Top 6 de la semaine : ils ont dit…

Jean-Marie Panazol, directeur de l’ESENESR : « Nous mettons en place également des formations sur […] la conduite du changement » (AEF)
Pour la réforme du collège, c’est presque le bon moment !

Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU : « La FSU continue de dire que le protocole Sauvadet, même en étant prolongé, ne suffira pas, et elle demande à la ministre de la Fonction publique d’ouvrir des discussions afin de permettre la titularisation de toutes et tous » (Source FSU)
Avec ou sans concours ? Pour le Sgen-CFDT, c’est sans.

Sondage Odoxa, 8 février 2016 : « les Français souhaiteraient conserver Bernard Cazeneuve (62 % des sondés voudraient le voir rester au gouvernement), Emmanuel Macron (60 %) et Jean-Yves Le Drian (57 %). En revanche, ils aimeraient voir partir Myriam El Khomri (69 % voudraient son départ), Najat Vallaud-Belkacem donc (63 %), et Marisol Touraine (61 %). » (Baromètre de l’économie Odoxa)
L’école a encore du travail…

Najat Vallaud-Belkacem, Ministre de l’Éducation nationale, sur la « suppression » de l’accent circonflexe : « Internet a révélé ces derniers jours un complot contre l’accent circonflexe. Un complot que je prépare depuis mes 13 ans, patiemment. » (Source Education nationale)
Et elle le reconnaît en plus.

Vincent Berger, ancien conseiller éducation et enseignement supérieur-recherche de François Hollande, directeur de la recherche fondamentale du CEA : « Qui osera revenir en arrière, en enlevant par exemple demain des enseignements au numérique par exemple, pour remettre davantage de latin ? » (AEF)
A part le fait qu’il n’y a pas d’enseignement numérique, donc pas au détriment du latin…

CNAF : « La prévision de dépenses pour l’aide spécifique liée à la réforme des rythmes scolaires est fixée à 154 M€, contre 250 M€ en 2015 (-38,2  %), en raison d’une sous-consommation de ces crédits » (Source CNAF)
Quand on vous dit que les communes n’ont pas les moyens !

Désintox de la semaine : bonnes résolutions

dessin désintox« N’importe quoi sauf la vérité. Il n’y a que ça qui ne se vend pas. »

Boris Vian

 

Avec le bilan de la réforme des lycées, le Ministère de l’Éducation nationale inaugure un type de dialogue social tout à fait particulier : les réunions sans objectifs puisqu’il est déjà annoncé qu’aucune évolution ne sera apportée aux différents aspects de la réforme du lycée général, de la voie technologique et de la voie professionnelle si ces évolutions ne font pas l’objet d’un consensus. Par ailleurs, le calendrier politique n’autoriserait que des évolutions sur des points urgents et critiques. Comme pour certaines organisations syndicales ce sont les réformes mêmes qui sont critiques et que pour d’autres des évolutions sont souhaitables dans le cadre existant, il y a donc très peu d’opportunité de trouver un consensus sur quelque point que ce soit. Faut-il en conclure que tout va très bien Madame la Marquise et qu’il ne faut rien changer ou alors que tout va très mal mais qu’il faut quand même ne rien changer.

 

Car ce sont aussi des conceptions du dialogue social qui sont en jeu. Les syndicats contre ne changent pas de position et continuent de demander l’abrogation des réformes. Le syndicat de moins en moins majoritaire va jusqu’à parler « d’échec syndical » (le sien?) puisque l’administration lui demande encore son avis, et pire des propositions, sur les principaux éléments des réformes. On peut au moins reconnaître dans cet aveu d’échec une certaine lucidité qui interroge les choix et les pratiques syndicales. Au demeurant, les pratiques syndicales comme les pratiques managériales et les choix politiques de l’administration sont interpellés par le peu d’attrait du syndicalisme dans l’Éducation nationale et par le détachement, voire le désintérêt plus que l’hostilité, d’une partie de plus en plus importante des collègues vis-à-vis des réformes qui les concernent pourtant.

