des poly-experts. Ou encore des équipes forcément soudées parce que sans appui de professionnels autres qu’eux-mêmes : pas de CPE, pas de chef adjoint, pas d’assistants d’éducation, tout juste quelques RASED survivants et des AESH qui sortent peu à peu de la précarité.

Mais le premier degré, c’est aussi une société à part. D’une certaine façon, les sénéchaussées ou bailliages du Moyen-Âge y sont toujours en place. Les militants syndicaux de terrain que nous sommes entendent trop souvent la souffrance des professeurs des écoles subissant un fonctionnement féodal où le reporting a remplacé la taille, l’empilement des injonctions la corvée et l’infantilisation le gibet. Que les IEN qui exercent leur missions avec humanité et bienveillance, comme la plupart des enseignants avec leurs élèves, ne se sentent pas visés, c’est tout simplement que, mécanisme humain compréhensible, les mauvaises expériences résonnent davantage que les bonnes.

Pour le Sgen-CFDT, la priorité au primaire passe aussi par des évolutions réglementaires concernant les personnels et la structure. Ainsi même si les statuts du second degré sont encore imparfaits, il est nécessaire d’en rapprocher ceux du premier degré. Comme il est indispensable de porter l’ISAE au taux de l’ISOE. Comme il est urgent d’alléger la charge administrative parfois improductive qui pèse sur les professeurs des écoles, et encore plus sur les directeurs et directrices. Comme il est impérieux de faire et redonner confiance et autonomie aux équipes dans un cadre juridique qui légitime, reconnaisse et valorise leur action quotidienne.

La réforme du collège supprime des milliers de postes ? 

Faux !

Le Projet de loi de finances 2016 prévoit 3499 postes supplémentaires pour le Second degré, dont une part importante pour  le collège (4000 postes en 2 ans). Le calcul en octobre de DGH fictives sur la base unique des horaires règlementaires et leur comparaison avec les DGH de l’année précédente est fallacieux. Le calcul des moyens accordé aux académies n’est pas encore validé par le Comité technique ministériel de décembre …

La réforme du collège détruit les disciplines ?

Faux !

– 80 % du temps des élèves reste affecté à des cours  » disciplinaires  » stricto sensu ;

– EPI et AP sont une autre approche des apprentissages disciplinaires : approche centrée sur les compétences transversales et les ponts entre les disciplines dans un cas, centrée sur l’accompagnement des élèves dans leurs apprentissages disciplinaires et leur parcours scolaires ;

… Prof de français, si je travaille sur l’écriture d’une nouvelle « médiévale » avec mon collègue d’HG… nous  faisons  bien du français et de l’HG , non ?

 

Désintox de la semaine : Déclaration des droits des disciplines

dessin désintox« En parlant d’enseigner la géographie ou l’histoire, je n’ai point entendu qu’un maître fût chargé de lire ou la description d’un pays, ou l’abrégé plus ou moins détaillé des faits qui forment l’histoire d’un peuple. Ces connaissances s’acquièrent plus facilement sans maître et par la lecture. »

Condorcet

Les Représentants des Disciplines d’enseignement, constituées en Collectif National, considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des fondamentaux sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des Âmes, ont résolu d’exposer, dans une Déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés des Disciplines, afin que cette Déclaration, constamment présente à tous les Membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs ; afin que les actes du pouvoir législatif, et ceux du pouvoir exécutif, pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés ; afin que les réclamations des citoyens, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien des Horaires disciplinaires et au bonheur de tous.

En conséquence, le Collectif National reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l’Excellence suprême, les droits suivants des Disciplines.

Art. 1er. Les disciplines naissent et demeurent libres et égales en droits. Les distinctions entre elles ne peuvent pas être fondées sur l’utilité commune.

Art. 2. Le but de toute association disciplinaire est la conservation des droits naturels et imprescriptibles des Disciplines. Ces droits sont la liberté pédagogique, la propriété intellectuelle, la sûreté, et la résistance à l’oppression.

Art. 3. Le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la Classe. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément.

Art. 4. La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque discipline n’a de bornes que celles qui assurent aux autres la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par le Programme national un et indivisible.

Art. 5.  La Loi n’a le droit de défendre que les actions nuisibles à la Liberté pédagogique. Tout ce qui n’est pas défendu par la Loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu’elle n’ordonne pas.

Art. 6. La Loi est l’expression de la volonté générale. Toutes les Disciplines ont droit de concourir personnellement, ou par leurs Représentants, à sa formation. Elle doit être la même pour toutes mais surtout pour la mienne, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse. Toutes les Disciplines étant théoriquement égales à ses yeux sont également admissibles à toutes dignités, examens et diplomes publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents.

Art. 7. Nulle discipline ne peut être stigmatisée, supprimée ni diminuée que dans les cas déterminés par la Loi, et selon les formes qu’elle a prescrites.

Art. 8. Nulle discipline ne doit être inquiétée pour ses opinions pourvu que leur grande manifestation nationale ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi.

Art. 9. La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi.

Art. 10. La garantie des droits des Disciplines nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée.

 Art. 11. Pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses de fonctionnement et de dotation, une contribution commune est indispensable : elle doit être également répartie entre toutes les disciplines, en raison de leurs facultés.