Désintox de la semaine : bonnes résolutions

dessin désintox« N’importe quoi sauf la vérité. Il n’y a que ça qui ne se vend pas. »

Boris Vian

 

Avec le bilan de la réforme des lycées, le Ministère de l’Éducation nationale inaugure un type de dialogue social tout à fait particulier : les réunions sans objectifs puisqu’il est déjà annoncé qu’aucune évolution ne sera apportée aux différents aspects de la réforme du lycée général, de la voie technologique et de la voie professionnelle si ces évolutions ne font pas l’objet d’un consensus. Par ailleurs, le calendrier politique n’autoriserait que des évolutions sur des points urgents et critiques. Comme pour certaines organisations syndicales ce sont les réformes mêmes qui sont critiques et que pour d’autres des évolutions sont souhaitables dans le cadre existant, il y a donc très peu d’opportunité de trouver un consensus sur quelque point que ce soit. Faut-il en conclure que tout va très bien Madame la Marquise et qu’il ne faut rien changer ou alors que tout va très mal mais qu’il faut quand même ne rien changer.

 

Car ce sont aussi des conceptions du dialogue social qui sont en jeu. Les syndicats contre ne changent pas de position et continuent de demander l’abrogation des réformes. Le syndicat de moins en moins majoritaire va jusqu’à parler « d’échec syndical » (le sien?) puisque l’administration lui demande encore son avis, et pire des propositions, sur les principaux éléments des réformes. On peut au moins reconnaître dans cet aveu d’échec une certaine lucidité qui interroge les choix et les pratiques syndicales. Au demeurant, les pratiques syndicales comme les pratiques managériales et les choix politiques de l’administration sont interpellés par le peu d’attrait du syndicalisme dans l’Éducation nationale et par le détachement, voire le désintérêt plus que l’hostilité, d’une partie de plus en plus importante des collègues vis-à-vis des réformes qui les concernent pourtant.

 

Au cours des réunions, on apprend beaucoup de choses qui ne transparaissent pas dans la presse syndicale. Y aurait-il une honte à coucher sur le papier ce qu’on arrive pourtant à avouer à l’oral? L’on apprend que le syndicat de moins en moins majoritaire trouve les nouveaux programmes de collège « pas révolutionnaires » alors qu’il agite leur mise en place concomitamment à la réforme du collège comme un chiffon rouge. On apprend aussi que plutôt que d’alléger les programmes il faudrait ajouter un quatrième trimestre en classe de Seconde. Et donc supprimer les vacances de Seconde ? Les enseignants de lycée risquent de déserter les classes de Seconde.

 

Bref, ces temps sont le type même de réunions dont on sait qu’il ne sortira rien mais dont on sait aussi qu’il faut y être car une absence pourrait être interprétée comme un désintérêt pour la question.