 

Au cours des réunions, on apprend beaucoup de choses qui ne transparaissent pas dans la presse syndicale. Y aurait-il une honte à coucher sur le papier ce qu’on arrive pourtant à avouer à l’oral? L’on apprend que le syndicat de moins en moins majoritaire trouve les nouveaux programmes de collège « pas révolutionnaires » alors qu’il agite leur mise en place concomitamment à la réforme du collège comme un chiffon rouge. On apprend aussi que plutôt que d’alléger les programmes il faudrait ajouter un quatrième trimestre en classe de Seconde. Et donc supprimer les vacances de Seconde ? Les enseignants de lycée risquent de déserter les classes de Seconde.

 

Bref, ces temps sont le type même de réunions dont on sait qu’il ne sortira rien mais dont on sait aussi qu’il faut y être car une absence pourrait être interprétée comme un désintérêt pour la question.

Désintox de la semaine : mode d’emploi

dessin désintox« L’examinateur : Oui, j’entends bien, monsieur, mais c’est une supposition, vous êtes sur une route départementale…

Le candidat : Non, je suis pas sur une route départementale, je viens de vous dire que j’y mettais jamais les pieds sur les routes départementales ? J’aime pas ça, les routes départementales. Je hais les routes départementales. Les routes départementales, rien que de m’en causer, ça me donne envie d’envoyer des mandales dans la tronche à tout ce qui remue. »

Jean Yanne, Le permis de conduire

Pour manifester sa considération pour les personnels et sa confiance dans leur liberté pédagogique, le syndicat de moins en moins majoritaire a produit dans différentes académies des listes de questions pièges à poser aux formateurs pendant les journées de formation sur la réforme du collège. À la limite, c’est toujours plus intelligent que de nous inciter à ne rien faire, à l’image de cet élève borné ou boudeur à qui l’on a confisqué son portable ou rendu une mauvaise note qui décide de croiser les bras le reste de l’année malgré ses indéniables capacités. Il n’y a rien de plus énervant (enfin si, plein d’autres choses mais c’était juste pour la formule…).

 

Parmi ces questions, outre celles du déménagement déjà traitée par ailleurs et sur laquelle l’administration a bien peu de prise à moins d’appeler de ses vœux le retour du livret ouvrier et l’obligation de demander à l’employeur la permission de déménager, est proposée celle de la disponibilité des manuels à trois niveaux. D’abord en termes de contenu mis à jour par rapport aux nouveaux programmes, ensuite en termes de délai de mise à disponibilité des personnels, enfin en termes de coût d’achat pour les établissements.

Poser la question du coût d’achat et des budgets alloués à des formateurs qu’ils soient IA-IPR ou pairs est du même acabit qu’interpeller un DASEN sur le traité TAFTA ou le CSP sur la sécurité des données personnelles dans le cadre des parcours. Cela ne sert à rien, ce n’est pas leur compétence mais cela donne l’impression d’être utile. Encore qu’être utile en posant des questions dont on sait d’avance qu’elles seront sans réponse est tout relatif. Et il nous est permis de douter que les organisations syndicales soient à ce point peu au fait des compétences de leurs différents interlocuteurs.

 

Le mécanisme est à peu près le même en ce qui concerne les délais d’écriture puis de publication des nouveaux manuels. Même si de nombreux IA-IPR et collègues, peut-être même syndiqués dans des organisations qui rejettent la réforme du collège, les nouveaux programmes et le socle, sont auteur de manuels, il ne s’agit pas de faire de l’ingérence du public dans l’initiative privée. D’autant que le contraire est vivement et légitimement combattu.

 

Enfin, le manuel n’est qu’un emballage, parfois bien fait, parfois moins, de l’austère mise en page des programmes dans le Journal officiel. Certes le choix des manuels est peut-être la seule compétence reconnue et effective des conseils d’enseignement, mais aussi l’expression d’un choix collectif (comme quoi c’est possible et on n’a jamais entendu que des collègues auraient fini à l’hôpital suite à une divergence d’opinions sur les manuels de leur discipline). Il n’est aussi pas très flatteur de la part des seuls vrais syndicats défenseurs de la profession de laisser accroire que nous serions rendus muets en l’absence de l’auxiliaire qu’est le manuel. Enfin, c’est aussi fermer les yeux sur le fait que les manuels ne sont qu’un outil parmi d’autres pour la mise en œuvre des choix pédagogiques des enseignants, seuls ou en équipes : ressources en ligne, échanges entre pairs, autres manuels…

