Désintox de la semaine : contrat tripartite : triangle d’or ou triangle des Bermudes ?

« La nature ne crée que des êtres libres; la société ne fait que des tyrans et des esclaves. Toute société suppose un contrat, tout contrat une obligation respective. »

Pierre Choderlos de Laclos (1741-1803)

La Loi de Refondation de l’école appelait de ses vœux, dans son annexe, la transformation des contrats d’objectifs en contrats tripartites qui lieraient un établissement, l’État et la collectivité locale de rattachement de l’établissement si elle le souhaite. L’objectif affiché est de renforcer la synergie entre les différents acteurs avec toujours le même objectif, celui affiché par la loi : la réussite des élèves.

Puisque nous vivons sous le règne de la loi, celle-ci doit s’appliquer. On peut toujours dénoncer une fois de plus l’assujettissement de l’École au Capital, au Patronat et aux collectivités locales, ce n’est pas ça qui apportera les changements nécessaires au système pour le rendre plus juste et plus efficace. En effet, si les outils et les dispositifs déployés ou en passe de l’être par le Ministère ne sont pas toujours ceux que le Sgen souhaiterait, il convient de s’emparer de chacun d’entre eux pour leur donner l’orientation que l’on souhaite : réussite des élèves, bien-être des personnels.

Le bien-être des personnels passe non seulement par la rémunération, mais aussi par les responsabilités, le pouvoir et l’autonomie qu’on leur donne. Le contrat tripartite ne doit donc pas être préparé, et encore moins signé, sans l’implication des personnels.

Ce contrat doit mettre autour d’une même table, en même temps, les acteurs de la communauté éducative pour discuter des moyens et des objectifs pour favoriser la réussite des élèves. Pour parler pédagogie, pour élaborer des pistes de réussite, le Sgen pense que les enseignants doivent être partie prenante de l’élaboration de ces contrats. Il serait contraire aux intérêts des personnels de ne pas s’en saisir voire de les ignorer par mépris ou par choix politique.

Il est encore heureux que le Rectorat ou l’Inspection académique représentant l’État s’intéresse à ce qu’il se passe dans les établissements, discute avec les établissements de leurs points forts ou faibles pour pallier, le cas échéant, les difficultés.

La collectivité locale qui finance les établissements n’est pas juste un distributeur automatique que l’on apprécie quand elle verse des subventions pour un voyage scolaire ou qu’elle achète un équipement mais que l’on rejette (à travers elle, c’est une véritable défiance, si ce n’est du mépris, à l’endroit des élus locaux qui transparaît) quand elle s’intéresse non seulement à l’usage qui est fait de ses deniers (en réalité, les nôtres, les vôtres) mais aussi, pourquoi pas ?, à une certaine forme de pédagogie (conseils généraux ou régionaux finançant des visites à Auschwitz, des formations sur la mémoire ou sur le numérique…). Par ailleurs, le décret sur les contrats tripartites permet aux collectivités de rattachement, sur la base du volontariat, d’être signataires du contrat établissement/Rectorat ou IA ce qui en fait, en l’état, un partenaire inférieur aux deux premiers signataires.

Le Sgen-CFDT n’a pas peur de l’idée de contrat tripartite parce qu’il n’a pas peur, et qu’il œuvre dans les instances idoines, de faire confiance aux personnels, de leur donner des responsabilités sur leur métier et des outils collectifs pour le faire changer.

2 réflexions au sujet de « Désintox de la semaine : contrat tripartite : triangle d’or ou triangle des Bermudes ? »

  1. Le SGEN n’a pas peur de faire le jeu de l’Etat néolibéral qui se décharge de la (trop coûteuse) responsabilité d’instruire les citoyens en la rejetant sur les acteurs locaux (qui la trouveront de la même manière, trop coûteuse aussi). Ce rejet par toutes les collectivités publiques de la responsabilité d’instruire fait le jeu du secteur privé qui bave depuis plusieurs dizaines d’années à la perspective d’un grand marché de l’instruction, nouvel eldorado pour les profits.
    Le SGEN, en effet, n’a visiblement pas peur d’aider les profiteurs du secteur privé.

    • Malheureusement, l’aide aux des profiteurs du secteur privé est plutôt manifeste quand l’école ne se soucie pas réellement de l’aide aux élèves les plus en difficulté, ou n’arrive pas à s’adapter aux besoins spécifiques , ou ne forme pas à ses propres exigences, ce qui fait le lit des boites privées comme acadomia et consort … Notre conviction est que malheureusement, c’est le refus de l’évolution de l’école républicaine qui prépare la victoire du secteur privé !

      Quand aux collectivités locales, il ne s’agit pas de notre point de vue de transférer les charges , mais de construire des projets cohérents et adaptés aux réalités des établissements inscrits dans leur territoire, qui permettent d’utiliser au mieux les moyens non extensibles de l’état et des collectivités territoriales au service de la réussite des élèves .

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