Désintox de la semaine : nuit du 4 août

dessin désintox« L’éducation nationale a décidément bien du mal avec les « hauts potentiels » qu’elle ne sait ni reconnaître, ni soutenir et qu’elle ne saura bientôt plus retenir. »

Blanche Lochmann

 

Le 31 août 2015 fut le dernier jour d’existence des décrets de 1950 régissant le statut des enseignants du second degré. Cette abrogation fut longue et difficile. Malheureusement pour certains, ce n’était pas la bonne… En ce moment dans un esprit pour l’instant beaucoup plus serein (la presse et les grands esprits et voix qui pensent pour notre Ecole ne seraient donc pas intéressés par le sujet?), des discussions sont en cours sur les missions et les obligations de service des professeurs des écoles. En même temps, hasard de calendrier ? et malgré le réchauffement climatique, un rapport de l’inspection générale rhabille pour l’hiver les circonscriptions du premier degré.

Même si le Sgen-CFDT appelle de ses vœux depuis fort longtemps un corps unique de la maternelle à l’université, force est de constater que le premier et le second degré, à défaut d’être des ordres d’enseignement différents, sont bien deux mondes à part. D’abord pas de chefs d’établissement mais des IEN omniprésents. Ensuite, pas de monovalence garante de la qualité des enseignements mais des enseignants polyvalents que le Ministère confond parfois avec des poly-experts. Ou encore des équipes forcément soudées parce que sans appui de professionnels autres qu’eux-mêmes : pas de CPE, pas de chef adjoint, pas d’assistants d’éducation, tout juste quelques RASED survivants et des AESH qui sortent peu à peu de la précarité.

Mais le premier degré, c’est aussi une société à part. D’une certaine façon, les sénéchaussées ou bailliages du Moyen-Âge y sont toujours en place. Les militants syndicaux de terrain que nous sommes entendent trop souvent la souffrance des professeurs des écoles subissant un fonctionnement féodal où le reporting a remplacé la taille, l’empilement des injonctions la corvée et l’infantilisation le gibet. Que les IEN qui exercent leur missions avec humanité et bienveillance, comme la plupart des enseignants avec leurs élèves, ne se sentent pas visés, c’est tout simplement que, mécanisme humain compréhensible, les mauvaises expériences résonnent davantage que les bonnes.

Pour le Sgen-CFDT, la priorité au primaire passe aussi par des évolutions réglementaires concernant les personnels et la structure. Ainsi même si les statuts du second degré sont encore imparfaits, il est nécessaire d’en rapprocher ceux du premier degré. Comme il est indispensable de porter l’ISAE au taux de l’ISOE. Comme il est urgent d’alléger la charge administrative parfois improductive qui pèse sur les professeurs des écoles, et encore plus sur les directeurs et directrices. Comme il est impérieux de faire et redonner confiance et autonomie aux équipes dans un cadre juridique qui légitime, reconnaisse et valorise leur action quotidienne.

Désintox de la semaine : Déclaration des droits des disciplines

dessin désintox« En parlant d’enseigner la géographie ou l’histoire, je n’ai point entendu qu’un maître fût chargé de lire ou la description d’un pays, ou l’abrégé plus ou moins détaillé des faits qui forment l’histoire d’un peuple. Ces connaissances s’acquièrent plus facilement sans maître et par la lecture. »

Condorcet

Les Représentants des Disciplines d’enseignement, constituées en Collectif National, considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des fondamentaux sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des Âmes, ont résolu d’exposer, dans une Déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés des Disciplines, afin que cette Déclaration, constamment présente à tous les Membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs ; afin que les actes du pouvoir législatif, et ceux du pouvoir exécutif, pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés ; afin que les réclamations des citoyens, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien des Horaires disciplinaires et au bonheur de tous.

En conséquence, le Collectif National reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l’Excellence suprême, les droits suivants des Disciplines.

Art. 1er. Les disciplines naissent et demeurent libres et égales en droits. Les distinctions entre elles ne peuvent pas être fondées sur l’utilité commune.

Art. 2. Le but de toute association disciplinaire est la conservation des droits naturels et imprescriptibles des Disciplines. Ces droits sont la liberté pédagogique, la propriété intellectuelle, la sûreté, et la résistance à l’oppression.

Art. 3. Le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la Classe. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément.

Art. 4. La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque discipline n’a de bornes que celles qui assurent aux autres la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par le Programme national un et indivisible.

Art. 5.  La Loi n’a le droit de défendre que les actions nuisibles à la Liberté pédagogique. Tout ce qui n’est pas défendu par la Loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu’elle n’ordonne pas.

Art. 6. La Loi est l’expression de la volonté générale. Toutes les Disciplines ont droit de concourir personnellement, ou par leurs Représentants, à sa formation. Elle doit être la même pour toutes mais surtout pour la mienne, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse. Toutes les Disciplines étant théoriquement égales à ses yeux sont également admissibles à toutes dignités, examens et diplomes publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents.

Art. 7. Nulle discipline ne peut être stigmatisée, supprimée ni diminuée que dans les cas déterminés par la Loi, et selon les formes qu’elle a prescrites.

Art. 8. Nulle discipline ne doit être inquiétée pour ses opinions pourvu que leur grande manifestation nationale ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi.

Art. 9. La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi.

Art. 10. La garantie des droits des Disciplines nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée.

 Art. 11. Pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses de fonctionnement et de dotation, une contribution commune est indispensable : elle doit être également répartie entre toutes les disciplines, en raison de leurs facultés.

Désintox de la semaine : la démocratie est morte, vive la démocratie !

dessin désintox“Les hommes prudents savent toujours se faire un mérite des actes auxquels la nécessité les a contraints.”

Nicolas Machiavel

Le syndicat néo-révolutionnaire force de propositions publie un mode d’emploi pour abroger la réforme du collège. Passons sur une curieuse conception de la démocratie et de certains principes de la fonction publique qui consisterait à n’appliquer que les textes qui siéent à cette organisation. Même si l’article 35 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1793 appelle à « l’insurrection » lorsque le « gouvernement viole le droit des peuples », il faut peut-être réfléchir à deux fois avant d’invoquer « le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs ».

Ce qui est plus intéressant c’est que ce mode d’emploi atteste de la reconnaissance tardive de plusieurs revendications historiques du Sgen-CFDT qui ont enfin trouvé une réponse réglementaire dans les textes officiels de la réforme. Ainsi ce mode d’emploi appelle à se saisir des instances de l’établissement, notamment du conseil pédagogique. Ce faisant, le même document exalte en filigrane les vertus de la discussion et des choix collectifs alors que le syndicat qui le publie rappelle régulièrement, avec d’autres, que les salles des profs seraient peuplées de loups prêts à se déchirer entre eux.

Contrairement à ce qui est répandu dans les communications des opposants à la réforme du collège, le mode d’emploi précise expressément que l’AP et les EPI ne consomment pas d’horaires disciplinaires parce qu’ils sont une modalité d’acquisition des compétences et connaissances du socle et des des programmes.

Autre point cocasse : alors que les syndicats de prof (par opposition à ceux qui seraient les syndicats des élèves ou même les fédérations de parents qui se mêlent de pédagogie) vont jusqu’à dénier aux parents le droit d’exprimer un avis sur l’organisation des établissements, si ce n’est pour parler de la qualité et de la quantité des frites à la cantine, voilà que le mode d’emploi rappelle leur existence et leur droit de vote au Conseil d’administration. Épiphanie : les parents ont leur place à l’École !

Enfin, le mode d’emploi comporte en introduction un numéro de haute voltige : pour abroger la réforme, mettons-la en œuvre dans les établissements ! Est-ce une manière de dire qu’ils l’approuvent ?! Non, quand même pas puisqu’il s’agit de la mettre en œuvre « au rabais » pour maintenir tout ce qui se fait actuellement. Autrement dit, il s’agit aussi de reconnaître que le travail collectif, le travail interdisciplinaire, la pédagogique de projet sont une réalité quotidienne des établissements et qu’il est bienvenu que l’institution les reconnaisse enfin. Fidèle à ses valeurs toutefois, le syndicat néo-révolutionnaire entend concentrer son action sur les dispositifs bénéficiant à une partie seulement des élèves quand la réforme veut tenter de redonner sa place à chacun de nos élèves.

Toutefois, il reste quelques scories dans le document puisque les marges sont par exemple utilisées pour augmenter l’horaire de LV2 alors que ce n’est pas leur finalité puisque l’arrêté qui fixe les horaires indique bien un maximum hebdomadaire et qu’il n’existe pas d’heures supplémentaires élèves. Ou encore l’indication selon laquelle les dispositifs spécifiques disposent tous de dotations spécifiques. Enfin, proposer d’inscrire dans la case EPI du bulletin « voir le cahier de texte électronique » serait presque drôle si c’était également appliqué à l’ensemble des disciplines.

Pas de désintox cette semaine : Les mots et le courage

marianne_1311_2015-11-14_13-36-24_293En ce mois de novembre comme en janvier dernier, pour ceux qui accueillent les élèves et les étudiants après un week-end marqué par l’effroi et la tristesse, il n’est pas simple de trouver les mots qui apaisent, qui rassurent, qui réconfortent – et qui aident à prendre la distance indispensable.

Pas simple, mais tellement nécessaire. Car le plus urgent après les attentats, est justement de parler de ce qui s’est passé, mieux, de se parler, pour remettre du sens là où il y a encore la stupeur, pour témoigner de l’affection qui nous lie les uns aux autres, pour se dire tous ensemble que la vie continue, malgré la haine qui a déchiré Paris et Saint-Denis vendredi soir.

Des mots difficiles à trouver, parce qu’il ne s’agit pas d’oublier ces évènements tragiques – comment le pourrait-on ? – mais de les dépasser, de les surmonter. La menace terroriste ne s’évanouira pas de sitôt, il faut maintenant apprendre à vivre avec elle, sans doute durablement. Et pour ne céder ni à la peur ni à la colère, il faut sans cesse revenir à l’essentiel, cultiver ce qui fait de nous une communauté nationale paisible et tolérante.

C’est dans ces circonstances douloureuses que nous sommes confrontés à notre responsabilité dans la construction du lien social nécessaire à une société résiliente. Les personnels de police et les personnels hospitaliers se sont dévoués corps et âmes dans l’urgence et dans la violence. C’est maintenant notre tour à nous tous, personnels des services publics d’éducation et d’enseignement supérieur, mais également en tant que parents, amis, voisins, simple concitoyens, de manifester notre attachement mutuel qui nous donne le courage de rester debout face à l’adversité.

Frédéric Sève

Secrétaire général du Sgen-CFDT

Désintox de la semaine : Hermès

dessin désintox« Conseils : ne respirez pas sans avoir au préalable fait bouillir votre air. »

Erik Satie

Un des grands dangers induit par la réforme du collège serait qu’elle mettrait en difficulté la scolarité d’un élève qui déménagerait. Qu’on se rassure, le Ministère de l’Éducation nationale et celui des Transports préparent un décret pour interdire les déménagements des familles ayant des élèves scolarisés à l’école et au collège, sauf lors du passage d’un cycle à un autre. Plus sérieusement, jusqu’à présent l’emploi du temps unique national harmonisé planétairement pour prendre en compte les territoires d’outre-mer et la progression une et indivisible (une sorte de Gosplan pédagogique) permettaient à un élève changeant d’école ou de collège en cours d’année, voire en cours de semaine ou en cours de journée, de reprendre en plein milieu de séquence ou de séance sans la moindre gêne. Sérieusement, désormais les grèves, arrêts maladie et congés divers des enseignants et maladies et absences diverses des élèves seront interdits également pour ne pas entraver la progression commune de tous. Il est vrai que les programmes rédigés en cycle et l’obligation pour un élève de suivre deux EPI au moins par an et 6 au moins sur le cycle 4 induiront des décalages. Décalages ou difficultés d’adaptation qui ne sont pas nouveaux mais qui jusqu’alors ne semblaient pas causer les obstacles insurmontables et les tortures existentielles qu’on nous rapporte aujourd’hui. Décalages et difficultés qui étaient, sont et seront réduits par le travail d’équipe et la concertation. Cette concertation au sein de l’équipe pédagogique pour mettre collectivement en œuvre les remédiations nécessaires mais aussi d’une certaine manière avec l’établissement précédent à travers les futurs livrets scolaire numériques qui permettront de garder la trace des évaluations des enseignements disciplinaires (donc incluant les projets réalisés dans le cadre des EPI) mais aussi des parcours avenir, citoyen et artistique.

Si l’on passe sur le fait que l’argument du déménagement est capillotracté à faire pâlir d’envie les coiffeurs du boulevard Saint Denis, l’on sait parfaitement que les enseignants adoptent et adaptent méthodes et pratiques pour faire face à l’hétérogénéité. Demander l’abrogation de la réforme du collège en invoquant le motif du déménagement reviendrait à dire que les enseignants n’ont pas la professionnalité requise pour affronter ce type de difficultés. La question de la mobilité des élèves dans le cadre plus autonome et « cyclique » du futur nouveau collège est celle des moyens que l’institution met à disposition des personnels pour prendre en charge les parcours non linéaires et les situations difficiles. Il ne s’agit donc pas de créer une structure spécifique « élèves déménagés » mais bien de traiter l’hétérogénéité dans le cadre de la classe. Cela étant dit, ce n’est pas sitôt fait parce que plusieurs facteurs tendent à empêcher cette prise en charge : de la formation aux moyens en passant par les structures et l’organisation.

Désintox hors-série : SOS EPS !

dessin désintoxEn lisant certaines réactions sur l’EPS et le DNB, nous apprenons avec stupéfaction que l’on a supprimé l’évaluation de l’EPS au DNB !

 

Nous nous inquiétons… aurait-on encore changé le projet de socle et d’évaluation au DNB ?

 

Nous revenons donc aux textes… Nous avons beau le relire, nous ne parvenons pas à nous retrouver dans la lecture qui serait celle de plus de 80% de nos collègues…

Les textes sur le DNB précisent que « Le diplôme national du brevet est décerné aux candidats […] ayant obtenu un nombre total de points au moins égal à 350 sur 700. Ce total correspond aux points attribués selon le niveau de maîtrise de chacun des domaines et de chacune des composantes du premier domaine du socle commun de connaissances, de compétences et de culture ajoutés à ceux obtenus par les notes des épreuves d’examen ».

 

En gros, un contrôle continu qui gagne en cohérence en étant directement lié aux compétences du socle, et des épreuves en fin d’année… où ne figure pas explicitement l’EPS, pas plus qu’elle n’y a jamais figuré…

Par contre…

Là où, précédemment, seules les notes de trois APSA étaient prises en compte dans la moyenne du contrôle continu 3ème, dans ce nouveau texte, l’EPS sera prise en compte dans 5 des 8 domaines de maîtrise du socle commun, avec une des composante du premier domaine « comprendre, s’exprimer en utilisant les langages des arts et du corps« , principalement centrée sur l’EPS, ce qui est une réelle avancée au regard de l’ancien socle.

Une moyenne de trois APSA, diluée dans une moyenne globale… est-elle plus explicite et plus « rassurante » pour la profession que la contribution à l’acquisition de 5 domaines de compétences (même s’ils sont sont transformés eux aussi en points) ?

Là où, précédemment, l’EPS n’apparaissait pas du tout dans les épreuves terminales, dans ce nouveau texte, l’EPS pourra être représentée dans un oral, portant par exemple sur un EPI. Un élève ayant par exemple vécu, sur ces heures d’EPS, un EPI autour des activités circassiennes, pourra en rendre compte, de façon enrichie par l’approche interdisciplinaire, dans cette épreuve. Aux collègues d’en définir les modalités, voire d’y envisager la place du corps éventuellement.

 

Nous continuons notre lecture de l’explication de cette éradication de notre discipline, pour chercher à comprendre ce que nous avons manqué…

Il est mentionné qu’une « Une discipline non évaluée dans les diplômes, est une discipline qui ne compte pas »… Si le contrôle continu n’est pas une forme d’évaluation reconnue comme diplômante, alors, certes, l’EPS ne compte pas… mais elle ne comptait pas plus hier… Et il n’y a donc pas « suppression »…

Il nous est en outre difficile de poser l’existence d’une épreuve évaluée explicitement pour le diplôme comme seule condition de la pratique physique des élèves, et du rôle de l’école dans la découverte des APSA… Avons-nous besoin d’une épreuve finale pour impliquer nos élèves dans la pratique, pour proposer des programmations riches et diversifiées, pour élaborer des contenus d’enseignement ambitieux et adaptés à tous… pour les évaluer de façon la plus explicite possible ?
Certes le milieu sportif est tenu par ce paradigme du bâton et de la carotte… et a imprégné une bonne partie de la société, ou l’inverse… mais l’EPS, qui vise la formation d’un citoyen autonome et responsable, doit elle suivre ce chemin… ?!

Cécile Rossard

Désintox de la semaine : putain, 30 ans !

dessin désintox« Tout a sans doute déjà été dit, mais comme personne n’écoute, il faut recommencer. » Joann Sfar

 

Le 11 juillet 1975 (en plein été encore…), la loi Haby instituant le collège unique est votée. La mise en œuvre sera effective à la rentrée 1977. A peine six ans plus tard, en 1982, face à des problématiques persistantes (hétérogénéité, déterminisme socio-économique, redoublement…), Louis Legrand, ancien directeur de l’Institut national de la recherche pédagogique remet au ministre de l’Éducation Alain Savary le rapport  » Pour un collège démocratique « . En voici un extrait.

« Les élèves sont divers (…). Les recevoir dans un même établissement sans ségrégation exige que cet établissement soit doté du pouvoir collégial – enseignants, parents, adolescents – d’adapter les programmes, les horaires, les méthodes au public présent. Cela ne peut se faire que si les conditions institutionnelles de ce pouvoir sont reconnues par la loi. Pouvoir constituer les groupes de façon souple, pouvoir décider d’actions interdisciplinaires, pouvoir adapter la pédagogie, pouvoir relativiser les programmes, tout cela n’est possible que si les structures le permettent. Il ne sert à rien de dire, dans des textes officiels, que des aménagements sont possibles si les programmes nationaux et les horaires restent impératifs et si les professeurs ne sont pas mis dans les conditions d’emploi du temps et de service permettant l’exercice de ces pouvoirs. La structure en classes isolées, fussent-elles hétérogènes, rend radicalement impossible par la dispersion aléatoire des enseignants la constitution d’équipes pédagogiques. La disparité des services également. C’est pourquoi j’ai proposé, avec le pouvoir pédagogique des conseils d’établissements, la structuration des collèges en secteurs et en ensembles où un nombre restreint de professeurs puissent, à égalité de service, exercer la totalité de leur enseignement. C’est pourquoi j’ai également proposé un tutorat permettant un suivi personnel des élèves par les professeurs de l’équipe. Hors de ces conditions, la prise en charge d’une population hétérogène est radicalement impossible. C’est là ce qui distingue mes propositions de la réforme Haby de 1975. Celle-ci maintient l’isolement des professeurs dans leurs classes. Elle maintient ce que Basil Bernstein appelle un « code série » (Class, codes and control, t. III, Londres, Routledge and Kegan, 1975, trad. Langage et classes sociales, chap. IX, Paris, Minuit, 1975), c’est-à-dire la domination verticale des disciplines et les normes nationales qui fondent leur légitimité. Le système que je propose repose au contraire sur la notion d’équipe responsable et sur le droit d’exercer ces pouvoirs. C’est le principe même de tous les systèmes « compréhensifs » avec ce que Basil Bernstein appelle « code intégré », c’est-à-dire l’autonomie des établissements et la participation de tous les partenaires à la gestion démocratique de l’enseignement. Il est clair que ce dispositif est aux antipodes des habitudes jacobines françaises. Mais ce jacobinisme est incompatible avec une réelle démocratisation. Il conduit à la juxtaposition de pouvoirs parallèles abstraits, ceux de la hiérarchie disciplinaire, ceux des syndicats nationaux, ceux des associations nationales de parents d’élèves. Et l’élève, dans tout cela ? Isolé, au bout de la chaîne, il n’existe que comme satisfaisant ou non aux normes abstraites imposées, monnayées par les formations universitaires et par les manuels. »

 

Depuis, et contrairement à ce qu’on voudrait faire croire, seules trois réformes mineures ont eu lieu : 1995-1997, Bayrou ; 1999, Royal ; 2001-2003, Lang.

Merci à Gwenaël lG, Bruno C et Jacques D pour leurs diverses contributions.